Appoline

Articles étiquettés ‘douceurs’

Des suites de la consultation, Elle a vu les contours de l’ébauche.

1 juillet 2009 · 3 commentaires

Nous avons clos la consultation sur “Vous savez ce qui me fait le plus mal? Pas d’avoir quitté la maison de mes parents, tout le monde le fait un jour ou l’autre. Non c’est de l’avoir quittée pour me sauver la vie, c’est le Pourquoi j’ai fui”.

S’avouer qu’on est parti, qu’on a fui pour ne pas mourir, si vous saviez comme ça vous bouffe de l’intérieur. Qu’on est parti parce qu’on étouffait, que j’étouffais, l’air était devenu trop irrespirable. L’avait-il été un jour, respirable? Je n’en sais plus rien. J’ai pris la fuite, la poudre d’escampette, mes jambes attachées autour du cou, pour éviter une surdose médicamenteuse, ou une corde autour de la gorge, dans le garage. Pour ne pas me suicider tout court. J’habite ici parce qu’il fallait me réanimer, et qu’il n’a fallu compter que sur ma propre force. Je les ai laissé tomber parce que j’allais mourir. Il reste une certaine culpabilité d’être partie sans vraiment les connaitre, mais aussi une haine face à ceux qui m’ont abandonnée alors que je ne pouvais pas pousser toute seule. Le lien est encore bien fort et bien présent, ancré dans tout un fonctionnement, quotidien. Tout n’est pas réglé et ne le sera sans doute jamais. Y’a prescription, même si aujourd’hui, toujours, je suis mangée de l’intérieur. Peut-être que pour ça, je me hais encore.

Je suis montée sur cette putain de balance qui, malgré le Peu, a indiqué un +1. Mon Dieu. Elle m’a dit qu’il me manquait dix kilos. Hors de question, peur panique. Aussi qu’il fallait que je cesse de me peser. Hors de question. La balance, le chiffre qui varie reste la seule chose qui me rattache au concrèt de la vie. Autour de ce poids encore de trop, je brasse de l’air et gravite, affolée.

Affolée parce que je brûle, je crame, je vis. Putain, ça fait mal, mais je vis. Inspirer, expirer, ne pas paniquer. Pleurer de soulagement, les choses se débloquent une à une, et si je m’étale, peut-être que je pourrais me relever. On m’a dit un jour à la Clinique, je venais d’avoir 22 ans, que toujours quand je tombais, je me relevais, que j’étais un “sacré bout de femme”. Je n’avais pas compris à l’époque. Et ce soir, c’est là, au creux de mes doigts. J’ai la cage thoracique prête à exploser. Pour la première fois depuis vingt-cinq longues années. Je vis pour moi. Je dessine mes propres contours d’ébauche, c’est un brouillon qui ne demande qu’à être affirmé, mis au propre. C’est tellement long une chute qu’il faut bien des poignées d’années pour atterrir et comprendre comment s’agripper, se hisser, du bout des ongles pour l’arrêter.

Je vis. Et j’ai peur.

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Effet Rebond

21 février 2009 · 3 commentaires

Il a fallut ne plus être triste. Ne pas être euphorique non plus. Non juste laisser faire l’instant, le moment présent. Observant à la dérobée le groupe d’un centre de loisirs voisin monté deux arrêts après le mien, celui qui fait l’angle sur la grande place, j’ai sorti un agenda. Caressé un peu le simili cuir noir. Il s’est ouvert à la page de cette semaine, dont les lignes de cours ont peu à peu disparu sous le coup d’un effaceur. Semaine quasi vierge d’obligations habituelles remplacées par ces rendez-vous médicaux. La semaine suivante n’est pas plus remplie, je n’ai pas fait l’effort d’apposer des numéros des salles, des devoirs à rendre ou textes à lire.

Dans le bus, ça chahutait joyeusement. Le sourire m’est monté aux lèvres, juste pour cet instant-là, je me suis foutu la paix, me suis laissée vivre ce qui se passait sous les yeux des voyageurs. Et l’agenda s’est refermé de lui-même. Hormis les précieux moments amicaux, je n’ai plus envie de prévoir les jours à venir, pour ne pas avoir à annuler, à regretter de ne pas avoir pu. Ce qui va compter, ce sera la gestion de priorités.

Sortie légère dans la douceur de la fin de l’hiver, sentant l’air sur des joues sèches j’ai avancé vers le bar, dans un état neutre.
Ni triste, ni euphorique. J’ai saisi la carte. Longtemps que mes doigts avaient attrapé ce morceau de plastique rempli de souvenirs de discussions enflammées de filles.

“J’te dis je préfère filer des sous au WWF plutôt qu’à la Croix Rouge ou aux Restos du Coeur”
“Mais ton prochain, tu l’aimes pas?
“Nan c’est pas ça le truc, c’est que pour moi les animaux et la planète ça compte tu vois” elle a répondu alors qu’on la regardait, ébahies par sa façon de voir les choses.

Cette carte a aussi entendu parler des ébats amoureux et des déboires de chacune de nous quatre. Puis trois. Aujourd’hui nous n’étions plus que deux. Nous en avons perdu deux en chemin, l’une par défaut, l’autre parce que l’éloignement l’empêche trop souvent de se joindre à nous.
Le bar n’était pas plein, les tables ont été déplacé, les canapés aussi. Les murs ont changé de couleurs et assombri l’ambiance.

Je n’étais ni triste ni euphorique en l’attendant. Je ne savais pas quel figure j’allais lui servir, je n’avais pas envie de prévoir, d’enfiler quelconque masque, par manque de force pour lutter contre ce ressenti gluant. Je voulais, pour une fois, être moi.
La carte est restée la même qu’avant le départ de notre serveur en décembre, celui qui se disait être notre antidépresseur avec son rire, ses dents blanches et son accent de New York. Elle est arrivée. Fatiguée mais souriante. Et j’ai su tout de suite que je n’aurais pas envie de pleurer.

“Fais-moi rire” je lui ai lancé.
“C’est dans mes cordes aujourd’hui”. Et c’est elle qui a rit la première, enclenchant un court moment d’accalmie, pause de quelques heures dans ma tempête.

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Rayon de soleil

26 janvier 2009 · 3 commentaires

Ne veux plus de cette vie là.

Mais finalement est-ce une vie tout ce “ça”?
En guise de consolation, j’ai joué plus d’une heure à Mister Patate avec mon rayon de soleil quasi quotidien. Suis partie de chez eux avec une heure de retard. Ce ne sont pas des heures supplémentaires, non ce sont des heures où je suis vivante.

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Tourbillon

23 décembre 2008 · 4 commentaires

Elles ne mesurent pas l’impact de tout ça, le bien que ça apporte et le silence, mon silence qui les remercie. Je n’ai jamais su exprimer mes sentiments, d’autant plus lorsqu’ils semblent si forts que la tempête ne se calme pas. Les larmes roulent, souvent et si peu, trop dans la rue et le métro, pas assez chez moi, cachée entre deux draps blancs. Je ne sais pas dire merci, alors je me tais et me terre.

Quand on est gosse, on croit à ce qui devient avec le temps Utopie, on croit à la valeur d’une amitié naissante et inaliénable. Et si je n’avais pas la force nécessaire à aller jusqu’au bout de nos rêves communs. Et si je m’écroulais dans la ligne droite. Si tout ça dépassait mes capacités réelles. Si mes forces décuplées se divisaient. Je ne suis pas celle qu’on croit. Qu’Elles croient.

Je ne suis qu’une sale garce. Garce. Garce. Garce. Ridicule de ne pouvoir fêter Noël comme tout le monde. Imbécile de refuser les invitations à la Joie du dernier Jour de 2008. Décembre ne parvient pas à me survivre et laisse dans son sillage le froid et la pluie pour terminer son existence. Décembre 2008 laisse ses souvenirs derrière lui et les miens avec. Emmagasiner les rires et les bons moments, se faire porter par la chaleur d’Autres Ailes. Ne pas refuser la complicité réconfortante. Écouter les conseils distillés, ne pas en faire qu’à sa tête. Maman, je ne sais toujours pas vivre.

Et dehors, en Décembre, le monde est fou. Ferrero m’a offert un de ses Rochers, qui trône dans un compartiment à oeufs du frigo, vide de sens où se mélangent saumon fumé, beurre, crême fraiche et yaourt à 0%. Alors j’ouvre et ferme sans cesse, pour voir si ces aliments existent vraiment. Je sais d’avance que mes parents partis, cette nourriture terminera à la poubelle, malgré le SDF titubant au bout de ma rue. Parce que la honte qui me serre la gorge, m’étouffe, ne me permettra pas d’aller lui tendre ces morceaux de vie qu’il chérirait peut-être mieux que moi.

Décembre a un gout amer de solitude et de guerre, de bataille contre soi, et contre un tout, le Tout. L’an passé, le décompte avait commencé, jour après jour, je savais que j’allais partir, que j’allais réussir à sauter, enfin, me libérer. Un an après, jour pour jour après le début de mon calendrier morbide, je suis stupidement toujours en vie, en ayant parcouru haletante une année, de plus. Parfois jugée de trop. Mais des Ailes me tiennent en vie sans le savoir, sans mesurer l’importance de leurs gestes et actes, sans mesurer que sans Elles, il n’y aurait plus de moi.
Maman, je ne sais toujours pas vivre.

Pour garder la tête hors de l’eau, je prend des engagements, j’accepte de garder mon petit Monstre un jour de plus par semaine, j’accepte de l’emmener répéter des syllabes chez l’orthophoniste. Parce que peut-être pourrait-elle m’apprendre à vivre? La regarder à 6 ans, c’est presque se remémorer des souvenirs dilatés par le temps et les orages d’une vie désoeuvrée.

Pallier la déchéance, c’est accepter petit à petit de survivre aux mois qui passent, aux années que désormais on traine derrière soi. 6 ans, je savais encore profiter de l’innocence de mes chuchotements dans la salle de classe, échanger des billes dans la cour de récréation. Je savais encore sauter à l’élastique en chantant, organiser des complots de filles contre les garçons turbulents et innocents.

Mais ces 6 ans sont révolus. Ils se sont enfuis avec 18 passages à la nouvelle année. Et autant de Noël. Le poids de la solitude augmentant année après année. Paumée.

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