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Articles étiquettés ‘crises’

L’ours en peluche, Syrano

19 septembre 2009 · 5 commentaires

Où est passé la chipie câline et sa malice
Les joues roses et le menton taché de réglisse
Où est la gamine qui me serrait fort
Sans craindre qu’on la juge à tort

L’ours en peluche, Syrano

Je savais qu’il ne fallait pas que. Que je devais me protéger de cette sombre folie, tache au fond du cœur. Le corps a mal et le dit. J’avale une trentaine de cachets par jour, des indispensables aux plus absurdes et dangereux, les antibiotiques, les corticoïdes, les deux de vitamine C, ceux pour l’ulcère et les maux de ventre, ceux contre l’angoisse, ceux contre la graisse qui serait susceptible de se loger entre les os, le paracétamol pour faire passer la fièvre persistante, l’ultra-levure pour amoindrir les effets de l’antibiotique au niveau du système digestif. Je n’ai pas peur de me faire vaciller. Larmes intarissables et fiévreuses, “c’est la fièvre Maman qui rend mes yeux brillants, mon teint cadavérique qui se rapproche de l’état léthargique d’un coma artificiel n’est du qu’à la grippe, à rien d’autre”. Je monte, descend, monte et descend de la balance et j’enfle dans ma tête, simplement dans ma tête. La raison ne fait plus partie de cette bulle.

J’éclate, parler, il faut que je parle, que je remplisse l’espace du vide dans lequel je suis plongée, de la réussite que je ne parviens pas à réaliser, de ce qui va peser sur mes épaules fières et solides, du sourire qui inonde ce visage pâle qui ne semble plus m’appartenir, de la solitude qui me fait crever parce qu’en guise de relations sociales je me fais la plus tenace des menteuses. La plus boulimique des boulimiques. Il ne me manque que les deux doigts au fond de la gorge et le tour est joué. Les laxatifs sont devenus ma drogue dure, au même titre que le vide auquel j’aspire. Réussir à tout faire en ne faisant rien pour changer. Leur prouver que je peux me nourrir de chapitres lus les uns après les autres, de thèses et d’apprentissage de nouvelles langues, sans passer par la case repas. Les mensonges se font échos les uns après les autres, “souris, tu aura l’air heureuse”, la honte me noue le ventre. Je suis si différente, si à part, si vieille et pourtant encore si jeune.

Et puis il y a ce stage à l’Ecole, ces trois repas par jour pendant cinq jours, pendant lesquels il ne faudra pas que je culpabilise, pendant lesquels je ne pourrais me peser, ni échapper au déjeuner ou au diner. Tout va trop vite, on ne peut me socialiser et me faire manger normalement en si peu de temps. Je suis face à un mur infranchissable. Les crises ont repris de plus belle, j’ai tellement honte. Honte d’enfiler ce masque de zombie boulimique qui tue le peu d’estime de soi en stock. Je ne suis pas malade, je suis juste différente. Je ne souffre de rien d’autre que d’être moi, d’être ce moi en trop. Pourtant dans la Nouvelle Ecole, j’ai hâte de commencer les cours, à l’Université aussi. Je me sens bien une fois le livre ouvert sur la table, le stylo à la main. En dehors de ça, je ne suis pas grand chose finalement, à part ce trop plein, ce besoin de parler. Alors à défaut de le faire, à défaut d’accepter l’aide, je me noie dans les calories et les laxatifs, dans la nourriture et les anxiolytiques, croisant les doigts pour remplir ce vide intérieur, cette place que je ne parviens pas à prendre en dehors de l’école, en dehors du scolaire. Je suis demandée, Il m’a demandé ce grand professeur, pour être mon tuteur, celui qui va mener à mes côtés un projet dingue, auquel jamais je n’aurais pensé qu’il pourrait être exploité tellement je me croyais loin de son intérêt. Le surréalisme frôle ma réalité. Il faut que j’atterrisse en douceur, déployer le parachute au lieu de m’écraser de craintes infondées. On croit en moi. Moi j’y arrive pas. J’attends encore leur coup de fil, “Mademoiselle, nous nous sommes trompés”. Mais il ne vient pas.

T’as tout pour être heureuse. Mais j’y arrive pas. C’est dingue de s’attacher à ce point à un mécanisme masochiste qui prévoit l’échec et l’attend.

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On dit “bonne année”

1 janvier 2009 · Laisser un commentaire

Il faut maintenant tout nettoyer. Méthodiquement. Jeter ce qu’il reste d’emballages et qui rappellerait à ces yeux immondes le déroulement d’un après-midi. Bravo championne, tu as réussi ton examen de passage à cette année neuve et vierge de traces jusqu’à ce midi.

Je n’ai pas envie d’y réfléchir de songer au pourquoi-du-comment. Je n’en ai rien à foutre à vrai dire. La simple constatation des dégâts suffit. Vous n’êtes pas obligé(e)s de lire ce ramassis de sombres mots, nullement réconfortant, ni à la hauteur d’espérances convenables. Je ne suis pas convenable. Je ne suis pas conforme. Encore une constatation qui n’est même plus amère, elle est.
Elle est ce que je suis et rien n’y changera.

C’est d’la haine qui coule dans mes veines, c’est génétique, c’est une tare indécelable à l’échographie. De la colère amassée au gré des heures et jours que mon coeur à traversé et qui s’est collée à ma peau, à ma graisse.

Toutes les belles choses ont une fin.

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25 décembre 2008 · 5 commentaires

Il faisait encore jour hier après-midi. Terminer les préparatifs du repas, ne pas donner une bouchée pour moi, une dans le plat. Raté, ils n’ont pas su pourquoi il y avait si peu à manger sur la table de mon salon, décorée pour l’occasion.
Il a fait nuit, il était cinq heures et quelques minutes. J’ai pris mon manteau, mon béret et mon écharpe. Mon sac à main. Et j’ai chaussé mes bottes. Paris sous la nuit, la Tour Eiffel, le Pont Mirabeau qui n’a pas compris les gouttes salées qui ont rejoint la Seine, la scène. Je suis malheureuse. Je. Suis. Malheureuse.

J’ai marché, parcouru le 16ème arrondissement, hagarde, j’ai attrapé un bus, descendu trois stations après. Couru après un second, monter sans montrer le mascara qui coulait, au chauffeur, aux passager nombreux sur cette ligne qui mène à l’Hôtel de Ville. Aaron me parlait, doucement. J’ai traversé le centre de Paris, à pieds.

Je les ai retrouvé, à l’heure.

Plus tard, chez eux, après un second tête à tête sordide avec les clayettes du réfrégirateur, je me suis glissée sous les draps et ai laissé tombé le masque des beaux jours pour soulager un peu mon visage crispé par l’effort des sourires. Ces draps qui sentent la lavande, qui ne me manquent pas. J’ai gobé quelques cachets, anxiolytiques, pour tuer l’angoisse qui nouait mon ventre bombé par les ingestions outrageusement supérieures à la normale.

Nous étions à table ce midi, la journée avait démarré tard. J’ai attrapé une langoustine, la troisième de ce repas qui se déroulait pour le mieux, je parvenais à manger à peu près normalement. Et puis riant, il m’a dit “Mais arrête de manger! P’tain qu’est ce que tu bouffes!”
J’ai lancé la langoustine dans le plat comme si elle m’avait brulé les doigts, les lèvres closes, je me suis tue. Et j’ai quitté la table. Je n’avais pas mangé plus que les autres. Non.
Pourquoi? Pourquoi ce besoin de regarder ce que je mange. Pourquoi ne pas essayer de comprendre. Pour se protéger mon frère a adopté la politique autruchienne de celui qui ne voit pas, celui qui fait semblant de ne pas voir. Je vous emmerde. Il s’est retiré de tout ça, il n’y a jamais mis les pieds, il n’a jamais essayé de comprendre quoi que ce soit. iI ne sait pas les efforts que j’ai pu faire, il ne sait pas le mal qu’il a pu me faire. Il ne sait pas. Il ne veut pas savoir.
Je n’ai pas touché au plat sur la table. Mais je suis allée prendre des réserves dans la cuisine, en attendant le dessert. Les assiettes à peine débarassées de la table, j’ai pioché jusqu’à n’en plus pouvoir. Peu importe qu’ils soient là-bas, dans le grand salon austère et trop lisse, peu importe qu’ils entendent les bruits de couverts. L’anorexique s’est transformée en boulimique. Comme souvent chez eux. Je les hais pour ça. Je me hais pour ça.

La journée a continué, sans moi, dans ce monde infâme, faisant de brêves appararitions, pour signaler que malgré tout j’étais en vie, encore.

Mon père m’a raccompagnée. Et j’ai avalé une somme considérable de laxatifs.. Au champagne, la bouteille à peine entamée d’hier soir, restée dans mon frigo, avec une coupe en cristal. Parce que j’ai peur de prendre forme. Et parce que cette nourriture ne peut rester où elle est. Ma tête est lourde de tout, des effets des laxatifs, qui tourne et tourne et tourne. Ma tête est lourde de haine.

Pourquoi tout ça? Pourquoi.

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