Appoline

Entrée de juillet 2009

“J’ai tué ma mère”

31 juillet 2009 · 8 commentaires

Mon dernier jour, c’était aujourd’hui. Le dernier matin à enfiler un tee-shirt, méthodiquement allumer l’ordinateur, puis la lumière et la cafetière. Le dernier matin à monter sur la balance une unique fois par jour et à appuyer sur le bouton “deux tasses” de la Senseo. L’heure de se glisser sous la douche et de se réveiller malgré les deux cafés, les mails lus et la radio qui distille ses informations, en boucle.

Ce matin, c’était mon dernier matin. Et paradoxalement, tout ça va me manquer, un peu. Sortir à 7h30 après avoir enfilé mes lunettes de soleil, qu’il y ait du soleil ou non peu importe, ça rendait le réveil moins difficile. L’odeur du gel douche mélangé à celui de Miracle encore sur la peau, douceurs qui se répandaient dans l’escalier, badge accroché à la poche du pantalon une fois descendue du bus. Difficile cette période, je ne peux le nier. Je n’ai pas tenu. J’ai échoué, j’ai échoué, écopant d’un arrêt de travail de quatre malheureux jours. Failli à la tâche. Mais j’ai trouvé encore une fois une mère de substitution. Qui m’a glissé des mots dans un mail accroché au-dessus de mon bureau, chez moi. On souffre de ne pas communiquer, de ne pas savoir le faire assez bien.

C’était mon dernier jour. Compliqué à gérer, le stress, l’attachement de certains et la répulsion des autres. Mais elle a su être là, pour me tempérer un peu comme pour lire dans mes yeux ce qui n’a pas une seule fois traversé mes lèvres. Elle a compris, je crois. Oui elle l’a compris.

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“On est pas très famille tu sais”

24 juillet 2009 · 2 commentaires

Je ne me relirai pas. Ce message n’aura de sens que s’il est lu entre les lignes. Et encore.

La paix n’est pas encore là, elle traine, passe et puis s’en va. Je suis une pile électrique à plat, qui enfle et gonfle. On a beau dire “ça va, je supporte”, il n’en est rien. Nous voilà de nouveau face à des futilités et au côté superficiel de l’iceberg. Le poids du corps. Les cuisses qui étouffent dans ce jean qui devient trop petit. Le corps sonne le rappel à l’ordre, à plat il est et pourtant gros il devient. Je le sens là, sous ma peau. Une tonne de projet, tous plus fous les uns que les autres et cette envie fascinante de couper tout lien existant avec la famille. Le père et la mère, le frère et le reste.

Pendant près d’une heure, j’ai regardé des photos de mariage. Chez nous, ils ne se marient plus, la famille est cassée et “on est riche que de ses amis”. Alors j’ai eu envie de disparaitre, sous terre, me morfondre encore et toujours. Chez J. par exemple ils se réunissent trois à quatre fois par an. Pour se voir entre cousins. Et puis ils se racontent leurs anecdotes réciproques, les voyages Erasmus des uns et des autres. Chez nous ça n’existe pas tout ça. Trois enfants d’un côté et trois de l’autre. Les ainés sont cinglés, égocentriques, mythomanes, abuseur de bien sociaux. Ceux du milieu sont des réchappés, partis très vite avant de sombrer tout à fait. Les derniers sont mes parents. Aucun n’a été foutu de trouver la bonne distance familiale, nous privant nous les enfants (moins un monstre) d’un équilibre entre nous.

Parfois il faut hurler que cette famille n’existe pas pour qu’elle fasse moins souffrir. Sur les doigts de la main, il y a mon parrain et ma marraine. Ce sont les seuls sur qui…

On est pas très famille tu sais.

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Insomnie

7 juillet 2009 · 5 commentaires

Inlassablement je sasse et ressasse les manipulations effectuées pour relier des fichiers à une base de données au boulot. Le sommeil répond aux abonnés absents. Pour cause de non compréhension d’une erreur. Erreur dont on ne sait d’où elle provient. Je numérise les documents qui arrivent directement sur le serveur. De là, il faut les codifier et les ranger dans le répertoire où viendra récupérer le logiciel que je lance en milieu d’après-midi.

J’ai eu beau crouler sous les dossiers lundi et aujourd’hui, la mécanique informatique ne laisse aucune place à l’à peu près et si erreur il y a elle m’est notifié par un message qui clignote sur l’écran plat high-tech. Lundi soir après neuf heures de travail sans pause, j’ai ouvert le logiciel, effacé les documents précédemment chargés de vendredi et chargé ceux enregistrés dans la journée. J’ai cliqué sur “parcourir”, puis sélectionné le dossier et “ok”.

Le rapport d’erreur m’a notifié sur 89 dossiers enregistrés (donc triés, puis photocopiés et numérisés), trois erreurs: la première que j’ai rectifié manuellement suite à une faute dans la codification papier reportée dans le nom du fichier, logique. Les deux autres appartenaient à des dossiers dont le chemin dans le répertoire n’existait pas encore. J’ai fait une copie d’écran et collé un post-it pour ma supérieure: “à créer dans le répertoire de la base”.

Ce soir avant de partir, une des assistantes m’a déposé, quelques minutes avant une mission bi-hebdomadaire à l’autre bout de la ville, un document papier numérisé la veille. Le fameux lundi noir donc, avant le mardi noir lui-aussi. Avec un autre post-it, rose celui-là. Dessus on pouvait y lire qu’il fallait que je scinde le document en deux et que j’enregistre les deux papiers sous deux codifications différentes, le second s’étant glissé dans le premier. L’erreur est humaine, alors je me suis excusée et promis de m’en occuper demain matin.

Mais par acquit de conscience, j’ai vérifié dans la base ce qu’il y avait dans le dossier. Stupeur à l’ouverture. Rien. J’ai parcouru les arborescences. Rien non plus. J’ai vérifié ailleurs dans les autres répertoires. Pas de foutu document. Chaque jour qui passe est important dans leurs dossiers. Au hasard j’en ai pris un second, dans un autre dossier, totalement différent. Mauvaise pioche. J’ai rappelé l’assistante, incapable de me dire qui s’était occupé de regarder et si à tout hasard personne n’avait supprimé le document du dossier dans le logiciel.

L’erreur est humaine et je suis épuisée, à bout de nerfs pour ce poste récupéré lundi après une formation donnée par un dépressif mutique. Mes épaules sont solides mais mises à trop rude épreuve.

La seule explication possible reste une faille dans la base de donnée, ce qui n’est pas à exclure compte tenu du bon déroulement de la procédure, suivie à la lettre. Quand je bosse, il peut m’arriver de me tromper, de ne pas être sûre de donner un bon dossier à la bonne personne, de photocopier de travers, de raturer plusieurs fois avant de trouver les bons mots pour envoyer un mail à Tataouïne-les-bains. Mais ne pas gérer une base, qui est déjà crée et qui génère elle-même les liens à faire entre les différents répertoires, dossiers et sous-dossiers, non.

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En réponse à.

5 juillet 2009 · 5 commentaires

En réponse à vos commentaires, un message semblait plus poussé, plus adéquat qu’une simple phrase à la suite de vos mots.

C’est vrai, qui n’a pas peur? Celui qui toise le monde comme s’il en était le Roi. Celui qui aussi vit à côté des choses. Vivre, c’est prendre des risques. Jamais je n’avais senti que faire des choix, du plus banal comme la marque d’un café au plus complexe d’un projet professionnel, pouvait autant se faire sentir sur ma façon de penser. Il y a peu, rétrospective suite à la mort de Michael Jackson sur W9. Quelques minutes d’un morceau qui semble me dire quelque chose. Je cherche, longtemps après la fin du morceau. Je connaissais Michael Jackson à travers ses frasques judiciaires et sa démesure ces dernières années, mais je savais que ce morceau-là, il signifiait plus de choses encore. Et je me suis souvenue. La terminale, le baccalauréat option danse, le passage devant le jury, le chapeau noir et les collants de la même couleur, les demi-pointes assorties. Je ne vivais plus à l’époque, les seuls risques que je prenais consistaient à prendre le bus pour aller au lycée de temps en temps. Je ne choisissais rien, même le morceau pour accompagner mes pas, c’était une copine qui l’avait trouvé. “Tiens essaie là-dessus, ça devrait le faire”.

Vous devez vous dire que ça n’a rien à voir. Et pourtant si, tout est lié. Quand la mort du chanteur a été annoncée, je n’ai pas su faire le rapprochement entre cette option au bac et “They don’t care about us” . Je n’ai pas su parce que je ne vivais pas, j’ai perdu la mémoire, occulté les bons comme les mauvais souvenirs. Cet état second a duré trop longtemps. Aujourd’hui j’aimerai que tout revienne, de temps en temps, par vague, pour ne plus avoir besoin de chercher encore et encore qu’est ce qu’une odeur peut bien signifier, ou un film. Ou un visage. C’est ça qui est affreusement terrifiant, outre des propres choix d’adultes, essayer d’assembler les pièces d’un puzzle du moment où je n’avais pas encore peur, parce que je ne savais pas vraiment ce que c’était. Je n’avais pas peur parce que je ne sentais plus rien, anesthésiée, à la limite d’un coma psychologique. Pour se blinder d’une réalité trop compliquée, trop dure à vivre. Cette anesthésie, contre les terreurs, peu à peu prend fin. Elle est là, encore, présente, parce que comme un oiseau qui devrait sortir du nid pour la première fois, j’ai peur que mes ailes refusent de s’ouvrir, qu’elles se referment d’un seul coup et que je tombe. A la Recouvrance, quelques pages du manuel de vol de m’étaient revenues. En partant de Boulin, peut-être que finalement, je n’avais pas su garder les pages ouvertes au bon endroit. Ou peut-être n’étais pas assez prête. Le manuel de l’oisillon est de nouveau posé sur mon bureau et le réveil sonne, un peu, tout doucement.

On ne m’a pas appris à voler, alors j’y vais à tâtons, je marche sur des œufs mollet. Je ne sais d’où est venu ce sursaut vital de fuite, il était plus que nécessaire, c’est certain. Une question de vie ou de mort, avec le recul d’une année écoulée, montre à mon sens, que la violence psychologique de l’Autre, du carcan familial nécrosé et dévastateur peut faire autant de mal que des coups. Les traumatismes d’enfant abusée me font, en ce moment largement moins souffrir que les manquements parentaux. Paradoxal? Non pas tant que ça, puisque dans l’ordre, j’essaie de me construire en tant que femme indépendante et assumée. Viendra ensuite, peut-être, le désir de me construire comme femme séduisante. Je peux le dire aujourd’hui, je reviens de loin et suis encore loin de la réalité que je grignote un peu chaque jour, dose quotidienne d’oxygène. Je ne suis plus dépressive. Je ne suis plus la seule non plus à le penser et à m’époumoner pour qu’Ils l’entendent.
Il subsiste malgré tout des chutes et il en subsistera. On ne nait pas rapidement à vingt-cinq ans. Alors ne crions pas victoire tout de suite, ne nous enivrons pas dès ce soir. “On ne guérit pas d’une pareille absurdité” disait Camille de Peretti. On ne guérit pas de telles traces. Mais on s’en accommode du mieux qu’on peut, rafistolant au fur et à mesure les bouts de soi.

Vous qui m’accompagnez, en silence, de loin ou de près, en mots ou en sourires, vous connaissez de moi celle que je suis vraiment.

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Des suites de la consultation, Elle a vu les contours de l’ébauche.

1 juillet 2009 · 3 commentaires

Nous avons clos la consultation sur “Vous savez ce qui me fait le plus mal? Pas d’avoir quitté la maison de mes parents, tout le monde le fait un jour ou l’autre. Non c’est de l’avoir quittée pour me sauver la vie, c’est le Pourquoi j’ai fui”.

S’avouer qu’on est parti, qu’on a fui pour ne pas mourir, si vous saviez comme ça vous bouffe de l’intérieur. Qu’on est parti parce qu’on étouffait, que j’étouffais, l’air était devenu trop irrespirable. L’avait-il été un jour, respirable? Je n’en sais plus rien. J’ai pris la fuite, la poudre d’escampette, mes jambes attachées autour du cou, pour éviter une surdose médicamenteuse, ou une corde autour de la gorge, dans le garage. Pour ne pas me suicider tout court. J’habite ici parce qu’il fallait me réanimer, et qu’il n’a fallu compter que sur ma propre force. Je les ai laissé tomber parce que j’allais mourir. Il reste une certaine culpabilité d’être partie sans vraiment les connaitre, mais aussi une haine face à ceux qui m’ont abandonnée alors que je ne pouvais pas pousser toute seule. Le lien est encore bien fort et bien présent, ancré dans tout un fonctionnement, quotidien. Tout n’est pas réglé et ne le sera sans doute jamais. Y’a prescription, même si aujourd’hui, toujours, je suis mangée de l’intérieur. Peut-être que pour ça, je me hais encore.

Je suis montée sur cette putain de balance qui, malgré le Peu, a indiqué un +1. Mon Dieu. Elle m’a dit qu’il me manquait dix kilos. Hors de question, peur panique. Aussi qu’il fallait que je cesse de me peser. Hors de question. La balance, le chiffre qui varie reste la seule chose qui me rattache au concrèt de la vie. Autour de ce poids encore de trop, je brasse de l’air et gravite, affolée.

Affolée parce que je brûle, je crame, je vis. Putain, ça fait mal, mais je vis. Inspirer, expirer, ne pas paniquer. Pleurer de soulagement, les choses se débloquent une à une, et si je m’étale, peut-être que je pourrais me relever. On m’a dit un jour à la Clinique, je venais d’avoir 22 ans, que toujours quand je tombais, je me relevais, que j’étais un “sacré bout de femme”. Je n’avais pas compris à l’époque. Et ce soir, c’est là, au creux de mes doigts. J’ai la cage thoracique prête à exploser. Pour la première fois depuis vingt-cinq longues années. Je vis pour moi. Je dessine mes propres contours d’ébauche, c’est un brouillon qui ne demande qu’à être affirmé, mis au propre. C’est tellement long une chute qu’il faut bien des poignées d’années pour atterrir et comprendre comment s’agripper, se hisser, du bout des ongles pour l’arrêter.

Je vis. Et j’ai peur.

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