Si les résultats sont normaux, je n’ai aucune excuse.
Et c’est pas parce que je ne veux pas manger que je trouve ce sac d’os séduisant. Mais se cacher derrière ses os permet de se rendre moins désirable, hors d’atteinte.
Si les résultats sont normaux, je n’ai aucune excuse.
Et c’est pas parce que je ne veux pas manger que je trouve ce sac d’os séduisant. Mais se cacher derrière ses os permet de se rendre moins désirable, hors d’atteinte.
Catégories : Histoires de.
Tu vois tu as laissé pousser toute seule la femme que j’aurais pu devenir. La presque femme d’aujourd’hui qui ne sait sur quel pied danser. Cette presque femme est d’une violence inouïe envers toi Maman. Pas seulement parce que vous m’avez abandonnée en friche, croyant que je saurais quelle clé sortir pour ouvrir mes propres portes. Si jeune et déjà si seule. Mais je n’ai pas le droit de me plaindre, tout est question d’âge.
Ce début de semaine a commencé comme une revanche sur ce que vous n’avez pas été pour moi, que vous ne serez jamais. C’est dommage, vous ne saurez donc pas que je pousse seule et sans tuteur, que mes racines dans une pauvre vie plate essaient tant bien que mal à s’enterrer pour que j’ai la force. Un coup de vent et elles peuvent s’envoler. ça n’est pas grâce à vous que je suis celle que je deviens. Alors, à toi, à lui, à Lui qui ne mériterait pas une majuscule mais qu’il faut bien différencier du premier lui, à elle qui m’a tant appris mais m’a tellement réduite et empêchée d’être Moi, à eux, liens du sang mais seulement et c’est tant mieux. à tous ceux-là, vous n’êtes rien.
Mais la colère et la haine en résoudront rien. Juste à côté de moi, là, y’a la vie et les années gâchées qui passent. Sans que je puisse m’y glisser.
Catégories : Histoire d'Elle
Elle est débraillée, ayant attaché Pierre avec Paul, son manteau troué est plus long d’un côté. D’humeur variable, on ne sait jamais si elle va être insupportable ou tout juste gérable. S’il va falloir s’épuiser à la punir et en culpabiliser ensuite ou au contraire la laisser se blottir dans nos bras.
Il y avait du vent. Dès qu’elle a descendu les trois marches de la sortie de l’école, on pouvait déjà lire qu’elle serait grognon et usante. Elle avait rendez-vous chez le docteur en mécanismes du langage. Elle en a marre, elle me l’a dit. Et moi aussi. Pas d’elle, non. Marre tout court, fatiguée par sa personnalité changeante. Mais j’aime cette petite, sans faire semblant, ce minuscule bout de vie, malmenée par tout un tas de choses.
Trente minutes de trajet à pieds, vingt seulement si elle ne passe pas d’un caprice à l’autre. Il lui a fallu quelques minutes avant de commencer à. Colère. Se rouler par terre. Observer les passants qui la regardent puis me fusillent du regard. Comme si j’avais été actrice de sa scène. Alors je lui ai soulevé le menton, délicatement mais fermement et j’ai plongé ses yeux dans les miens. Elle n’a pas eu d’autre choix que de me regarder et voir les étoiles noires au fond de mes pupilles.
“Tu ne veux pas faire rouler ton cartable, c’est ça?”. Chose la plus stupide inventée au monde, le cartable qui roule pour un enfant de son âge, juste pour faire suer la nounou trop grande pour le faire rouler sans se casser le dos et pour l’enfiler sur son épaule libre, celle qui ne lui tient pas le main quand elles marchent côte à côte.
Elle a croisé ses bras. “Non, c’est toi qui le prends”. Non j’ai dit, “chacun son sac, j’ai déjà le mien et il est lourd et puis j’ai voulu demander à maman qu’elle te le change, que ce n’était pas pratique pour les trajets à pieds. Tu m’as dit que “promis c’est moi qui le roulerai” et je t’ai cru”.
“Oui” elle a reniflé. Ses larmes nettoyaient ses joues salies par la poussière de la cour de récréation. “Mais si tu le prends pas, j’avance pas.”.
“D’accord, je te laisse là, ton cartable aussi. A demain ma princesse”. Je lui ai répondu d’un calme que je pensais disparu.
Et j’ai avancé, marcher normalement, surtout ne pas se retourner, ne pas regarder en arrière. Ne pas jeter quelconque coup d’oeil. Cachée derrière un coin de rue, j’ai soufflé, usée par ses caprices qui ne sont pas tous du fait de son âge. Mais qui sont la somme des situations difficiles qu’elle peut vivre. J’ai attendu derrière ce mur, l’observant à la dérobée. Au dernier coup d’oeil, elle a couru sans me voir sur le trottoir, m’a dépassée, paniquée, un peu. Mon coeur s’est serré en la voyant. Mais il le fallait. Pour elle. Je suis sortie de nulle part. Elle était devant, arrêtée quelques mètres dos à moi. Quand elle s’est retournée et qu’elle m’a vu, elle m’a sauté dessus, radoucie.
“J’ai cru que tu m’avais abandonnée”. Lovée contre moi. Alors je me suis agenouillée, à sa hauteur, pour parler de fille à femme, d’enfant à adulte mais à la même taille. Attachant Pierre avec Pierre de son manteau, je l’ai regardée.
“Jamais je ne t’abandonnerais. Tu entends, jamais. Simplement, je t’ai laissé le choix, je ne t’ai pas menti. Soit tu avances avec ton cartable et tout va bien, soit je rentre chez moi”.
Elle m’a souri et a pris ma main dans la sienne. Nous avons marché l’une à côté de l’autre, liées par nos mains. Et à chaque feu rouge que nous croisions, elle se fondait sous mon bras, contre ma hanche décharnée. Nous avons dansé, je l’ai faite virevolter en marchant. Dans ses yeux, on pouvait lire “merci”. Dans les miens “courage ma princesse, courage.”.
Cette petite fille n’a aucun repère de ce qui est vrai, de ce qui doit être, de ce qui ne doit pas être. Parfois je suis fatiguée de me battre pour elle et contre elle à la fois. Mais je ne peux pas l’abandonner, ce serait donner raison à ce qu’elle croit de tous. Je ne peux baisser les bras.
Catégories : Histoire d'Eux
Les dimanches sont insupportables. Me sont insupportables. Et loin de me contenter de gémir, allongée comme une pauvre fille sur le canapé parce que pleine de restes du gouter acheté pour l’occasion, qu’ils n’ont pas fini, et puis des courses chez l’épicier arabe. Tiens c’est la première fois. Ces choses là se fêtent. Trinquons alors au coca-light, ou au fond de litre de lait de soja qui se sent seul dans le frigo tout propre, acheté ce matin lui aussi.
Non pas de gémissements sans suite. Les dimanches me sont insupportables parce que partout c’est la fête des familles. Et moi avec la mienne, je suis seule. J’ai une famille qui n’en est pas une. Et je suis toute seule à terminer ce qu’il reste sur les étagères, à nettoyer, à faire le vide pour combler le mien. Le vide de famille colmaté à coup de boulimie. Je flottais jusqu’à vendredi soir. Pas de crises depuis quelques jours (semaines?). Et tout a basculé. Moi avec. Ma tête explose, je me sens vertigineuse. Oui tout en vertiges, les tempes qui battent et physiquement, je vomirais bien mes tripes. Au lieu de ça, vidons la plaquette de pilules bleues, ça ira mieux un autre jour. Il ne me manque qu’un peu de courage, que je n’ai plus, que je n’ai pas, que je n’ai jamais eu.
Catégories : Histoire d'Elle
J’passe devant chez toi, avant le Pont Mirabeau, Paris 16ème et Paris 15ème, à cheval ce pont. Le nouveau propriétaire a changé les rideau depuis tout ce temps. Dommage j’aimais bien me cacher derrière le velours épais, prune quand on jouait à cache-cache.
Qui aurait cru que tu pourrais t’en sortir, toi le fils indigne qui n’a jamais réglé de comptes avec quiconque, avec ce père irascible et violent, avec cette mère intolérante et raciste. Convention-Vaugirard, Felix Faure, ta vue sur la Tour Eiffel, nos dimanches passés à regarder le gâteau qui monte dans le four, sous l’effet de la levure qu’on avait surdosée. Tu riais en disant que tu avais acheté une télévision “pour quand je venais”. En réalité, on ne l’allumait jamais. Tu étais et es toujours un homme de culture littéraire, de références théâtrales, du Paris bourgeois-bohème, tu serais devenu parisien bobo si… Si tu étais resté dans la Capitale. Pour toi acheter ce four a été le meilleur investissement tu disais et qu’il n’y avait rien de plus drôle et de plus familial que nos batailles de farine et de nos séances de karaoké sur Tracy Chapman qui accompagnait souvent nos après-midi. Tu mettais tes 33-tours et on s’asseyait par terre, devant la fenêtre qui donnait sur la Tour Eiffel. Tu comprends et moi aussi, pourquoi j’aime tant cette tour, cette vision de sucrée qui se rappelle à ma tête. Je comprends cet attachement obsessionnel maintenant. Il m’aura fallu tout ce temps pour. C’est cette part d’enfance partie avec toi qui comble ma plaie d’argile verte, comme quand je me coupais avec les feuilles sur lesquelles on redessinait le monde à notre manière. Je ne me souvenais plus de tout ça. C’est chose faite.
On t’a longtemps reproché ton célibat là-haut dans cet appartement trop grand pour toi tout seul, au vieux parquet qui grince. On disait à qui voulait l’entendre que tu étais fou et que jamais tu ne te relèverai d’avoir été sanglé, nu, dans une pièce capitonnée de l’Hôpital Sainte-Anne, puis dans cette clinique privée du 92, les Hauts de Seine. Toi la Seine, tu la voyais de haut, tu n’avais pas besoin qu’on t’y enferme pour pallier le manque d’amour et la honte que tu sentais attachée à tes basques. De ton frère, mon père, qui à vingt-cinq ans, avait été t’apercevoir par le hublot de cette prison pour fous-riches. C’est ma mère, ta belle-soeur, qui avait demandé à ce qu’on te passe le message. Elle était enceinte de moi. Ce sera une fille elle avait dit aux infirmières. Ils s’étaient mariés deux années auparavant et il parait que tu étais déjà un peu ravagé par l’absence. Tu avais souris en entendant la nouvelle et articulé que toi aussi tu trouvais que c’était une bonne nouvelle et que tu voulais être sorti quand elle accoucherai ma mère. A ta façon, tu m’attendais aussi. C’est la première fois qu’ils ont entendu le son de ta voix là-bas. Et à parti de ce moment, ils ont commencé à t’habiller, te rendre un peu ta dignité perdue sur un banc du quinzième arrondissement. Ton internement d’office a changé d’allure. Couche par couche, tu as eu moins froid, ils ont accepté ton transfert dans une vraie chambre, attaché au lit mais avec une fenêtre anti-suicide pour le cas où tu te dégagerai de tes liens. Pourtant tu n’as jamais dit vouloir te suicider, tu avais seulement perdu la tête, de solitude et d’amertume, des coups laissés que tu n’as jamais rendu.
Sur ce banc, les policiers ont dit qu’ils t’avaient retrouvé nu, ta carte d’identité serrée dans la main, comme si tu t’étais perdu et qu’eux pourraient savoir qui tu étais vraiment. Le téléphone a sonné dans la maison des parents “Monsieur, venez chercher votre fils au commissariat du Quinzième”.
Le banc avait vue sur la Seine, encore celle-là et je te soupçonne d’avoir choisi un de ceux du Pont Mirabeau pour regarder passer les péniches. Cette activité a été notre seconde favorite, les bateaux-mouches. Plus tard, grand-père a pris le relai et nous avons parcouru la Seine sur ces grandes barques, à l’affut de tout ce qui pouvait se produire sous nos yeux, comme enchanté avec mon frère. Il a pris le relai parce que tu es parti pour l’Alsace, capitale européenne, comme pour te rapprocher du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes que tu croisais tous les jours de la semaine sauf le dimanche pour aller travailler à l’agence.
Tout ça c’est toi qui me l’a écrit, qui me l’a dit, avec un calme courageux que j’admire et que seul toi parmi eux possède. Je ne suis pas très famille, tu sais. Malgré tout ce qu’on a partagé et qu’on partage encore, moins souvent mais toujours, j’avais oublié. Ce lien qui se conserve précieusement à gauche sous les côtes se refabrique, un peu comme si mon échappée du domicile parental me sortait de l’anesthésie latente dans laquelle je me noyais. Les choses sont différentes à présent et à deux époques différentes nous avons côtoyé une sorte de folie non négociable. Dis-moi comment tu as fait pour respirer à nouveau. Dis-moi comment ta mécanique du coeur s’est remise en marche. Comme tu as su faire baisser la température de la haine qui t’abreuve à chaque fois que tu retournes dire “bonjour” à tes parents, parce qu’ils n’ont pas changé eux. Tu es et sera toujours le fils qu’il a fallu enfermer. Celui du milieu que l’ainé étouffait. L’ainé du dernier qui a survécu aux coups du père et s’est réfugié dans un mutisme affolant.
Comment? Hein, comment?
Catégories : Histoire d'Elle
Je voulais juste une ordonnance. Pas plus. Quelques mots dactylographiés, sur une feuille blanche format A4, et puis sa signature au bas de la prescription. Un “N’en abusez pas trop.” et puis j’aurais pu quitter l’immeuble aussi vite que j’y étais arrivée, précieux sésame dans la poche, porte ouverte aux rêves anesthésiés.
Mais ça n’a pu se passer comme ça.
J’avais la semaine passée distillé des indices. Je ne peux pas me blairer, ou oui je refuse de grossir. Dix kilos de plus, ça jamais. Qu’elle n’avait pas relevé et c’est tant mieux.
La dose a été assez forte samedi. Dimanche aussi. Mon foie et mes reins morflent à loisir. Elle a voulu savoir si et pourquoi.
Parce que j’ai quelques petits problèmes en ce moment. C’est pas moi, j’ai rien fait.
Et comme toujours n’a pas été suffisant. J’ai tourné en carré dans ces foutus 20m2 carré tant aimés, le téléphone greffé à l’oreille, en silence et j’ai écouté nos deux respirations puisque les mots ne franchissaient pas ma cage thoracique -ils viennent d’ici mes mots quand je suis pleine de haine- et qu’à l’autre bout du fil elle attendait.
J’ai eu pitié de moi, de me rabaisser à tel point que je ne puisse gérer seule les tracas du quotidien, les aléas de vouloir devenir une femme, une presque femme, une presque humaine.
J’ai rien fait, je vous jure, ni hier ni aujourd’hui. J’ai pas demandé à essayer de m’aimer un peu en prenant soin de mon apparence physique, en étant un peu plus coquette qu’avant.
Il m’a fallu lui esquisser le cas devant lequel je me trouvais. Banale séduction. Non je n’ai rien fait, je n’y suis pour rien. J’ai eu beau me cacher sous mes cheveux dénoués avant de prendre le téléphone, laisser pleurer mes yeux le plus silencieusement possible, c’était couru d’avance. Et j’ai été bien conne de croire qu’elle me ferait une ordonnance comme ça. Piégée. Enferrée.
J’ai trituré de toutes mes forces les DVD emballés sur ma cheminée, priant pour que le plastique se rompe sous mes doigts, de rage, alors qu’ils ne m’appartiennent pas et que j’aurais pu les abimer. J’ai eu envie de la supplier de simplement me laisser récupérer le papier désiré. Elle a remonté la canne-à-pêche et moi j’étais au bout, elle a juste dit qu’elle m’attendait demain, parce qu’il fallait qu’on en parle.
Non je ne peux ni parler, ni venir. Je veux juste un anesthésiant, les petites pillules bleues, celle qui font planer. Je veux la chimie qui endort. Je veux cesser d’étouffer dès qu’on m’approche pour autre chose que pour me demander l’heure ou le tabac le plus proche. Je ne veux plus avoir peur si le premier pas ne vient pas de moi. Cesser de me sauver, même si là pour le coup c’est plus que nécessaire. Je ne suis pas, de toutes mes forces, un cadeau d’anniversaire.
C’est d’un psy dont j’ai besoin. Mais je n’irai pas. Et puis j’ai déjà tout réglé. L’écrire c’est me mentir.
Non veut dire non.
Catégories : Histoire d'Elle
C’est une trêve. Une espèce de trêve embrumée qui m’indiquerait qu’il faut qu’un jour je puisse me laisser tranquille, respirer l’air dehors, même s’il sent l’orage, sentir le soleil sur mes bras nus, même si de temps à autre ils me font peur plantés là comme deux allumettes paumées au fond de leur boite.
Y croire plus fort. Serrer les poings quand je marche en rythme, pleine de haine, oui, mais. Oui mais la haine me tient debout quand les forces physiques me manquent. La peur est là, tapie, mais la trêve brise un peu ses solides attaches. Je sais que la guérison n’existe pas, qu’on vit avec toute sa vie, mais que la légèreté peut se trouver ailleurs, l’espace d’un moment, un coin de rue imprévu jusqu’au matin même. L’espace d’un café-révision entre amies, comme au bon vieux temps des inséparables. Elles m’ont manquée, fortement, emmurée dans ma solitude de malade du système nerveux central.
La peur est là, mais ne m’empêche pas d’aligner les pieds sur la ligne qui se trace. Qui ne doit pas dessiner de courbures. L’envie est là aussi. L’envie de. La crainte de ne plus supporter ce sourire que seuls certains savent deviner s’il dit vrai ou pas.
Cette trêve se doit d’exister, pas seulement pour moi. Elle doit pouvoir se lire sur les visages de ceux qui me sont proches. Pas pour moi. Non. Pour eux.
Mener à bien des projets. Et se laisser souffler, respirer, sortir la tête de l’eau pour avaler une gorgée d’oxygène, et replonger peut-être mais moins profond, juste ce qu’il faut pour se sentir rassurée, ni trop pour ne pas se perdre, ni pas assez pour ne pas se nourrir d’illusions et d’utopies adolescentes. La trêve laisse une marque au juste-milieu. J’en oublie les milieux aseptisés des fous furieux, des cabinets de psychiatres et thérapeutes familiaux. J’ai été malade à vouloir en crever. Je suis malade d’avoir vécu. Je suis malade à vie d’être ce que je suis, mais certains matins laissent présager de moins tristes heures à venir. Je serai malade d’en vivre, d’avoir échoué au plus grand de mes défis. Il parait que ce n’est pas plus mal.
Pourquoi pas?
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Ça se vit, l’anxiété. Ça vous
rentre de partout, ça vous pénètre, et plus
on se démène, plus ça fait mal
[Jean-François Somcynsky]
Extrait d’ Encore faim
C’est trop facile. Trop réducteur et si faux. * en colère* Et la colère est saine. Je me sens saine et dans mon droit. Il se trompe et est injuste. Sûr de lui et m’accusant, il me ramène à ma condition de dépressive qui ne l’est pas, pardon qui ne l’est plus!
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Puisqu’en parler c’est d’une certaine manière assumer ce qui s’est produit, ce qui s’est fait et ce qui s’est ressenti. Pendant longtemps mon esprit a été totalement hermétique à toute forme de compassion ou de compréhension de ma part. J’ai détesté mon corps, j’ai été dans le déni le plus complet, pour tout, dans un état second même lorsqu’il s’agissait d’ouvrir la bouche.
Non je ne parle ni d’anorexie, ni de boulimie. Parce que toutes ces années sont longues sous ce poids immonde, mélange de culpabilité et de honte. Ce soir, une partie de moi est emplie de haine, violente, violemment. Je n’ai pas voulu y croire. Accabler mes parents ne change rien au tout, rien au global, si peu au final. On ne se relève jamais de ce genre de choses, et ma conviction est telle que je ne pourrais jamais oublier “ça”. Ce tiers collatéral qui.
L’ellipse me quitte peu à peu, et qu’importe que mon anonymat ne le soit pas pour toutes et tous sur ces pages. Qu’est ce que ça peut bien faire après tout? Ajoutons alors d’autres ordures. Quelle est la part de ce qui sera retenu contre moi? Quelle vision pourriez-vous avoir vous qui me lisez en silence et vous qui laissez vos traces et à qui je ne réponds jamais ou presque?
Ajoutons les soirées de débauche, l’alcool et le shit. Le vol de voitures, les conduites en état d’ivresse, mon corps à ceux qui n’offraient rien en retour, les mensonges par omission parce que moi-même je ne m’en souvenais pas, les fugues de nuit, la plaisir d’un souffre-douleur en groupe puisque je souffrais déjà trop à la maison, l’insolence collégienne qui a poussé à une démission forcée un professeur avec qui je m’étais presque battue. Il avait été trop loin. Moi aussi. La séduction à outrance de tout homme plus vieux que moi et si possible le pousser à la faute professionnelle. J’avais moins de 16 ans, comprenez-vous? Les comptes-rendus de soirées trop ivre, les cours sous l’emprise de drogues diverses, tant et si bien que des hallucinations troublaient mes pages de cours. Tout ça en vrac, c’est un sac de nœuds, les âges et les périodes se mélangent, seuls les lieux sont immuables. Le bois derrière la maison, le parking non loin du château, le bout du chemin, les vestiaires de sport, les toilettes des filles, la cour du collège le soir après les cours, vidée de tous ses élèves ou presque. La voiture sur le parking, les regarder briser la vitre silencieusement, se retourner vers moi et faire un clin d’œil. Les observer et monter dedans. Les planques de barrettes de shit et autres cachets aussi, puisque fille, moins fouillée, avant que ne soit obligatoire là-bas la présence d’une femme dans les équipes mobiles de la BAC, les réflexes à avoir, ramper dans les champs loin de la lampe torche qui amenait le jour vers nos visages un peu plus à mesure qu’ils se rapprochaient.
L’attente aussi, discrète à l’arrière du scoot pendant qu’ils allaient se fournir. Les yeux rouges et les nuits blanches, l’absence de parents qui n’ont su voir dans quel état je me mettais. Comment n’ont-ils pas vu à quel point j’étais morte, vide et lacérée? Les vols dans le porte-monnaie, mentir ensuite “je vais au macdo” pour me fournir. D’abord en herbe puis en comprimés minceurs. Et j’en suis arrivée là.
J’avais une vie mais en réalité j’en menais cent. Et je n’ai toujours pas tranché sur “laquelle est la plus glauque”.
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Il est un des représentants de la Mecque des neurologues. Compétent, réactif, rassurant, psychologue et gentil. Mais pas avec moi. Disons qu’il est la moitié de ces précédents qualificatifs. Il y a pire, indéniablement. Et mon cas ne rentre pas dans ce type de case. Vide de diagnostic certain, symptôme handicapant mais tellement moindre que ceux dont la marche est devenue impossible.
à ça s’ajoute les effets secondaires des médicaments, que personne ne semble prendre au sérieux. Soit, qu’on me foute la paix et je serais des plus discrètes. Plus le temps d’être douce et obéissante, les stocks sont reconstitués faute d’oreille attentive qui me rassurerait.
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Tagué : neurologue