Appoline

Articles étiquettés ‘famille’

Des yeux à l’écoute

24 décembre 2009 · 2 commentaires

J’ai retrouvé ce canapé tant haï depuis des nuits et des nuits. Mais c’est chez moi que je dors, que je peux comprendre qu’il ne sert à rien de se faire souffrir pour eux. De quel droit? Pour qui? Pour quoi?

En 2001 ou après, je ne sais plus, les jours sont flous, j’ai croisé le chemin d’Une que jamais je ne pourrais assez remercier. Une qui ne m’a jamais laissée tomber, ni abandonnée. Une qui ne s’est jamais trompé non plus, n’en déplaise à la fierté mal placée qui sied là-haut sous mes cheveux blonds et usés par les restrictions et la boulimie. Elle ne s’est pas contentée de m’écouter et de me comprendre. Elle a su trouver les mots justes et les mots qui fâchent, ceux qui touchent l’intouchable parce qu’enfoui très loin. Elle a orientée ma désorientation vers ceux qui seraient à même de compléter ses compétences. Sans elle, je ne serais plus là et sa patience ne pourra être égalée, comme sa ténacité voire sa pugnacité ne pourra être vaincue, malgré mes tentatives. Toutes infructueuses les tentatives de fuite. Je ne parviens pas à ce qu’elle m’abandonne. Parce que je sais qu’elle peut poser sa pierre à l’édifice bancal qui se construit maladroitement. Le mien. Je trébuche et vacille et il faut que je me relève. Mais se relève-t-on d’un pareil cauchemar?

Nous sommes le vingt-quatre décembre deux mille neuf. C’est aujourd’hui.

J’ai de nouveau échoué sur le canapé beige pour la nuit après près de quatre jours en terrain hostile, en terrain mort, en terre inconnue, sur l’Alaska de la parole, le Sahara du sentiment et de l’expression. Quatre jours chez mes parents auront suffi à anéantir tout espoir de perte de poids, peut-être. Mais quatre jours ont été nécessaire à la prise de conscience, éphémère mais qui possède ce mérite d’exister un instant, que je n’avais pas le droit de maltraiter un corps qui n’avait rien fait, qui ne demande qu’à être aimé un peu. Je m’excuse. De loin, le ridicule se lit dans vos yeux. Comment s’excuser pour ça, pour une chose qui ne rime à rien? Pourquoi s’excuser alors que seule la main guide la cuillère au pot de Nutella paternel? Comment peut-on faire ce genre de gestes immondes qui ne visent qu’à remplir un vide, un creux d’amour, un gouffre de peur et d’absence?

Elle, cette Elle et pas une autre, je lui dois beaucoup. Je lui dois une séance chez La Diététicienne. On ne sait pas tout de ce que nos comportements révèlent. Les crises pour remplir le vide. Du connu et du su par coeur. Peut-être. Mais ses yeux, nouveaux, sont à l’écoute et prêts à une rééducation de ce que je ne suis pas. Accepter d’avoir besoin de se remplir, pour évacuer un trop plein de non-sens, de solitude et d’égarement. Ses yeux sont restés à l’écoute et ont expliqué aussi pendant plus de deux heures et quart. J’en suis sortie à vingt et une heure et vingt minutes.

C’était la deuxième fois qu’elle me parlait et m’écoutait. J’ai tout dit, tout déballé, les fêlures, les absences, la lâcheté, la perte, l’abandon, les peurs, la haine et la colère, la mort, l’envie, la vie, l’errance, le volte-face, l’enfance violée et l’adolescence volée. Sans honte, sans larme, avec une pudeur qui me caractérise et restera. A tout jamais je suis faite de ce qui m’a faite. Comment ne pas avoir besoin d’un palliatif, d’une drogue, d’un exutoire, d’un coupable? Je suis arrivée terriblement recroquevillée. Je suis repartie légère, avec les larmes aux coins des yeux, celles qui ressemblent à un trop plein d’émotion, à un bol de sensations mélangées, partagées entre compréhension et colère apaisée par des yeux à l’écoute.

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L’impossibilité d’être vraie a figé mon visage sous ce rictus narquois

14 décembre 2009 · 6 commentaires

Il serait bienvenu de se mettre à travailler à des heures plus usuelles, plus communes, moins absurdes. Il est 23h37 et je vais m’y mettre. Mais avant y’a trop de choses qui pullulent, là-haut. Des “merdes” que j’aimerai dire mais qui ne sortent pas. Qui ne traversent pas mes lèvres. Des envies de dormir dans un vrai lit aussi, sans avoir besoin de me recroqueviller dans un canapé, enroulée dans une couette, deux couettes, sous des couches de vêtements. Je pourris l’appartement, qui ne ressemble plus à grand chose d’autre qu’un vaste champ de bataille. Et puis aussi j’ai envoyé un mail d’au secours à mon tuteur, un mail comme j’en envoie rarement, je lui ai dit, la fac, les cours, l’école, le trop plein. Il m’a répondu dans les cinq minutes, qu’il allait en parler demain, qu’ensuite on verrait mais qu’il ne fallait pas que je me décourage, que j’allais valider tout ça, que je devais valider. Avec deux ou trois points d’exclamation. Il était en colère. Pas après moi non. J’en étais désolée pour lui, je n’aurais pas du, mais c’était trop tard. alors pour éviter de le déranger davantage, je n’ai pas donné suite et prendrai le temps de m’excuser demain de vive voix.

J’ai dit merde à la mauvaise personne. Papa, Maman, comprenez-moi, la récurrence devrait vous sauter aux yeux, je hais Noël, le silence assourdissant de vos tabous, des miens, de la nécrose morbide qui me vrille les tripes comme le font si bien les doses ahurissantes de laxatifs ingérées quasi quotidiennement. C’est la dernière crise a duré 17h précisément. Je n’ai plus peur de me taire, seulement puisque je ne sais pas à qui m’adresser, enfin je ne peux pas m’adresser à vous, je me le dis. Tous les soirs. Je n’ai plus honte non plus, ça ne sert à rien. Simplement ce masque d’hyperactivité qui fait fuir toute tentative d’approche extérieure. Je ne suis là pour rien, ni personne. Finalement tous les Noëls sont identiques. Cette année seulement, il n’est plus là. Tu n’es plus là. Et sur la carte de voeux qui partira pour le Nord, c’est à ta maman que j’adresserai le plus simple des bonheurs. Comment envoyer une carte de meilleurs voeux pour 2010 à une mère qui vient de perdre son fils?

Tous les Décembres c’est pareil. Et ils reviennent chaque année. Tout ça Papa, Maman, vous ne le lirez probablement jamais. Dommage peut-être. Pour moi. Mais pour vous, c’est mieux ainsi.

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Tu sais que.

9 octobre 2009 · 5 commentaires

Tu vois je peux plus dormir dans mon lit, j’arrive pas. Les draps sont propres, pliés sur le matelas qui prend la poussière et bouffe de l’acarien. Et moi je suis emmitouflée dans deux pulls, un collant, un bas de survêtement dont la forme est indéterminée puisque son âge est presque canonique. Dormir ne fonctionne plus. Comme un arrêt programmé du sommeil à partir de cinq heures et une main de minutes. Les yeux encore à demi-fermés, le corps tout raide, un peu mort de sa nuit courte, et le cerveau qui se met déjà en mode automatique, en mode ouverture des vannes. Le même qui s’émeut devant les informations de la troisième chaine et qui ordonne aux yeux, les miens, de se gorger d’eau. Le même encore qui refuse, accuse et s’écrie que jamais il ne faut lâcher mais qui pourtant me somme de faire le tour des boulangeries pour acheter du pain. Tout un tas de pains différents. Je n’ai pas encore épuisé toutes celles du quartier et quand bien même, j’en aurais rien à foutre à vrai dire. Paris regorge de magasins d’alimentation. Remplir un frigidaire de boissons ne comblera pas ce vide interne, qui se creuse de temps en temps, ce trou, dont une bestiole indéfinie n’a de cesse de gratter les parois pour gagner du terrain. C’est Maman le nœud du problème, entre autres. Non pas que je n’ai pas de bonnes relations avec ma mère, simplement un besoin d’elle en ce moment, sans qu’elle ne possède les cartes pour comprendre quoi que ce soit. Que sait-elle de mes nuits à fixer un plafond, ou à compter une à une les rayures du parquet? Que sait-elle des larmes versées devant un tas de lambdas dans le bus ou dans la rue? Et celles de rage des filles comme moi que Lola Lafon “serre dans ses bras, toutes celles qui se taisent, emmurées dans leur nuit, leur corps comme un champ de bataille. A toutes celles qui ont 13 ans, qui ont eu 13 ans…”? Pour toutes celles dont la vie s’est figée sur un décompte?

D’ailleurs Maman, tiens, t’en penses quoi du battage médiatique autour de Polanski poursuivi 30 ans après? Et des polémiques autour de Mitterrand? Et de moi Maman, t’en penses quoi? Tu dirais quoi si tu étais avec moi quand on m’a juste dit “sale pute” alors que j’allais traverser la rue? Tu dirais, “oublie ma fille, ça passera avec le temps”? Mais ça passe pas Maman, c’est comme coincé là au milieu de tout un merdier de vie en construction, je suis en chantier. Et aux regards insistants des deux quarantenaires au feu rouge quand je posais le pied à terre pour ne pas tomber de vélo? Tu leur dirais quelque chose Maman ou tu dirais que j’étais “consentante et que ce n’était après tout que des jeux de gamins” Maman? Tu ne sais pas trancher pour une paire de bottines, je n’attendais qu’un “oui prends les” ou “non elles sont affreuses”. Au lieu de ça, tu as répondu qu’”elles étaient bien mais que”. Alors trancher entre la vérité de ta fille et celle d’une famille… Je suis une ravagée qui fait semblant. Enfilant des apparats de femme pour tenter de séduire le miroir d’un reflet tant haï. Je veux des genoux douloureux et noueux, un fossé entre des cuisses maigrissimes, je veux des joues creuses à s’y perdre et un regard vidé de sens et d’émotions, des doigts sans fin, j’apologise ma propre mort. Juste une disparation éphémère de quelques mois pour renaitre un peu plus neuve, un peu plus blanche, un peu moins abimée, un peu moins coupable, un peu plus quelqu’un de bien. Je voudrais qu’on ne pense pas de moi que ce n’était rien que des jeux d’enfants. Que je cesse de me rappeler que j’ai eu peur de me battre par lâcheté, que j’ai téléphoné à ma tante le soir du mardi, le soir du lendemain de la première audition, en pleurant pour lui dire que “non je n’étais pas consentante” et qu’elle n’a rien pu faire pour moi. Que j’oublie ce regard qui ne m’a jamais quitté en réalité, en filigrane d’un quotidien qui se veut beau et lisse, ce regard ni menaçant ni gentil, non juste ce regard dont la couleur sombre est imprégnée dans mes pupilles. Ce regard qui m’horrifierais de croiser un jour. J’aimerai qu’il soit éteint. Mais le seul moyen à ma portée est d’éteindre le mien pour fermer la boite de glauques images. Il est vingt-et-une heure et je voudrais cesser de penser que jamais je n’ai été aussi seule que depuis que j’ai eu 13 ans.

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Cambriolage aoûtien

28 août 2009 · 6 commentaires

Il fallait que ça arrive, un jour ou l’autre, nous le savions les enfants et petits-enfants du côté paternel. Seuls mes grands-parents restaient sur leur planète dorée. Ils se sentaient en sécurité avec leurs caméras et leurs portes infranchissables, serrures trois points, avec leurs alarmes. Ils se sont trompés. Presqu’un un an qu’ils n’y ont pas mis les pieds, voire plus. La dernière bâtisse familiale parce qu’ils ont vendu celle de Gironde et le chalet savoyard depuis un moment.
Là où on a fait toutes nos conneries avec mon frère et mon cousin plus âgé, où on sautait de la balançoire directement dans la piscine, où allait cueillir les cerises à même les branches parce que c’est meilleur. On faisait le tour de la maison en vélo aussi, et puis du basket et du badminton sur le terrain spécialement aménagé par mon grand-père quand il avait sa tête en entier et que les symptômes d’un pseudo Alzheimer ne le menaçaient pas encore. Tous les trois on a fait les quatre-cent-coups. Etrange j’en parlais en début de semaine…

On avait chacun notre chambre dans cette maison, ancien corps de ferme, qu’on décorait tous les ans quand on y passait seulement deux semaines pour ne pas vexer ma grand-mère maternelle. Dans chaque chambre un lit mezzanine avec un bureau en dessous pour dessiner ou colorier des albums offerts par nos oncles. On se battait pour savoir qui allait mettre la table parce que celui qui organisait les couverts sur la nappe et disposait les verres à l’envers avait le droit de ne pas débarrasser et de filer directement jouer. Il y avait la télévision aussi, devant laquelle on regardait le Club Dorothée tous les matins, affalés sur les canapés en sirotant un jus d’orange frais. Le matin on avait un numéro pour la douche, un, deux ou trois qu’on tirait au sort et le soir, l’ordre était inversé. On tirait à la courte-paille parfois c’était plus rapide parce que mon petit frère, souvent chahuté, voulait dessiner lui-même les petits cartons du tirage au sort. Et mon frère il était très lent.

On avait de la chance de se blottir dans des serviettes rugueuses qui sentaient bon la lavande et avaient séché en plein soleil, sous le vent.

Mais aujourd’hui il n’existe plus rien de tout ça. La maison inhabitée a été ravagée par des cambrioleurs. Mon père, en rentrant du sud, a jugé bon d’aller faire un tour par la maison de famille, voir si… Il a vu. Le portail entr’ouvert, le garage saccagé. Nos bouées et autres ballons, raquettes et vélos au fond de la piscine vidée depuis deux ans. Toutes les vitres fracassées. Il a rebroussé chemin pour prévenir ma mère et ils ont sagement attendu l’arrivée des gendarmes. Avec eux, ils ont fait l’inventaire de ce qui n’était plus là, mon grand-père au téléphone. Cela fait bien longtemps que les caméras de vidéosurveillance ne fonctionnent plus et l’alarme a été débranchée. Ils ont vu alors le carnage intérieur, le chaos ambiant. Les intrus ont tout pris, ce qui avait de la valeur pécuniaire, à revendre, les tableaux accrochés aux murs et le mobilier, l’insert de la cheminée, le réfrigérateur et le lave-vaisselle. Et avec le reste, nos affaires de gamins qu’ils ont entassé au centre du grand salon, les peluches et les exemplaires du Journal de Mickey, les mots croisés et fléchés, nos Télécrans rouges, les Légos et autres Playmobils, la vaisselle familiale, nos bols bretons avec les prénoms, ils ont fait une gigantesque montagne d’objets qu’ils ont saccagée on ne sait comment, mais avec suffisamment de violence pour que l’une de mes poupées Corolle en perde la tête. Ils ont rageusement piétiné nos souvenirs de gosses pour un peu plus d’une poignée de milliers d’euros.

Je ne suis pas en colère contre ces visiteurs intéressés. C’est à mes grands-parents que j’en veux. De ne pas avoir protégé nos puzzles d’enfance parce qu’ils n’avaient pas envie de faire les démarches nécessaires à la vente de cette maison, dans laquelle ils ne mettent plus les pieds. Je leur en veux d’avoir abandonné nos souvenirs là-bas et de les avoir laissés livrés à eux-mêmes alors qu’ils ne pouvaient pas se défendre puisque ce sont des jouets et des dessins piétinés maintenant. Après avoir reçu les photos prises par mon père, j’ai seulement eu envie de les mettre dans la corbeille. Je ne veux pas me souvenir de notre enfance un peu sucrée de cette manière-là.

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Une grand-mère particulière

26 août 2009 · 2 commentaires

Quand j’ai composé le numéro, la tonalité au bout du fil m’a subitement angoissée, j’ai saisi au vol l’atmosphère. Qu’il aurait fallu que je raccroche avant que mon prénom ne s’affiche sur le cadran digital de son téléphone. La bonne action s’est transformée en erreur dès l’instant où j’ai décroché le combiné. Prendre de ses nouvelles. Avant même de me lancer le “bonjour” d’usage, elle a enclenché le première, puis rapidement passant à la seconde sans embrayer “Je rentre de la promenade avec Camille. Elle a dix mois aujourd’hui, tu te rend compte comme le temps passe vite?”.

Je ne connais pas cette petite fée, mais j’espère que des anges se seront penchés sur son berceau rose. Qu’ils la protègeront. Parce qu’elle n’a rien demandé, à personne. Sous ses airs d’aigle protecteur, ma grand-mère m’a abandonnée à un triste sort parce qu’elle n’avait pas compris. La gravité des choses.

La conversation a duré quelques minutes. Bien assez pour qu’elle me harcèle de questions et d’affirmations. “Et tes parents? Ils vont bien? Je ne comprends pas, pas de nouvelles depuis qu’ils sont arrivés, je suis inquiète”. Qu’elle cesse de s’inquiéter. Bon sang mais elle ne saisit pas que si ma mère ne l’appelle pas, c’est avant tout parce qu’elle irradie tout ceux qu’elle approche de son anxiété dévastatrice? “Et tu as eu ta tante, comment elle va? Et comment tu as trouvé la Famille du Sud, ton cousin il te parle au moins? Non parce qu’à moi il ne parle jamais, il est toujours agressif en plus!”. Si jamais elle apprenait la coke qu’il se fourre dans les narines et l’ecstasy qu’il gobe, elle en serait toute chamboulée. “Oui oui ils avaient l’air d’aller”, unique phrase de plus de trois mots que j’ai pu prononcer. Finalement, elle ne m’a même pas demandé comment moi j’allais. De toute façon je n’aurai guère pu répondre autre chose que l’invariable “ça va”. En peu de temps, elle a assommé ce qu’il restait de moi à ce moment précis. Son sourire et son impartialité remontent à la surface de telle sorte que la nausée qui avait lâché du lest ces deux derniers jours revient avec une intensité croissante. Pas seulement pour ça. Mon coeur joue les montagnes russes, d’un moment à l’autre de la journée l’humeur peut changer du tout au rien. Et du rien au tout, plusieurs fois par jour. La nausée, on l’attrape comme ça, en montant dans un grand manège duquel on peine à descendre. Je ne suis pas malheureuse. Je ne suis pas heureuse non plus. Mi-figue, mi-raisin, assise entre deux chaises, en équilibre stable. Je suis cet état second qui me caractérise, à côté de la plaque, pas toujours, mais souvent. Je ne supporte plus ce corps qui me tient droite. J’attends parfois l’hiver pour me ranger sous des pulls et des pantalons larges. Au lieu de ça, je déambule en mini-jupe pour essayer d’assumer un peu, sans succès. Pour y parvenir, mon regard fuit le miroir avant de sortir. Et parfois le retour à la réalité m’assène un grand coup, calmé à coup de larmes et de résolutions. Demain j’arrête, je disparais.

Sinon, la bonne action est faite. Une prochaine fois peut-être.

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En réponse à.

5 juillet 2009 · 5 commentaires

En réponse à vos commentaires, un message semblait plus poussé, plus adéquat qu’une simple phrase à la suite de vos mots.

C’est vrai, qui n’a pas peur? Celui qui toise le monde comme s’il en était le Roi. Celui qui aussi vit à côté des choses. Vivre, c’est prendre des risques. Jamais je n’avais senti que faire des choix, du plus banal comme la marque d’un café au plus complexe d’un projet professionnel, pouvait autant se faire sentir sur ma façon de penser. Il y a peu, rétrospective suite à la mort de Michael Jackson sur W9. Quelques minutes d’un morceau qui semble me dire quelque chose. Je cherche, longtemps après la fin du morceau. Je connaissais Michael Jackson à travers ses frasques judiciaires et sa démesure ces dernières années, mais je savais que ce morceau-là, il signifiait plus de choses encore. Et je me suis souvenue. La terminale, le baccalauréat option danse, le passage devant le jury, le chapeau noir et les collants de la même couleur, les demi-pointes assorties. Je ne vivais plus à l’époque, les seuls risques que je prenais consistaient à prendre le bus pour aller au lycée de temps en temps. Je ne choisissais rien, même le morceau pour accompagner mes pas, c’était une copine qui l’avait trouvé. “Tiens essaie là-dessus, ça devrait le faire”.

Vous devez vous dire que ça n’a rien à voir. Et pourtant si, tout est lié. Quand la mort du chanteur a été annoncée, je n’ai pas su faire le rapprochement entre cette option au bac et “They don’t care about us” . Je n’ai pas su parce que je ne vivais pas, j’ai perdu la mémoire, occulté les bons comme les mauvais souvenirs. Cet état second a duré trop longtemps. Aujourd’hui j’aimerai que tout revienne, de temps en temps, par vague, pour ne plus avoir besoin de chercher encore et encore qu’est ce qu’une odeur peut bien signifier, ou un film. Ou un visage. C’est ça qui est affreusement terrifiant, outre des propres choix d’adultes, essayer d’assembler les pièces d’un puzzle du moment où je n’avais pas encore peur, parce que je ne savais pas vraiment ce que c’était. Je n’avais pas peur parce que je ne sentais plus rien, anesthésiée, à la limite d’un coma psychologique. Pour se blinder d’une réalité trop compliquée, trop dure à vivre. Cette anesthésie, contre les terreurs, peu à peu prend fin. Elle est là, encore, présente, parce que comme un oiseau qui devrait sortir du nid pour la première fois, j’ai peur que mes ailes refusent de s’ouvrir, qu’elles se referment d’un seul coup et que je tombe. A la Recouvrance, quelques pages du manuel de vol de m’étaient revenues. En partant de Boulin, peut-être que finalement, je n’avais pas su garder les pages ouvertes au bon endroit. Ou peut-être n’étais pas assez prête. Le manuel de l’oisillon est de nouveau posé sur mon bureau et le réveil sonne, un peu, tout doucement.

On ne m’a pas appris à voler, alors j’y vais à tâtons, je marche sur des œufs mollet. Je ne sais d’où est venu ce sursaut vital de fuite, il était plus que nécessaire, c’est certain. Une question de vie ou de mort, avec le recul d’une année écoulée, montre à mon sens, que la violence psychologique de l’Autre, du carcan familial nécrosé et dévastateur peut faire autant de mal que des coups. Les traumatismes d’enfant abusée me font, en ce moment largement moins souffrir que les manquements parentaux. Paradoxal? Non pas tant que ça, puisque dans l’ordre, j’essaie de me construire en tant que femme indépendante et assumée. Viendra ensuite, peut-être, le désir de me construire comme femme séduisante. Je peux le dire aujourd’hui, je reviens de loin et suis encore loin de la réalité que je grignote un peu chaque jour, dose quotidienne d’oxygène. Je ne suis plus dépressive. Je ne suis plus la seule non plus à le penser et à m’époumoner pour qu’Ils l’entendent.
Il subsiste malgré tout des chutes et il en subsistera. On ne nait pas rapidement à vingt-cinq ans. Alors ne crions pas victoire tout de suite, ne nous enivrons pas dès ce soir. “On ne guérit pas d’une pareille absurdité” disait Camille de Peretti. On ne guérit pas de telles traces. Mais on s’en accommode du mieux qu’on peut, rafistolant au fur et à mesure les bouts de soi.

Vous qui m’accompagnez, en silence, de loin ou de près, en mots ou en sourires, vous connaissez de moi celle que je suis vraiment.

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Des suites de la consultation, Elle a vu les contours de l’ébauche.

1 juillet 2009 · 3 commentaires

Nous avons clos la consultation sur “Vous savez ce qui me fait le plus mal? Pas d’avoir quitté la maison de mes parents, tout le monde le fait un jour ou l’autre. Non c’est de l’avoir quittée pour me sauver la vie, c’est le Pourquoi j’ai fui”.

S’avouer qu’on est parti, qu’on a fui pour ne pas mourir, si vous saviez comme ça vous bouffe de l’intérieur. Qu’on est parti parce qu’on étouffait, que j’étouffais, l’air était devenu trop irrespirable. L’avait-il été un jour, respirable? Je n’en sais plus rien. J’ai pris la fuite, la poudre d’escampette, mes jambes attachées autour du cou, pour éviter une surdose médicamenteuse, ou une corde autour de la gorge, dans le garage. Pour ne pas me suicider tout court. J’habite ici parce qu’il fallait me réanimer, et qu’il n’a fallu compter que sur ma propre force. Je les ai laissé tomber parce que j’allais mourir. Il reste une certaine culpabilité d’être partie sans vraiment les connaitre, mais aussi une haine face à ceux qui m’ont abandonnée alors que je ne pouvais pas pousser toute seule. Le lien est encore bien fort et bien présent, ancré dans tout un fonctionnement, quotidien. Tout n’est pas réglé et ne le sera sans doute jamais. Y’a prescription, même si aujourd’hui, toujours, je suis mangée de l’intérieur. Peut-être que pour ça, je me hais encore.

Je suis montée sur cette putain de balance qui, malgré le Peu, a indiqué un +1. Mon Dieu. Elle m’a dit qu’il me manquait dix kilos. Hors de question, peur panique. Aussi qu’il fallait que je cesse de me peser. Hors de question. La balance, le chiffre qui varie reste la seule chose qui me rattache au concrèt de la vie. Autour de ce poids encore de trop, je brasse de l’air et gravite, affolée.

Affolée parce que je brûle, je crame, je vis. Putain, ça fait mal, mais je vis. Inspirer, expirer, ne pas paniquer. Pleurer de soulagement, les choses se débloquent une à une, et si je m’étale, peut-être que je pourrais me relever. On m’a dit un jour à la Clinique, je venais d’avoir 22 ans, que toujours quand je tombais, je me relevais, que j’étais un “sacré bout de femme”. Je n’avais pas compris à l’époque. Et ce soir, c’est là, au creux de mes doigts. J’ai la cage thoracique prête à exploser. Pour la première fois depuis vingt-cinq longues années. Je vis pour moi. Je dessine mes propres contours d’ébauche, c’est un brouillon qui ne demande qu’à être affirmé, mis au propre. C’est tellement long une chute qu’il faut bien des poignées d’années pour atterrir et comprendre comment s’agripper, se hisser, du bout des ongles pour l’arrêter.

Je vis. Et j’ai peur.

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Son demi-siècle, l’année de mon quart

22 juin 2009 · 2 commentaires

Dans le métro, fébrile, hagarde jusqu’au RER. Le A qui m’a vue attendre, me défiler, avoir envie de, courir pour. Le même qui m’a emmenée et ramenée un nombre de fois qu’on ne saurait calculer. Je devais arriver en voiture avec celui qu’on se doit de vouvoyer sous peine de le mettre en colère. Lorsque je l’ai tutoyé pour annuler, pour lui dire que ce n’était pas la peine de m’attendre à la gare du RER B que moi j’arriverai de l’autre côté de la banlieue parisienne, avec le RER A, il n’a rien dit. Ni du tutoiement, ni d’être prévenu le matin même.

Mais j’avais envie de les revoir, de les laisser me faire la bise en rentrant. Il était 10h11 et j’avais besoin d’amour tout de suite. J’ai entassé quelques affaires dans mon sac à main, chaussé mes lunettes de soleil et enfilé les écouteurs blancs de l’Ipod. Avec mes bottes de sept lieues et ma fièvre qui grandissait au fil des minutes, j’ai eu le métro sans attendre.
Châtelet, station haïe. Ses couloirs qui s’enchainent, le pass Navigo qu’on range mais qu’il faut ressortir deux pas plus loin. L’escalator qui avale les passagers pour les vomir sur le quai, loin sous terre. Je n’ai pas cessé de courir, sentant les gouttes de sueur couler le long de mes tempes et j’ai sauté dans le premier RER A à quai, sans regarder où il allait, juste à temps avant que les portes ne se referment. Je me suis effondrée, haletante, sur un de ces sièges qui officient en quatuor, personne sur les trois autres places.

C’est son anniversaire au père fantôme. Son demi-siècle. J’ai pleuré dans le RER, avec la même intensité qu’avant, mais la tonalité n’était pas la même. J’ai pleuré tous leurs manques, toute leur Absence. J’ai pleuré sans m’arrêter dans ce train. Les lunettes de soleil sur les yeux, j’ai lâché tout ce que je pouvais avoir en trop sur le coeur. Je me foutais du mascara et de ses sillages sur les joues, des yeux rougis et du nez qui coule. J’en avais rien à secouer du regard de l’homme au fond, ni de celui de la jeune mère de famille. Gare de Lyon, Nation, et les autres stations ont défilé. J’allais en direction d’une journée compliquée, difficile à gérer, pleine de tensions.
Terminus moins une station. Je me suis ramassée du siège, me suis levée. Mais la distance entre les stations de RER et celles du métro ne sont pas les mêmes. Noël a été mon dernier vrai passage chez eux. J’avais oublié avec le temps, alors devant les portes j’ai observé ma silhouette à la dérobée. Il fallait que ça se passe bien. Pour lui et pour eux. Pour moi ensuite. Nous sommes radicalement différents tous les quatre, mais tellement semblables tous les deux. Ce père qui a manqué, il ne devait pas ressentir ni subir mon absence en retour.

Les portes se sont enfin ouvertes. J’ai reniflé, peu élégante et ai monté les marches une par une, peu pressée. Au guichet, ce dimanche matin, il y avait deux femmes brunes. Ramassant mes lunettes sur mes cheveux, j’ai demandé à la plus vieille si mon mascara avait coulé. Elle m’a proposé de lui faire confiance, alors vous comprenez, j’ai dit oui. Elle m’a tendu un mouchoir par le petit tiroir sous le guichet, comme à la Poste, et de derrière la vitre, elle m’a montré où étaient les traces noires. Elle a mimé les gestes qu’il fallait que je fasse pour ôter toutes les traces de tristesse et de solitude.

Je devais être belle et souriante pour ce demi-siècle de paternité.

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