Appoline

Articles étiquettés ‘boulin’

Alors je repense à Oise

21 avril 2007 · Laisser un commentaire

Notre Oise, experte en distribution de biscottes et de pain grillé du matin.

Je repense à Oise, parce que je voudrais faire poser des volets à la fenêtre de ma chambre, les stores vénitiens vert pastel ne me protégeant pas de la lumière du jour qui pénètre dans ma chambre dès que le soleil se lève. S’il est 8h, ça ne me pose pas de problème, mais Môsieur le soleil est un lève tôt ces derniers temps. Et moi j’en vraiment envie de faire des grasse-matinées, au moins jusqu’à… 9h… Donc je feuillette des yeux alertes les divers catalogues Lapeyre, Brico-dépot, Leroy Merlin et Autres. C’est fatigant de feuilleter. Persiennes en bois, stores électriques, store occultant en tissus, rideaux? C’est à en perdre le Russe que je ne connais guère… Bref, tout ça me rappelle Oise, qui lorsque le moral était six pieds sous neurones, elle ouvrait les volets de ma chambre, moi sous la couette, pestant contre cette lumière crue qui me brulait les paupières. “Allez laissez donc entrer le soleil. S’il ne rentre pas dans votre chambre, comment voulez-vous que ça passe dans votre tête?” me disait-elle. “Grphmphchtn” je lui répondais à Oise. “Je ne comprends rien, vous avez maché les mots, donc j’ouvre”, alors que ses mains abimées par le liquide vaisselle et l’eau de javel avaient déjà refermé les fenêtres, laissant le jour passer.

Parfois, elle passait dans ma chambre, seulement pour voir si mes volets n’étaient pas clos, prétextant me demander si il me restait suffisemment de papier toilette jusqu’au lendemain. Si j’étais allongée sur le couvre-lit bleu rayé anti-feu, elle s’asseyait à côté de moi et elle prenait 2 minutes pour parler un peu, de tout, de rien, de moi surtout. Elle a pleuré quand je suis partie. Et moi aussi j’ai pleuré.

Aujourd’hui quand je pense à elle, je ne suis plus triste. Parce que je suis soulagée qu’elle ne fasse plus le ménage dans ma chambre, qu’elle ne lave plus ma vaisselle, qu’elle ne se courbe plus la tête dans ma douche pour grattouiller le calcaire, ou qu’elle débouche le siphon de mon lavabo plein de cheveux. Alors bien sur, elle le fait surement dans ma chambre, la numéro 14, mais plus pour moi, pour quelqu’un d’autre. Quelqu’un à qui surement elle ouvre les volets, elle s’assied sur le lit et elle parle de la pluie et du beau temps. Mais je sais qu’elle le fait si elle en a envie et avec la simplicité d’une femme qui aime sans compter. Avec l’amour d’une femme qui de nombreuses fois a séché mes larmes à coup de lingette, parce que plus de mouchoirs en poche. Avec une femme qui m’a secoué les bretelles à table et qui plus d’une fois m’a forcé à gouter la soupe de Gilou le cuistot. D’ailleurs elle n’a jamais réussi. Si, presque, une fois, le lendemain du jour de l’an. C’était Régine, mère de substitution pour moi, l’infirmière de garde. Il était 18h30 et Gilou nous avait concocté une chouette soupe de restes. Toutes les 2, Oise et Régine, se tenaient devant notre table, la soupe sur la table et moi la regardant avec dégout. Goutez au moins qu’elles me disaient toutes les 2. Grimaces, clowneries pour amuser notre table, comme d’hab’, tergiversant comme une gamine de 5 ans. J’ai fini par prendre 1/4 de 1/2 louchette (une bébé louche…).

Au moment où je porte la cuillère à ma bouche, 5 minutes ayant déjà passées, Marie me murmure à l’oreille: “on dirait un lendemain de fête”.

La bouchée qui n’avait pas encore dépassé ma gorge a atterri dans l’assiette, m’étranglant de rire et de dégout à la fois devant les mines désespérées de Régine et Oise.

Alors je repense à Oise. Notre agent de service hospitalier, ASH pour faire plus court, atelier à elle toute seule. Oise, dont je n’oublie pas les attentions particulières, réservées qu’à moi, le pain grillé qu’elle m’apportait le matin, passant d’abord à ma table pour que je l’ai chaud. Le gouter qu’elle me gardait si j’étais en retard, en atelier ou même sortie en ville. Le “Eh bonjour!” quand j’arrivais le matin pour l’aider à mettre la table, en pyjama, les cheveux en vrac. Elle, le sourire rayonnait de bonheur, les bons jours comme les mauvais. Toujours le sourire Françoise. Dans sa vieille voiture, elle partait toujours en retard le soir, après son service, passant dire bonsoir à ses patients préférés. La Gauloise à peine alumée, elle nous saluait de son regard pétillant et de ces fameuses mains que je voudrais voir lisses et douces, pas usées par les produits ménagers… Oise, vivement la retraite que vous puissiez faire pousser vos tomates…

Catégories : Histoire d'Elle
Tagué : ,

Larmes et douleur pour un soupçon de bonheur

4 août 2006 · Laisser un commentaire

14h20 au fond du jardin. 4 mois de clinique pour le moment.

Plusieurs avancées. Je suis beaucoup plus calme intérieur comme extérieur.

Sur le plan purement psy, j’ai appris à prendre du recul et j’ai compris que mes réactions épidermiques et disproportionnées par rapport à certaines situations de la vie courante venaient de mon enfance et me rappelaient des comportements parentaux et familiaux que je détestais et que je déteste toujours, voire même que j’abhorre.

Pourtant, je me sens plus sereine, même si la dépression est toujours présente et belle et bien ancrée, fichtre.

Je commence à savoir dire NON quand ça le doit et OUI quand c’est adéquat.

Un déclic s’est produit en moi, plusieurs même. JE NE VEUX PLUS MOURIR, ou plutôt je me suis rendue compte que je me laissais mourir.

De haïr son corps et sa tête, je suis passée à juste ne pas supporter mon corps. Encore un autre barreau de l’échelle à gravir…

De là à dire que j’aime la vie, pas encore, mais j’en croque certains moments avec plaisir et délectation.

J’ai aussi retrouvé certains sentiments perdus, la peur, la tristesse, le rire, la joie, la colère, la haine l’amitié, l’amour fraternel.

J’ai tissé des liens d’un fil que je crois éternel et croisé les chemins de gens merveilleux.

Etant arrivée à la clinique sans espoir ou si peu, sans souvenir d’amitié et de fraternité, j’ai aujourd’hui peur parfois de perdre ces personnes là.

Loulou a définitivement perdu sa Louloute et Grand mère sa petite fille chérie et adulée. Mes parents sont descendus de leur piedestal imaginaire de mon cerveau-moins-lent. J’en veux à beaucoup de monde, de ma famille, mais je comprends qu’être en colère notamment après mes parents ne m’empêche pas de les aimer et certainement plus sainement qu’avant. La petite mouette muette a pris 22 ans de sa vie dans la tronche, comme ça sans prévenir, ouvrant les yeux sur les défauts des autres, ses propres failles et faiblesse. Et ça ne se fait pas sans larmes. Je suis en mode remise en question et question sans remise. Fonctionnement du passé mis à nu, j’ai posé mon masque de cire et Mon Dieu que ça fait peur…

Sur les autres plans, j’ai un comportement beaucoup plus juste avec la nourriture, ne refusant pas les plaisirs comme ils viennent. Plus aucune compulsion (ou 2 en 4 mois et encore… Risible), j’arrive à apprécier les choses que j’aime quand elles sont là, malgré un léger sentiment de culpabilité de temps à autre que je chasse de mon esprit aussi vite qu’il faut de temps pour crier “casse-toi”.

Je veux prendre le temps de prendre mon temps. Je veux grimper au sommet de la plus haute montagne, la mienne en l’occurrence, et crier que j’ai réussi à la gravir, non sans peine.

A ceux que j’aime et qui le savent: Je vous aime et maintenant je le sais.

Catégories : Histoire d'Elle
Tagué : ,