Appoline

Articles étiquettés ‘corps’

Tu sais que.

9 octobre 2009 · 5 commentaires

Tu vois je peux plus dormir dans mon lit, j’arrive pas. Les draps sont propres, pliés sur le matelas qui prend la poussière et bouffe de l’acarien. Et moi je suis emmitouflée dans deux pulls, un collant, un bas de survêtement dont la forme est indéterminée puisque son âge est presque canonique. Dormir ne fonctionne plus. Comme un arrêt programmé du sommeil à partir de cinq heures et une main de minutes. Les yeux encore à demi-fermés, le corps tout raide, un peu mort de sa nuit courte, et le cerveau qui se met déjà en mode automatique, en mode ouverture des vannes. Le même qui s’émeut devant les informations de la troisième chaine et qui ordonne aux yeux, les miens, de se gorger d’eau. Le même encore qui refuse, accuse et s’écrie que jamais il ne faut lâcher mais qui pourtant me somme de faire le tour des boulangeries pour acheter du pain. Tout un tas de pains différents. Je n’ai pas encore épuisé toutes celles du quartier et quand bien même, j’en aurais rien à foutre à vrai dire. Paris regorge de magasins d’alimentation. Remplir un frigidaire de boissons ne comblera pas ce vide interne, qui se creuse de temps en temps, ce trou, dont une bestiole indéfinie n’a de cesse de gratter les parois pour gagner du terrain. C’est Maman le nœud du problème, entre autres. Non pas que je n’ai pas de bonnes relations avec ma mère, simplement un besoin d’elle en ce moment, sans qu’elle ne possède les cartes pour comprendre quoi que ce soit. Que sait-elle de mes nuits à fixer un plafond, ou à compter une à une les rayures du parquet? Que sait-elle des larmes versées devant un tas de lambdas dans le bus ou dans la rue? Et celles de rage des filles comme moi que Lola Lafon “serre dans ses bras, toutes celles qui se taisent, emmurées dans leur nuit, leur corps comme un champ de bataille. A toutes celles qui ont 13 ans, qui ont eu 13 ans…”? Pour toutes celles dont la vie s’est figée sur un décompte?

D’ailleurs Maman, tiens, t’en penses quoi du battage médiatique autour de Polanski poursuivi 30 ans après? Et des polémiques autour de Mitterrand? Et de moi Maman, t’en penses quoi? Tu dirais quoi si tu étais avec moi quand on m’a juste dit “sale pute” alors que j’allais traverser la rue? Tu dirais, “oublie ma fille, ça passera avec le temps”? Mais ça passe pas Maman, c’est comme coincé là au milieu de tout un merdier de vie en construction, je suis en chantier. Et aux regards insistants des deux quarantenaires au feu rouge quand je posais le pied à terre pour ne pas tomber de vélo? Tu leur dirais quelque chose Maman ou tu dirais que j’étais “consentante et que ce n’était après tout que des jeux de gamins” Maman? Tu ne sais pas trancher pour une paire de bottines, je n’attendais qu’un “oui prends les” ou “non elles sont affreuses”. Au lieu de ça, tu as répondu qu’”elles étaient bien mais que”. Alors trancher entre la vérité de ta fille et celle d’une famille… Je suis une ravagée qui fait semblant. Enfilant des apparats de femme pour tenter de séduire le miroir d’un reflet tant haï. Je veux des genoux douloureux et noueux, un fossé entre des cuisses maigrissimes, je veux des joues creuses à s’y perdre et un regard vidé de sens et d’émotions, des doigts sans fin, j’apologise ma propre mort. Juste une disparation éphémère de quelques mois pour renaitre un peu plus neuve, un peu plus blanche, un peu moins abimée, un peu moins coupable, un peu plus quelqu’un de bien. Je voudrais qu’on ne pense pas de moi que ce n’était rien que des jeux d’enfants. Que je cesse de me rappeler que j’ai eu peur de me battre par lâcheté, que j’ai téléphoné à ma tante le soir du mardi, le soir du lendemain de la première audition, en pleurant pour lui dire que “non je n’étais pas consentante” et qu’elle n’a rien pu faire pour moi. Que j’oublie ce regard qui ne m’a jamais quitté en réalité, en filigrane d’un quotidien qui se veut beau et lisse, ce regard ni menaçant ni gentil, non juste ce regard dont la couleur sombre est imprégnée dans mes pupilles. Ce regard qui m’horrifierais de croiser un jour. J’aimerai qu’il soit éteint. Mais le seul moyen à ma portée est d’éteindre le mien pour fermer la boite de glauques images. Il est vingt-et-une heure et je voudrais cesser de penser que jamais je n’ai été aussi seule que depuis que j’ai eu 13 ans.

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Une grand-mère particulière

26 août 2009 · 2 commentaires

Quand j’ai composé le numéro, la tonalité au bout du fil m’a subitement angoissée, j’ai saisi au vol l’atmosphère. Qu’il aurait fallu que je raccroche avant que mon prénom ne s’affiche sur le cadran digital de son téléphone. La bonne action s’est transformée en erreur dès l’instant où j’ai décroché le combiné. Prendre de ses nouvelles. Avant même de me lancer le “bonjour” d’usage, elle a enclenché le première, puis rapidement passant à la seconde sans embrayer “Je rentre de la promenade avec Camille. Elle a dix mois aujourd’hui, tu te rend compte comme le temps passe vite?”.

Je ne connais pas cette petite fée, mais j’espère que des anges se seront penchés sur son berceau rose. Qu’ils la protègeront. Parce qu’elle n’a rien demandé, à personne. Sous ses airs d’aigle protecteur, ma grand-mère m’a abandonnée à un triste sort parce qu’elle n’avait pas compris. La gravité des choses.

La conversation a duré quelques minutes. Bien assez pour qu’elle me harcèle de questions et d’affirmations. “Et tes parents? Ils vont bien? Je ne comprends pas, pas de nouvelles depuis qu’ils sont arrivés, je suis inquiète”. Qu’elle cesse de s’inquiéter. Bon sang mais elle ne saisit pas que si ma mère ne l’appelle pas, c’est avant tout parce qu’elle irradie tout ceux qu’elle approche de son anxiété dévastatrice? “Et tu as eu ta tante, comment elle va? Et comment tu as trouvé la Famille du Sud, ton cousin il te parle au moins? Non parce qu’à moi il ne parle jamais, il est toujours agressif en plus!”. Si jamais elle apprenait la coke qu’il se fourre dans les narines et l’ecstasy qu’il gobe, elle en serait toute chamboulée. “Oui oui ils avaient l’air d’aller”, unique phrase de plus de trois mots que j’ai pu prononcer. Finalement, elle ne m’a même pas demandé comment moi j’allais. De toute façon je n’aurai guère pu répondre autre chose que l’invariable “ça va”. En peu de temps, elle a assommé ce qu’il restait de moi à ce moment précis. Son sourire et son impartialité remontent à la surface de telle sorte que la nausée qui avait lâché du lest ces deux derniers jours revient avec une intensité croissante. Pas seulement pour ça. Mon coeur joue les montagnes russes, d’un moment à l’autre de la journée l’humeur peut changer du tout au rien. Et du rien au tout, plusieurs fois par jour. La nausée, on l’attrape comme ça, en montant dans un grand manège duquel on peine à descendre. Je ne suis pas malheureuse. Je ne suis pas heureuse non plus. Mi-figue, mi-raisin, assise entre deux chaises, en équilibre stable. Je suis cet état second qui me caractérise, à côté de la plaque, pas toujours, mais souvent. Je ne supporte plus ce corps qui me tient droite. J’attends parfois l’hiver pour me ranger sous des pulls et des pantalons larges. Au lieu de ça, je déambule en mini-jupe pour essayer d’assumer un peu, sans succès. Pour y parvenir, mon regard fuit le miroir avant de sortir. Et parfois le retour à la réalité m’assène un grand coup, calmé à coup de larmes et de résolutions. Demain j’arrête, je disparais.

Sinon, la bonne action est faite. Une prochaine fois peut-être.

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6 minutes et dix secondes

29 novembre 2005 · Laisser un commentaire

J’ai un peu plus de 6 minutes pour décrire ce qui se passe dans ma ptite tête…

Nous sommes dimanche, j’ai très mal dormi, réveillée plusieurs fois, rendormie. Mais ça c’est que tu détail.

Que se passe-t-il vraiment pour moi en ce moment??

J’alterne des phases de morosité dépressive, où l’envie de me supprimer domine sans pour autant que je passe à l’acte et des phases hyper-actives pendant lesquelles je suis méconnaissable.

Euphorique à tour de bras puis larmoyant sur mon pauvre sort d’imbécile anorexique.

Moments qui font que je me déteste au plus haut point.

Pourquoi tout ça?

Je n’en sais rien, sauf que je me vois dans un miroir déformant, celui qui me dit que je suis grosse et moche, ce qui n’est pas de l’avis de tout le monde.

Mais partout c’est écrit aujourd’hui que ce qu’on doit écouter, c’est nous et pas quelqu’un d’autre.

Alors je m’écoute, avec la ferme intention de me laisser mourir jusqu’à la fin, de perdre ce corps qui ne m’appartient pas et auquel je n’appartient pas non plus.

On n’est pas fait pour vivre l’un avec l’autre, l’un comme l’autre on est de trop.

Trop gros, trop moche, trop con, trop détaché, trop proche.

bref à 2 on est pas mieux et on est toujours pas ce qu’il faut.

Voilà, c’est la fin de 6 minutes, je ne pensait pas écrire si peu, et autant aussi.

Je suis ambidextre et ambivalente, toujours le cul entre 2 chaises.

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