Appoline

Entrée de septembre 2009

De toute façon

28 septembre 2009 · Laisser un commentaire

Avant la fin de la semaine, j’aurais les deux doigts au fond de la gorge.

Catégories : Histoire d'Elle

L’ours en peluche, Syrano

19 septembre 2009 · 5 commentaires

Où est passé la chipie câline et sa malice
Les joues roses et le menton taché de réglisse
Où est la gamine qui me serrait fort
Sans craindre qu’on la juge à tort

L’ours en peluche, Syrano

Je savais qu’il ne fallait pas que. Que je devais me protéger de cette sombre folie, tache au fond du cœur. Le corps a mal et le dit. J’avale une trentaine de cachets par jour, des indispensables aux plus absurdes et dangereux, les antibiotiques, les corticoïdes, les deux de vitamine C, ceux pour l’ulcère et les maux de ventre, ceux contre l’angoisse, ceux contre la graisse qui serait susceptible de se loger entre les os, le paracétamol pour faire passer la fièvre persistante, l’ultra-levure pour amoindrir les effets de l’antibiotique au niveau du système digestif. Je n’ai pas peur de me faire vaciller. Larmes intarissables et fiévreuses, “c’est la fièvre Maman qui rend mes yeux brillants, mon teint cadavérique qui se rapproche de l’état léthargique d’un coma artificiel n’est du qu’à la grippe, à rien d’autre”. Je monte, descend, monte et descend de la balance et j’enfle dans ma tête, simplement dans ma tête. La raison ne fait plus partie de cette bulle.

J’éclate, parler, il faut que je parle, que je remplisse l’espace du vide dans lequel je suis plongée, de la réussite que je ne parviens pas à réaliser, de ce qui va peser sur mes épaules fières et solides, du sourire qui inonde ce visage pâle qui ne semble plus m’appartenir, de la solitude qui me fait crever parce qu’en guise de relations sociales je me fais la plus tenace des menteuses. La plus boulimique des boulimiques. Il ne me manque que les deux doigts au fond de la gorge et le tour est joué. Les laxatifs sont devenus ma drogue dure, au même titre que le vide auquel j’aspire. Réussir à tout faire en ne faisant rien pour changer. Leur prouver que je peux me nourrir de chapitres lus les uns après les autres, de thèses et d’apprentissage de nouvelles langues, sans passer par la case repas. Les mensonges se font échos les uns après les autres, “souris, tu aura l’air heureuse”, la honte me noue le ventre. Je suis si différente, si à part, si vieille et pourtant encore si jeune.

Et puis il y a ce stage à l’Ecole, ces trois repas par jour pendant cinq jours, pendant lesquels il ne faudra pas que je culpabilise, pendant lesquels je ne pourrais me peser, ni échapper au déjeuner ou au diner. Tout va trop vite, on ne peut me socialiser et me faire manger normalement en si peu de temps. Je suis face à un mur infranchissable. Les crises ont repris de plus belle, j’ai tellement honte. Honte d’enfiler ce masque de zombie boulimique qui tue le peu d’estime de soi en stock. Je ne suis pas malade, je suis juste différente. Je ne souffre de rien d’autre que d’être moi, d’être ce moi en trop. Pourtant dans la Nouvelle Ecole, j’ai hâte de commencer les cours, à l’Université aussi. Je me sens bien une fois le livre ouvert sur la table, le stylo à la main. En dehors de ça, je ne suis pas grand chose finalement, à part ce trop plein, ce besoin de parler. Alors à défaut de le faire, à défaut d’accepter l’aide, je me noie dans les calories et les laxatifs, dans la nourriture et les anxiolytiques, croisant les doigts pour remplir ce vide intérieur, cette place que je ne parviens pas à prendre en dehors de l’école, en dehors du scolaire. Je suis demandée, Il m’a demandé ce grand professeur, pour être mon tuteur, celui qui va mener à mes côtés un projet dingue, auquel jamais je n’aurais pensé qu’il pourrait être exploité tellement je me croyais loin de son intérêt. Le surréalisme frôle ma réalité. Il faut que j’atterrisse en douceur, déployer le parachute au lieu de m’écraser de craintes infondées. On croit en moi. Moi j’y arrive pas. J’attends encore leur coup de fil, “Mademoiselle, nous nous sommes trompés”. Mais il ne vient pas.

T’as tout pour être heureuse. Mais j’y arrive pas. C’est dingue de s’attacher à ce point à un mécanisme masochiste qui prévoit l’échec et l’attend.

Catégories : Histoire d'Elle · Histoire d'Eux
Tagué : , , , ,

De nouveaux départs

7 septembre 2009 · 6 commentaires

Il ne faut pas flancher, il faut tenir le coup malgré la peur qui tenaille un peu l’estomac noué. De belles choses qu’il va falloir apprécier à leur juste valeur, apprécier pour soi alors que depuis le départ et son premier cri il y a un bout de temps, j’apprécie pour et à travers les autres. Il faut se nourrir sans avoir peur, sans fondre en larmes, en riant et en comprenant que le carburant devient vital si mes jambes doivent me tenir droite face aux défis qui se présentent. Pourquoi la peur reste? Alors que l’école m’a prise.

Catégories : Histoire d'Elle
Tagué :

La fin d’une époque

3 septembre 2009 · Laisser un commentaire

15h30: Il n’y a pas que le bât qui blesse. Il y a les mots aussi. Je vais bien. Rien d’autre à ajouter. Laissez-moi tranquille. Je n’irai plus, décision prise, médecin appelée. Je suis censée y aller dans quinze jours “pour en parler”. Mais c’est terminé, je n’irai pas.

Edit de 17h44: On était demain matin, j’avais dormi une nuit entière, d’épuisement. Cauchemardé aussi. De mes parents, mon frère, qui s’engueulaient pour des futilités, n’étaient pas d’accord pour les places qu’ils voulaient occuper dans une gigantesque salle de concert. Le chanteur étaient déjà sur scène. C’est là que j’ai compris la distance qui nous séparait. J’ai tapé sur l’épaule de ma mère et suis allée me réfugier devant, avalée par la musique et les lumières. J’ai rouvert les yeux. Et nous sommes toujours aujourd’hui, le cauchemar est encore là même les yeux ouverts. Nous sommes toujours aujourd’hui et j’ai cette boule qui ne veut pas passer, comme une fuite d’eau qui ne cesserait de couler. J’ai les yeux ouverts et la marque de ma main sur la joue, je n’ai dormi qu’une pauvre petite demie heure.

Edit du 4 septembre, 9h08: quand une journée pareille commence, on ne peut qu’appréhender la suite de son déroulement, comment va-t-elle donc finir? Et puis parfois, tenir une promesse, faire un effort physique, psychique renverse la tendance glauque, caresse un peu un moral échauffé et applique une crème anti-brûlures, un parapluie contre les tuiles et les vexations. Pour essayer de cicatriser de ses mots. La rage est encore là, mais elle est différente, elle est moins sombre. Je reste sur ma position, mais je lui ai écrit à ce docteur, ce que mon coeur comportait de trop, ce trop qu’elle m’a dit et ce trop subjectif qui vient de moi et qui m’a écrasée. Je n’ai pas réagi de la même manière que d’habitude, j’ai dormi pour oublier, j’ai dormi pour apaiser un peu et j’ai craché la douleur qui a découlée de ses mots à elle sur le moleskine noir dont les pages sont écornées.

Catégories : Histoires de.
Tagué : , , , , , , , , , , , ,

Faut pas trembler petite

3 septembre 2009 · 6 commentaires

Je me bats, je ne fais que ça ou presque. Quand il a été l’heure de faire le point, le bilan, j’ai dit je veux pas mourir. Pas renoncer à ce que je peux faire de bien, de beau, de neuf, sur cette terre, un peu austère, un peu étrange. Où tout le monde se côtoie et se passe devant, dessus ou bien à côté. Être à côté du reste, c’est ou ça a été ma grande carapace, ma protection infaillible. Ne pas plier devant un sourire mais tendre les bras pour des pleurs de proche.

Le point, les calculs ont été vite fait. La mort est si loin si je me bats, elle n’a jamais été à l’ordre du jour. Parce que je n’ai jamais réalisé que je l’enveloppe près de moi un peu plus chaque jour qui passe. J’ai eu par le passé 8 kilos de moins qu’aujourd’hui, non 6, non 5 en fait. Ah non sombre idiote, j’ai eu par le passé 4 kilos de moins qu’aujourd’hui. Je ne sais plus compter, ça a été à la fois si rapide et si lent. Je ne me suis pas rendue compte, ni euphorique ni inquiète, je ne comprends pas, je ne comprends plus. J’oscille entre la peur et la distance. Mais je me suis vue sous les spots d’une cabine d’essayage. Je me suis vue, nue, sur une balance “aux cent grammes près”, j’ai vu le chiffre passer, celui que je déteste tant, le 2, pour y apercevoir le 1 qui me rassure. Le 1 comme premier, comme aînée, comme dans “un-ique”. Et après? Après il y a le zéro comme néant, comme rien, vide, creux. Le zéro qui rapproche encore un peu plus du froid irrécupérable. Le zéro que j’ai déjà franchi mais qui ne me faisait pas si mal que ça, qui ne me compressait pas autant la cage thoracique. Peut-être parce qu’il n’y avait aucun autre projet que celui de me sauver la vie, à grand renfort de paroles en groupe et d’entretien psychiatrique. Peut-être aussi parce que je ne pouvais pas mourir puisque je n’étais pas seule à me sauver. Aujourd’hui, c’est entre moi et moi. Il n’y a pas d’Elle, de petite voix, il n’y a que moi, je ne suis qu’une gosse qui a besoin de son père et qui crève de l’avoir un jour perdu sans possibilité de revenir en arrière. Une gosse dans un corps de femme-enfant. Une gamine écervelée qui n’ingurgite que du lait sucré comme s’il était maternel. Une sale mioche qui a régressé aussi lentement qu’un TGV entre en gare, doucement mais surement. J’ai mis presque un mois à l’apercevoir. Combien de temps pour m’en remettre?

Je ne peux pas pas dire “je me bats”, j’aurais tellement l’impression de mentir. Alors que quand c’est dit j’y crois. Quand je le dis, c’est comme si c’était vrai. Sauf que c’est ma vérité, pas la vraie vérité, celle lucide et objective du regard extérieur, du commun. Cette vérité éclate en même temps que l’absurdité survient. On ne tient pas sa vie au creux d’une main si déjà elle a mal de tenir un stylo. La vérité est là. Palpable au quotidien, palpable uniquement au déclic panique “comment vais-je faire si je suis admise?”. Si la pente ne s’inverse pas, j’aurais tout gâché. Et je ne pourrais m’en prendre qu’à moi même, pas d’autres coupables. Tu veux ou tu coule, seule alternative possible à ce jeu idiot.

Hier soir j’ai voulu. Le mail est parti aussi vite que la pensée est arrivée dans ma tête. “Tu m’emmènerais manger un sushi demain soir?”. Envoyer-regretter-pleurer-trembler. Trop tard. Peut-être le prendre comme un sursaut vital, une essai, fructueux ou non de réagir.

Je ne comprends pas, je ne comprends plus.

Catégories : Histoire d'Elle
Tagué : , , , , ,