En réponse à vos commentaires, un message semblait plus poussé, plus adéquat qu’une simple phrase à la suite de vos mots.
C’est vrai, qui n’a pas peur? Celui qui toise le monde comme s’il en était le Roi. Celui qui aussi vit à côté des choses. Vivre, c’est prendre des risques. Jamais je n’avais senti que faire des choix, du plus banal comme la marque d’un café au plus complexe d’un projet professionnel, pouvait autant se faire sentir sur ma façon de penser. Il y a peu, rétrospective suite à la mort de Michael Jackson sur W9. Quelques minutes d’un morceau qui semble me dire quelque chose. Je cherche, longtemps après la fin du morceau. Je connaissais Michael Jackson à travers ses frasques judiciaires et sa démesure ces dernières années, mais je savais que ce morceau-là, il signifiait plus de choses encore. Et je me suis souvenue. La terminale, le baccalauréat option danse, le passage devant le jury, le chapeau noir et les collants de la même couleur, les demi-pointes assorties. Je ne vivais plus à l’époque, les seuls risques que je prenais consistaient à prendre le bus pour aller au lycée de temps en temps. Je ne choisissais rien, même le morceau pour accompagner mes pas, c’était une copine qui l’avait trouvé. “Tiens essaie là-dessus, ça devrait le faire”.
Vous devez vous dire que ça n’a rien à voir. Et pourtant si, tout est lié. Quand la mort du chanteur a été annoncée, je n’ai pas su faire le rapprochement entre cette option au bac et “They don’t care about us” . Je n’ai pas su parce que je ne vivais pas, j’ai perdu la mémoire, occulté les bons comme les mauvais souvenirs. Cet état second a duré trop longtemps. Aujourd’hui j’aimerai que tout revienne, de temps en temps, par vague, pour ne plus avoir besoin de chercher encore et encore qu’est ce qu’une odeur peut bien signifier, ou un film. Ou un visage. C’est ça qui est affreusement terrifiant, outre des propres choix d’adultes, essayer d’assembler les pièces d’un puzzle du moment où je n’avais pas encore peur, parce que je ne savais pas vraiment ce que c’était. Je n’avais pas peur parce que je ne sentais plus rien, anesthésiée, à la limite d’un coma psychologique. Pour se blinder d’une réalité trop compliquée, trop dure à vivre. Cette anesthésie, contre les terreurs, peu à peu prend fin. Elle est là, encore, présente, parce que comme un oiseau qui devrait sortir du nid pour la première fois, j’ai peur que mes ailes refusent de s’ouvrir, qu’elles se referment d’un seul coup et que je tombe. A la Recouvrance, quelques pages du manuel de vol de m’étaient revenues. En partant de Boulin, peut-être que finalement, je n’avais pas su garder les pages ouvertes au bon endroit. Ou peut-être n’étais pas assez prête. Le manuel de l’oisillon est de nouveau posé sur mon bureau et le réveil sonne, un peu, tout doucement.
On ne m’a pas appris à voler, alors j’y vais à tâtons, je marche sur des œufs mollet. Je ne sais d’où est venu ce sursaut vital de fuite, il était plus que nécessaire, c’est certain. Une question de vie ou de mort, avec le recul d’une année écoulée, montre à mon sens, que la violence psychologique de l’Autre, du carcan familial nécrosé et dévastateur peut faire autant de mal que des coups. Les traumatismes d’enfant abusée me font, en ce moment largement moins souffrir que les manquements parentaux. Paradoxal? Non pas tant que ça, puisque dans l’ordre, j’essaie de me construire en tant que femme indépendante et assumée. Viendra ensuite, peut-être, le désir de me construire comme femme séduisante. Je peux le dire aujourd’hui, je reviens de loin et suis encore loin de la réalité que je grignote un peu chaque jour, dose quotidienne d’oxygène. Je ne suis plus dépressive. Je ne suis plus la seule non plus à le penser et à m’époumoner pour qu’Ils l’entendent.
Il subsiste malgré tout des chutes et il en subsistera. On ne nait pas rapidement à vingt-cinq ans. Alors ne crions pas victoire tout de suite, ne nous enivrons pas dès ce soir. “On ne guérit pas d’une pareille absurdité” disait Camille de Peretti. On ne guérit pas de telles traces. Mais on s’en accommode du mieux qu’on peut, rafistolant au fur et à mesure les bouts de soi.
Vous qui m’accompagnez, en silence, de loin ou de près, en mots ou en sourires, vous connaissez de moi celle que je suis vraiment.

5 réponses jusqu'à présent ↓
Ankylosée // 9 juillet 2009 à 8:19 |
Ne pas se souvenir de tout, en permanence a aussi du bon. Cela te laisse une liberté de découvrir, (ou redécouvrir) sans les poids d’un passé, d’une histoire. Prends ceux qui viennent comme des repères, mais ne t’oblige pas à te souvenir de tout, en permanence.
Bonne route
Laeti. // 10 juillet 2009 à 10:04 |
Je crois que c’est la troisième fois que je relis ton message, j’en reviens pas comment ça fait me fait écho…
On s’en accommode du mieux oui, je crois aussi.. en regardant en avant.
(L)
Moon // 15 juillet 2009 à 11:02 |
J’avais lu ton message quand tu l’as publié et ce soir encore je ne sais pas vraiment quoi y répondre. Tant d’échos aussi.
Je ne sais pas trop quoi penser de cette sorte d’amnésie. De cette mémoire anorexique qui choisit, semble vouloir trier les souvenirs, ce qui est bon à garder et ne pas savoir pourquoi on séléctionne (volontairement ou pas) ça ou ça.
Est ce que cette vie que tu décides de mener aujourd’hui, tes passions, tes études, tout cet “à côté” qu’on se fabrique avec amour et attention, est ce que c’est pas pour faire peau neuve, te réinventer, combler des trous? Regarder devant?
Appoline // 16 juillet 2009 à 5:31 |
En fait, je ne cherche pas à tout retrouver, simplement à me souvenir de temps à autre des petites choses qui pourraient s’associer à une odeur, un geste, des photos de vacances. Au lieu de rester devant un cliché, bloquée parce que je ne me souviens pas d’avoir fait ça.
Mais vous avez raison, regarder vers l’avant pour vivre un peu. Ces passions qui me tiennent en vie, peu à peu me raisonnent, me disent que “regarde tout ce que tu peux aimer et croquer à pleines dents et ce que tu pourrais faire avec des kilos de vie en plus”.
C’est indéniable, la fatigue me cloue encore trop souvent sur place et me limite alors que… Alors que j’aimerai manger plus de vie. Tout est relation avec l’énergie absorbée. Je sais comment on fait pour vivre un peu, plus et mieux, mais il reste ce côté sombre qui dit que chaque calorie avalée est un danger pour mon statut d’enfant bafouée. En fait c’est comme si j’abandonnais cette part de blessure en moi, comme si je laissais tomber la petite fille souffrante, que je l’oubliais et c’est dur. Dur de passer peu à peu de l’anesthésie protectrice aux risques qui découlent de mes propres choix.
Je veux prendre ces risques qui font de moi une vivante. Dirigeant ma haine et ma colère de manière à pouvoir échanger avec mes ami(e)s, ne plus perdre un temps fou à se dire “ne mange pas sinon tu meurs”.
Si je peux regarder vers l’avant, pourquoi pas vous?
Laeti. // 16 juillet 2009 à 8:44 |
Je saurais pas quoi te répondre tellement je ressens pareil… (ça me rend dingue à quel point ces sentiments si… précis j’ai envie de dire, si forts, nous soient communs, au-delà d’histoires différentes)
Et je remarque à quel point on peut être déchirée entre ces deux voies… Je suis “adulte” en société, mais une fois dans mon cocon familial, je relâche tout, je deviens petite fille “chiante” et, même si je mange bien, je suis fort bien consciente que je ne m’égare pas trop encore… ce serait l’abandonner oui… enfin non, sans doute, mais c’est ce que je ressens. Plus que deux, je suis trois, l’enfant, l’adulte, l’anorexique… Z’y va pour pas devenir folle hihi (ouais, autant en rire parfois… hum).
Bizouu