Dans le bus, ça chahutait joyeusement. Le sourire m’est monté aux lèvres, juste pour cet instant-là, je me suis foutu la paix, me suis laissée vivre ce qui se passait sous les yeux des voyageurs. Et l’agenda s’est refermé de lui-même. Hormis les précieux moments amicaux, je n’ai plus envie de prévoir les jours à venir, pour ne pas avoir à annuler, à regretter de ne pas avoir pu. Ce qui va compter, ce sera la gestion de priorités.
Sortie légère dans la douceur de la fin de l’hiver, sentant l’air sur des joues sèches j’ai avancé vers le bar, dans un état neutre.
Ni triste, ni euphorique. J’ai saisi la carte. Longtemps que mes doigts avaient attrapé ce morceau de plastique rempli de souvenirs de discussions enflammées de filles.
“J’te dis je préfère filer des sous au WWF plutôt qu’à la Croix Rouge ou aux Restos du Coeur”
“Mais ton prochain, tu l’aimes pas?
“Nan c’est pas ça le truc, c’est que pour moi les animaux et la planète ça compte tu vois” elle a répondu alors qu’on la regardait, ébahies par sa façon de voir les choses.
Cette carte a aussi entendu parler des ébats amoureux et des déboires de chacune de nous quatre. Puis trois. Aujourd’hui nous n’étions plus que deux. Nous en avons perdu deux en chemin, l’une par défaut, l’autre parce que l’éloignement l’empêche trop souvent de se joindre à nous.
Le bar n’était pas plein, les tables ont été déplacé, les canapés aussi. Les murs ont changé de couleurs et assombri l’ambiance.
Je n’étais ni triste ni euphorique en l’attendant. Je ne savais pas quel figure j’allais lui servir, je n’avais pas envie de prévoir, d’enfiler quelconque masque, par manque de force pour lutter contre ce ressenti gluant. Je voulais, pour une fois, être moi.
La carte est restée la même qu’avant le départ de notre serveur en décembre, celui qui se disait être notre antidépresseur avec son rire, ses dents blanches et son accent de New York. Elle est arrivée. Fatiguée mais souriante. Et j’ai su tout de suite que je n’aurais pas envie de pleurer.
“Fais-moi rire” je lui ai lancé.
“C’est dans mes cordes aujourd’hui”. Et c’est elle qui a rit la première, enclenchant un court moment d’accalmie, pause de quelques heures dans ma tempête.

3 réponses jusqu'à présent ↓
Ankylosée // 21 février 2009 à 11:11 |
C’est très beau. J’adore le petit ziguigui en haut
Bon nouveau départ ici. Symbolique, but.
Et tiens, si lundi tu tentais le nouveau départ envisagé la semaine dernière ? Tu sais, les terrains à reprendre …
TC
Appoline // 21 février 2009 à 11:18 |
Un peu galère de titrer les articles et de corriger la mise en page mais l’importation s’est bien déroulée
.
, j’y pensais aussi.
Symbolique oui j’y pensais.
Ton “tu sais, les terrains à reprendre…”, avec les points de suspensions m’ont fait esquisser un sourire
On verra, ne pas se mettre la pression pour éviter la chute.
Ankylosée // 22 février 2009 à 8:21 |
Voui.
Courage, petit pas par petit pas. Juste, ne pas se laisser submerger. Mettre toutes les chances de ton côté.
Bises