Appoline

Articles étiquettés ‘Elles’

En réponse à.

5 juillet 2009 · 5 commentaires

En réponse à vos commentaires, un message semblait plus poussé, plus adéquat qu’une simple phrase à la suite de vos mots.

C’est vrai, qui n’a pas peur? Celui qui toise le monde comme s’il en était le Roi. Celui qui aussi vit à côté des choses. Vivre, c’est prendre des risques. Jamais je n’avais senti que faire des choix, du plus banal comme la marque d’un café au plus complexe d’un projet professionnel, pouvait autant se faire sentir sur ma façon de penser. Il y a peu, rétrospective suite à la mort de Michael Jackson sur W9. Quelques minutes d’un morceau qui semble me dire quelque chose. Je cherche, longtemps après la fin du morceau. Je connaissais Michael Jackson à travers ses frasques judiciaires et sa démesure ces dernières années, mais je savais que ce morceau-là, il signifiait plus de choses encore. Et je me suis souvenue. La terminale, le baccalauréat option danse, le passage devant le jury, le chapeau noir et les collants de la même couleur, les demi-pointes assorties. Je ne vivais plus à l’époque, les seuls risques que je prenais consistaient à prendre le bus pour aller au lycée de temps en temps. Je ne choisissais rien, même le morceau pour accompagner mes pas, c’était une copine qui l’avait trouvé. “Tiens essaie là-dessus, ça devrait le faire”.

Vous devez vous dire que ça n’a rien à voir. Et pourtant si, tout est lié. Quand la mort du chanteur a été annoncée, je n’ai pas su faire le rapprochement entre cette option au bac et “They don’t care about us” . Je n’ai pas su parce que je ne vivais pas, j’ai perdu la mémoire, occulté les bons comme les mauvais souvenirs. Cet état second a duré trop longtemps. Aujourd’hui j’aimerai que tout revienne, de temps en temps, par vague, pour ne plus avoir besoin de chercher encore et encore qu’est ce qu’une odeur peut bien signifier, ou un film. Ou un visage. C’est ça qui est affreusement terrifiant, outre des propres choix d’adultes, essayer d’assembler les pièces d’un puzzle du moment où je n’avais pas encore peur, parce que je ne savais pas vraiment ce que c’était. Je n’avais pas peur parce que je ne sentais plus rien, anesthésiée, à la limite d’un coma psychologique. Pour se blinder d’une réalité trop compliquée, trop dure à vivre. Cette anesthésie, contre les terreurs, peu à peu prend fin. Elle est là, encore, présente, parce que comme un oiseau qui devrait sortir du nid pour la première fois, j’ai peur que mes ailes refusent de s’ouvrir, qu’elles se referment d’un seul coup et que je tombe. A la Recouvrance, quelques pages du manuel de vol de m’étaient revenues. En partant de Boulin, peut-être que finalement, je n’avais pas su garder les pages ouvertes au bon endroit. Ou peut-être n’étais pas assez prête. Le manuel de l’oisillon est de nouveau posé sur mon bureau et le réveil sonne, un peu, tout doucement.

On ne m’a pas appris à voler, alors j’y vais à tâtons, je marche sur des œufs mollet. Je ne sais d’où est venu ce sursaut vital de fuite, il était plus que nécessaire, c’est certain. Une question de vie ou de mort, avec le recul d’une année écoulée, montre à mon sens, que la violence psychologique de l’Autre, du carcan familial nécrosé et dévastateur peut faire autant de mal que des coups. Les traumatismes d’enfant abusée me font, en ce moment largement moins souffrir que les manquements parentaux. Paradoxal? Non pas tant que ça, puisque dans l’ordre, j’essaie de me construire en tant que femme indépendante et assumée. Viendra ensuite, peut-être, le désir de me construire comme femme séduisante. Je peux le dire aujourd’hui, je reviens de loin et suis encore loin de la réalité que je grignote un peu chaque jour, dose quotidienne d’oxygène. Je ne suis plus dépressive. Je ne suis plus la seule non plus à le penser et à m’époumoner pour qu’Ils l’entendent.
Il subsiste malgré tout des chutes et il en subsistera. On ne nait pas rapidement à vingt-cinq ans. Alors ne crions pas victoire tout de suite, ne nous enivrons pas dès ce soir. “On ne guérit pas d’une pareille absurdité” disait Camille de Peretti. On ne guérit pas de telles traces. Mais on s’en accommode du mieux qu’on peut, rafistolant au fur et à mesure les bouts de soi.

Vous qui m’accompagnez, en silence, de loin ou de près, en mots ou en sourires, vous connaissez de moi celle que je suis vraiment.

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Tourbillon

23 décembre 2008 · 4 commentaires

Elles ne mesurent pas l’impact de tout ça, le bien que ça apporte et le silence, mon silence qui les remercie. Je n’ai jamais su exprimer mes sentiments, d’autant plus lorsqu’ils semblent si forts que la tempête ne se calme pas. Les larmes roulent, souvent et si peu, trop dans la rue et le métro, pas assez chez moi, cachée entre deux draps blancs. Je ne sais pas dire merci, alors je me tais et me terre.

Quand on est gosse, on croit à ce qui devient avec le temps Utopie, on croit à la valeur d’une amitié naissante et inaliénable. Et si je n’avais pas la force nécessaire à aller jusqu’au bout de nos rêves communs. Et si je m’écroulais dans la ligne droite. Si tout ça dépassait mes capacités réelles. Si mes forces décuplées se divisaient. Je ne suis pas celle qu’on croit. Qu’Elles croient.

Je ne suis qu’une sale garce. Garce. Garce. Garce. Ridicule de ne pouvoir fêter Noël comme tout le monde. Imbécile de refuser les invitations à la Joie du dernier Jour de 2008. Décembre ne parvient pas à me survivre et laisse dans son sillage le froid et la pluie pour terminer son existence. Décembre 2008 laisse ses souvenirs derrière lui et les miens avec. Emmagasiner les rires et les bons moments, se faire porter par la chaleur d’Autres Ailes. Ne pas refuser la complicité réconfortante. Écouter les conseils distillés, ne pas en faire qu’à sa tête. Maman, je ne sais toujours pas vivre.

Et dehors, en Décembre, le monde est fou. Ferrero m’a offert un de ses Rochers, qui trône dans un compartiment à oeufs du frigo, vide de sens où se mélangent saumon fumé, beurre, crême fraiche et yaourt à 0%. Alors j’ouvre et ferme sans cesse, pour voir si ces aliments existent vraiment. Je sais d’avance que mes parents partis, cette nourriture terminera à la poubelle, malgré le SDF titubant au bout de ma rue. Parce que la honte qui me serre la gorge, m’étouffe, ne me permettra pas d’aller lui tendre ces morceaux de vie qu’il chérirait peut-être mieux que moi.

Décembre a un gout amer de solitude et de guerre, de bataille contre soi, et contre un tout, le Tout. L’an passé, le décompte avait commencé, jour après jour, je savais que j’allais partir, que j’allais réussir à sauter, enfin, me libérer. Un an après, jour pour jour après le début de mon calendrier morbide, je suis stupidement toujours en vie, en ayant parcouru haletante une année, de plus. Parfois jugée de trop. Mais des Ailes me tiennent en vie sans le savoir, sans mesurer l’importance de leurs gestes et actes, sans mesurer que sans Elles, il n’y aurait plus de moi.
Maman, je ne sais toujours pas vivre.

Pour garder la tête hors de l’eau, je prend des engagements, j’accepte de garder mon petit Monstre un jour de plus par semaine, j’accepte de l’emmener répéter des syllabes chez l’orthophoniste. Parce que peut-être pourrait-elle m’apprendre à vivre? La regarder à 6 ans, c’est presque se remémorer des souvenirs dilatés par le temps et les orages d’une vie désoeuvrée.

Pallier la déchéance, c’est accepter petit à petit de survivre aux mois qui passent, aux années que désormais on traine derrière soi. 6 ans, je savais encore profiter de l’innocence de mes chuchotements dans la salle de classe, échanger des billes dans la cour de récréation. Je savais encore sauter à l’élastique en chantant, organiser des complots de filles contre les garçons turbulents et innocents.

Mais ces 6 ans sont révolus. Ils se sont enfuis avec 18 passages à la nouvelle année. Et autant de Noël. Le poids de la solitude augmentant année après année. Paumée.

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