Et si c’était vrai?
Je suis incapable de parler, de dire quoi que ce soit d’intéressant, de compréhensible.
On m’a dit qu’il fallait que j’essaie de murmurer à mon corps d’aller mieux, de marcher debout, que je pouvais lui dire sous la douche qu’il fallait qu’il se batte. Nous étions par le passé déjà ennemis.
Et maintenant, il est seul. Qu’il se démerde. Et qu’il rampe.
Vous pouvez me juger, me ramener à ma condition primaire de celle qui prend les coups sans les rendre. Ces mots décousus n’ont d’égal que l’état de mes pensées. L’injustice, le “pourquoi moi? pourquoi pas eux?”, l’acharnement, la douleur. Le haut et le bas.
Je ne me mettrais pas face au verdict, je brûlerai cette lettre immonde sans ma cheminée, je giflerai quiconque osera m’approcher, prise dans un état de démence que personne ne saura calmer. Je deviendrai furie, aux antipodes de la sagesse exemplaire dont j’ai su faire preuve jusqu’alors.
Cette noirceur surgit de nulle part et de partout en même temps. Malgré le fond blanc d’un écran mat. Malgré les caractères qui s’alignent un par un pour former un ramassis de haine. Les larmes ne cessent de rouler, sans s’arrêter. Seule. Personne ne peux m’aider. Personne. Même moi, avec toute la bonne volonté du monde, je ne peux contrecarrer cette terreur, solitaire, qui s’enlace autour de chacun de mes membres. Et qui s’engluera encore et encore.
Vous ne pourrez désormais plus compter sur moi. La solidité, les petits bonheurs qui peu à peu faisaient leur chemin, les rires et les joies qui s’immisçaient depuis quelques temps ne seront plus qu’un lointain souvenir. Je prenais place, je prenais pieds. Je ne prenais pas encore corps, mais le chemin long aurait pu se faire, peut-être.
On ne saura peut-être pas.

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