Appoline

Entrée de août 2009

Cambriolage aoûtien

28 août 2009 · 6 commentaires

Il fallait que ça arrive, un jour ou l’autre, nous le savions les enfants et petits-enfants du côté paternel. Seuls mes grands-parents restaient sur leur planète dorée. Ils se sentaient en sécurité avec leurs caméras et leurs portes infranchissables, serrures trois points, avec leurs alarmes. Ils se sont trompés. Presqu’un un an qu’ils n’y ont pas mis les pieds, voire plus. La dernière bâtisse familiale parce qu’ils ont vendu celle de Gironde et le chalet savoyard depuis un moment.
Là où on a fait toutes nos conneries avec mon frère et mon cousin plus âgé, où on sautait de la balançoire directement dans la piscine, où allait cueillir les cerises à même les branches parce que c’est meilleur. On faisait le tour de la maison en vélo aussi, et puis du basket et du badminton sur le terrain spécialement aménagé par mon grand-père quand il avait sa tête en entier et que les symptômes d’un pseudo Alzheimer ne le menaçaient pas encore. Tous les trois on a fait les quatre-cent-coups. Etrange j’en parlais en début de semaine…

On avait chacun notre chambre dans cette maison, ancien corps de ferme, qu’on décorait tous les ans quand on y passait seulement deux semaines pour ne pas vexer ma grand-mère maternelle. Dans chaque chambre un lit mezzanine avec un bureau en dessous pour dessiner ou colorier des albums offerts par nos oncles. On se battait pour savoir qui allait mettre la table parce que celui qui organisait les couverts sur la nappe et disposait les verres à l’envers avait le droit de ne pas débarrasser et de filer directement jouer. Il y avait la télévision aussi, devant laquelle on regardait le Club Dorothée tous les matins, affalés sur les canapés en sirotant un jus d’orange frais. Le matin on avait un numéro pour la douche, un, deux ou trois qu’on tirait au sort et le soir, l’ordre était inversé. On tirait à la courte-paille parfois c’était plus rapide parce que mon petit frère, souvent chahuté, voulait dessiner lui-même les petits cartons du tirage au sort. Et mon frère il était très lent.

On avait de la chance de se blottir dans des serviettes rugueuses qui sentaient bon la lavande et avaient séché en plein soleil, sous le vent.

Mais aujourd’hui il n’existe plus rien de tout ça. La maison inhabitée a été ravagée par des cambrioleurs. Mon père, en rentrant du sud, a jugé bon d’aller faire un tour par la maison de famille, voir si… Il a vu. Le portail entr’ouvert, le garage saccagé. Nos bouées et autres ballons, raquettes et vélos au fond de la piscine vidée depuis deux ans. Toutes les vitres fracassées. Il a rebroussé chemin pour prévenir ma mère et ils ont sagement attendu l’arrivée des gendarmes. Avec eux, ils ont fait l’inventaire de ce qui n’était plus là, mon grand-père au téléphone. Cela fait bien longtemps que les caméras de vidéosurveillance ne fonctionnent plus et l’alarme a été débranchée. Ils ont vu alors le carnage intérieur, le chaos ambiant. Les intrus ont tout pris, ce qui avait de la valeur pécuniaire, à revendre, les tableaux accrochés aux murs et le mobilier, l’insert de la cheminée, le réfrigérateur et le lave-vaisselle. Et avec le reste, nos affaires de gamins qu’ils ont entassé au centre du grand salon, les peluches et les exemplaires du Journal de Mickey, les mots croisés et fléchés, nos Télécrans rouges, les Légos et autres Playmobils, la vaisselle familiale, nos bols bretons avec les prénoms, ils ont fait une gigantesque montagne d’objets qu’ils ont saccagée on ne sait comment, mais avec suffisamment de violence pour que l’une de mes poupées Corolle en perde la tête. Ils ont rageusement piétiné nos souvenirs de gosses pour un peu plus d’une poignée de milliers d’euros.

Je ne suis pas en colère contre ces visiteurs intéressés. C’est à mes grands-parents que j’en veux. De ne pas avoir protégé nos puzzles d’enfance parce qu’ils n’avaient pas envie de faire les démarches nécessaires à la vente de cette maison, dans laquelle ils ne mettent plus les pieds. Je leur en veux d’avoir abandonné nos souvenirs là-bas et de les avoir laissés livrés à eux-mêmes alors qu’ils ne pouvaient pas se défendre puisque ce sont des jouets et des dessins piétinés maintenant. Après avoir reçu les photos prises par mon père, j’ai seulement eu envie de les mettre dans la corbeille. Je ne veux pas me souvenir de notre enfance un peu sucrée de cette manière-là.

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Une grand-mère particulière

26 août 2009 · 2 commentaires

Quand j’ai composé le numéro, la tonalité au bout du fil m’a subitement angoissée, j’ai saisi au vol l’atmosphère. Qu’il aurait fallu que je raccroche avant que mon prénom ne s’affiche sur le cadran digital de son téléphone. La bonne action s’est transformée en erreur dès l’instant où j’ai décroché le combiné. Prendre de ses nouvelles. Avant même de me lancer le “bonjour” d’usage, elle a enclenché le première, puis rapidement passant à la seconde sans embrayer “Je rentre de la promenade avec Camille. Elle a dix mois aujourd’hui, tu te rend compte comme le temps passe vite?”.

Je ne connais pas cette petite fée, mais j’espère que des anges se seront penchés sur son berceau rose. Qu’ils la protègeront. Parce qu’elle n’a rien demandé, à personne. Sous ses airs d’aigle protecteur, ma grand-mère m’a abandonnée à un triste sort parce qu’elle n’avait pas compris. La gravité des choses.

La conversation a duré quelques minutes. Bien assez pour qu’elle me harcèle de questions et d’affirmations. “Et tes parents? Ils vont bien? Je ne comprends pas, pas de nouvelles depuis qu’ils sont arrivés, je suis inquiète”. Qu’elle cesse de s’inquiéter. Bon sang mais elle ne saisit pas que si ma mère ne l’appelle pas, c’est avant tout parce qu’elle irradie tout ceux qu’elle approche de son anxiété dévastatrice? “Et tu as eu ta tante, comment elle va? Et comment tu as trouvé la Famille du Sud, ton cousin il te parle au moins? Non parce qu’à moi il ne parle jamais, il est toujours agressif en plus!”. Si jamais elle apprenait la coke qu’il se fourre dans les narines et l’ecstasy qu’il gobe, elle en serait toute chamboulée. “Oui oui ils avaient l’air d’aller”, unique phrase de plus de trois mots que j’ai pu prononcer. Finalement, elle ne m’a même pas demandé comment moi j’allais. De toute façon je n’aurai guère pu répondre autre chose que l’invariable “ça va”. En peu de temps, elle a assommé ce qu’il restait de moi à ce moment précis. Son sourire et son impartialité remontent à la surface de telle sorte que la nausée qui avait lâché du lest ces deux derniers jours revient avec une intensité croissante. Pas seulement pour ça. Mon coeur joue les montagnes russes, d’un moment à l’autre de la journée l’humeur peut changer du tout au rien. Et du rien au tout, plusieurs fois par jour. La nausée, on l’attrape comme ça, en montant dans un grand manège duquel on peine à descendre. Je ne suis pas malheureuse. Je ne suis pas heureuse non plus. Mi-figue, mi-raisin, assise entre deux chaises, en équilibre stable. Je suis cet état second qui me caractérise, à côté de la plaque, pas toujours, mais souvent. Je ne supporte plus ce corps qui me tient droite. J’attends parfois l’hiver pour me ranger sous des pulls et des pantalons larges. Au lieu de ça, je déambule en mini-jupe pour essayer d’assumer un peu, sans succès. Pour y parvenir, mon regard fuit le miroir avant de sortir. Et parfois le retour à la réalité m’assène un grand coup, calmé à coup de larmes et de résolutions. Demain j’arrête, je disparais.

Sinon, la bonne action est faite. Une prochaine fois peut-être.

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“Ils l’ont laissée là”, Alma Brami

22 août 2009 · Laisser un commentaire

La tête de la mère est posée sur la sienne, ses bras l’entourent de toute leur force. Un long murmure s’élève “je voulais tant que tu oublies”.

Déborah prend la petite main chaude de Romain dans la sienne. Et dans le creux de son oreille, chuchote qu’il faudra inventer des chansons plus en couleurs, plus lumineuses. Loin de ce corps condamné, sauver ce qu’il lui reste d’âme, l’emmener vers demain.”

Alma Brami, “Ils l’ont laissée là”

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Sans existence et sans essence.

21 août 2009 · 8 commentaires

On sonne la fin d’un été éclair, passé entre le boulot et le reste, les cinq jours de vacances et le soleil. On est un peu atterrée aussi de l’odeur triste qui règne dans l’appartement, malgré le soulagement de l’avoir retrouvé. Je ne sais pas sourire. Je ne sais pas vivre. Je suis désolée. Et de baisser les bras et de le dire.

Comment on fait pour se relever? Comment on respire naturellement? Comment on cesse d’étouffer? Pourquoi les murs sont si durs et m’attirent comme un aimant? Pourquoi je m’y cogne?

Qui possède ce putain de mode d’emploi de la légèreté de l’être et la fonction sourire naturel? C’est pas faute d’essayer de faire pourtant. Mais il y a toujours ce truc sombre qui m’attire et me fait signe que je n’existe pas. Que je me leurre à croire que j’ai une place ici. Alors simplement j’arrête. De me battre contre des moulins à vent, à la Don Quichotte. De m’étouffer dans un air irrespirable.

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Un jour je leur vomirai ma vie.

13 août 2009 · 4 commentaires

Tu sais, on ne meurt pas d’expliquer le pourquoi on crève. Au réveil, on n’a pas changé, on est toujours la même face au miroir, le même visage, un grain de beauté sur la tempe, les cheveux de la même couleur que la veille. Et puis le même regard chargé de tout un tas de choses. En fait on meurt du silence et de l’oubli, du pardon qu’on a jamais entendu et qui au fond ne viendra sans doute jamais. Et auquel petit à petit il faut renoncer puisque les rancœurs tuent. La culpabilité aussi ça te mange. Mais tu ne meurs pas de ne plus baisser le regard, d’avoir confiance et un peu moins peur.

On ne meurt pas non plus d’avoir l’affront de regarder droit dans des yeux et de dire à son propre reflet dans le miroir « un jour je te tuerai » en articulant chacune des syllabes.

Quand je suis rentrée chez moi, j’ai tremblé. Il faisait un peu froid à l’intérieur de moi. Même la couverture polaire n’a rien changé. Je m’y suis enroulée pour réfléchir. Le canapé m’a accueillie, recueillie vue la position fœtale que j’avais adoptée. Il n’y avait pas un bruit. Au loin si quelques rires d’un déménagement au dessus de chez moi, mais tout ça semblait à des milliers de kilomètres du calme qui régnait dans l’appartement. Et du froid qui m’enveloppait.

J’ai ri, nerveusement d’abord, de soulagement ensuite. Regarde, on ne meurt pas d’avoir expliqué avec des presque mots de pourquoi on crève. J’ai cherché mon regard dans le grand miroir au dessus de la cheminée, mais je ne l’ai pas trouvé.

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Gauthier est homosexuel

10 août 2009 · 4 commentaires

Après de longues semaines de silence, tant de sa part que de la mienne, entre le boulot et ses vacances, elle m’a appelée. Ma grande blonde, petite sœur d’adoption, protégée sous mes ailes. Si quelqu’un s’avisait de l’approcher d’un peu trop près, attention. J’ai lu son prénom clignoter sur le portable et j’ai sauté sur le téléphone qui commençait déjà à avancer sur le bureau sous l’effet du mode vibreur. Jamais je n’ai eu envie d’entendre autant le son de sa voix. Qu’on se raconte nos potins respectifs, que je la fasse rire et qu’on en pleure l’une et l’autre allongées sur nos canapés, respectifs eux-aussi, à un peu moins d’un millier de kilomètres. La dernière fois que nous nous sommes appelées, elle s’était exilée au Portugal et j’ai dansé comme une folle au milieu du salon. Elle chantait à l’autre bout du fil une chanson de Cindy Lauper « Girls just want have fun » et le voisin matait depuis sa fenêtre, hilare.
Cette jeune femme palpite au rythme de son cœur, très vite, pile électrique rechargeable à vie. Passée juste à côté de la mort, elle s’en est sortie, admirablement en début d’année. D’autres évènements glauques l’ont mise un peu à terre, mais elle a toujours su tirer sa force de quelque chose. Hier elle m’a dit qu’en cas de coup dur, elle pensait à moi. J’ai pas saisi du premier coup, il a fallu qu’elle explique ce qui l’amenait à.
Sa force elle l’a tiré de moi parce que “je me relève quand je tombe”. Parce que j’ai affronté des tempêtes sans ciller. Je ne réalise pas, je ne peux pas encore réaliser. C’est elle qui se relève, qui a eu les épaules assez solides pour sortir d’un coma, qui a quitté sa famille expatriée à l’étranger pour s’installer à Paris, à 18 ans à peine. Ce sont ses épaules qui l’ont tenue, fermement pour que ses pieds gardent le contact avec le sol. En même temps qu’il m’a fallu ne pas pleurer en service neurologie à Paris, elle se battait, de toute sa hargne de gamine effrontée, dans un sommeil artificiel en banlieue ouest. J’aurais bien voulu être là, pour lui chanter du Cindy Lauper dans sa chambre, la rassurer parce qu’elle était toute seule. Mais elle n’en a pas eu besoin, elle a su le faire comme une grande.
Elle ne sais pas le bien qu’elle m’apporte. Quoique…
Nous avons refait une partie du monde en attendant de le continuer à son retour à Paris. Cette partie du monde, sa partie nous a fait pleurer d’émotion. Pour des futilités peut-être, mais pas tant que ça.

- J’ai un truc à t’annoncer…

Elle est enceinte? Elle va se marier? Elle déménage au Portugal?

– J’ai vu la mère de Gauthier hier. Tu es la première à savoir, mais il fallait que je te dise, ça m’a secoué. Et puis je m’en veux… Parce que tu sais, je te voyais bien avec Gauthier.

Gauthier son meilleur ami, son quasi frère, en Erasmus à l’autre bout de la planète, avec qui elle me voyait très bien former un petit couple charmant. J’ai eu un peu peur pour lui quand même, le ton solennel, le son de sa voix, le silence qui ponctuait un peu plus ses phrases.

– c’est grave?

– Non non, rassure-toi, il va bien. Ses parents sont très catholiques pratiquants tu sais. Il est passé les voir à Toulouse avant de partir. Et il leur a annoncé qu’il était homosexuel…

De ma part, un large sourire, évocateur d’un pressentiment que j’avais déjà eu.

De l’autre côté du fil, elle s’était mise à pleurer.

– Putain si tu savais comme je suis heureuse pour lui!

– Vas-y, pleure si ça te fait du bien.

Un mélange s’est produit dans mes tripes, de joie, de soulagement qu’il ait eu le courage d’affronter ses parents, de se confier à sa meilleure amie. Et sa meilleure amie de me l’annoncer en avant-première. Parce qu’elle me fait confiance. Croire parfois en la beauté des choses qui vous tombent sur un coin de la figure, et qui ne représentent pas une tuile mais plutôt une jolie plume légère à attraper.

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Pour une poignée d’années

7 août 2009 · 5 commentaires

Un jour j’ai décidé d’arrêter de manger. Non en fait, je ne m’en suis même pas rendue compte. En réalité tout ça s’est immiscé dans un quotidien un peu trop difficile à gérer.

Parce que j’ai eu besoin qu’on me voit, alors paradoxalement je me suis mise à disparaitre. Parce que je n’ai su trouver d’autres moyens de me protéger que celui-là. Parce que la simple vue d’un corps, du mien, m’a subitement fait horreur. Parce que pour absorber mon esprit et l’anéantir, il a fallu que je focalise sur autre chose. Parce que j’avais un affreux besoin/manque d’amour.

Il en a fallu du temps pour en arriver là. Des mois et des mois d’inconscience et de privation, de boulimie et d’anorexie pour comprendre que je me trompais d’ennemi. Celle à abattre ce n’est pas moi. Celle à abattre c’est celle qui s’accroche encore à des rêves de gamine. La même qui compense l’absence par la nourriture, qui s’avilit pour avoir une raison de se haïr plus encore.

Ce qui semble le plus terrifiant, ce n’est pas tant l’ectoplasme qui commence à comprendre le sens de la vie, des défis et des chutes, des risques et des douleurs, des rires et des saveurs, le plus terrifiant c’est qu’aujourd’hui je ne sais plus comment on fait marche arrière. L’angoisse d’être appréciée pour ce que l’on est et pas ce que l’on peut renvoyer, là un sac d’os. Ce miroir qui fait qu’on ne parvient plus à se voir autrement qu’avec une étiquette collée sur le front. Anorexique. Oui ça se voit, oui j’en rage, non je n’en jubile pas. Comme une grande claque dans la gueule parce que la dissimulation ne fonctionne qu’avec ceux qui veulent bien y croire et qui ne souhaitent pas s’y perdre, dans ce labyrinthe symptomatique de celle qui ne mange pas.

Grande bourrasque dans les tempes d’attirer le regard de ceux qui ignorent mais qui refusent de laisser de côté le corps que je suis.

Un petit regard en avant. Qu’est-ce que ça changerait au fond si ce n’est un poids de plus.

Ce qui semble le plus terrifiant, ne pas comprendre comment, pourquoi on compte pour certains. Ma technique de base reste la fuite. Mais aujourd’hui, j’ai peur de ne plus savoir comment fuir, comment m’échapper d’un lien, d’un attachement réciproque, comment être inexistante alors que je suis dans un gouffre de besoin d’exister. Alors que je suis quelqu’un qui commence à vivre, un petit peu. Peu importe d’où je viens et d’où je reviens. Il ne doit plus avoir de « oui, mais » aux réponses que je donne lorsque l’on me fait comprendre qu’il y a quelque chose qui cloche et que ce quelque chose, ça pourrait être « ça » ou encore « ça ». Rester dans le « oui, mais » ne vaut plus rien avec les projets menés en parallèle d’une pathologie à la con. J’ai encore une montagne de haine à égrener, à distiller au fil du temps. Certains sont passés à côté de moi et y passeront jusqu’à la fin de leur vie ou moi de la mienne, et il faut que j’apprenne à vivre avec, à dépasser cette barrière et à couper les ponts qui nous lient encore trop fort. Je me moque de ne pas les aimer. Je me maudis de les haïr si fort, l’un pour une unique raison et l’autre pour un amas d’absence et de lâcheté.

Ce qui semble le plus terrifiant, comprendre qu’on peut compter pour quelqu’un au même titre qu’on aime la compagnie des Autres. J’aimerai me laisser tranquille, changer d’adresse et de numéro de téléphone, j’aimerai dire à ma grand-mère qu’elle est formidable malgré ses défauts et des travers, j’aimerai appeler le père d’un fils adulé pour savoir juste, simplement comment il va. J’aimerai pouvoir entrer dans un resto et commander ce dont j’ai envie. J’aimerai ne plus tergiverser face à une envie de proposer un partage de glace en terrasse d’un café. J’aimerai me jeter dans la gueule du loup, celle qui ferait que la nourriture ne serait plus un souci mais une habitude, innée ou acquise. J’aimerai que tout ça cesse, que la peur quitte mes tripes et mon cœur, que la fuite ne soit plus la seule solution aux plaisirs et aléas de la vie.

Ce qui semble le plus terrifiant c’est que depuis presque quatorze ans maintenant, j’y suis toujours embourbée, jusqu’au cou. Que le constat est là et que les sourires forcés et timides à la question « tu as mangé quoi? » font partie intégrante d’un masque trop lourd.

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4 août 2009 · 6 commentaires

La dernière gorgée de liquide avalée, j’ai compris que c’était une erreur. Mais c’est trop tard.

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