Appoline

Entrée de novembre 2008

Musique dominicale

30 novembre 2008 · 2 commentaires

L’album de Sinead O’Connor est très beau, mais trop court.
Celui d’Aaron est très beau mais travailler avec est impossible, sous peine de chanter les paroles au lieu de taper les cours.
Celui d’Air est très beau mais attaché, lié, soudé à un suicide collectif.
Ceux de K’s Choice sont très beau mais pour la même raison que celui d’Aaron, inutilisable en fond sonore si le but est de réviser.
Celui d’Archive est très beau mais imprégné d’une douleur clinicale.
Celui de Bic Runga est très beau mais donne envie de se fondre dans un bain chaud.

Celui de Vincent Delerm est affreux.
Ceux de Dapné sont très beaux mais trop triste.

Le silence est donc le seul moyen de se concentrer sur ce qu’on a à faire?

Catégories : Histoires de.

Ne sait pas dire

27 novembre 2008 · Un commentaire

Il fait froid dans ton pays. Dedans et dehors, au dehors et en dedans. Et Aaron est à écouter l’hiver, nostalgie. Little love tourne en boucle. Comment peut-on être si crédule? De croire que tout ira bien. C’est impossible d’avoir plus froid.

Celle qui essaie vainement de me sauver sera là pour moi demain matin, elle me donne une place, un espace où parler, où exister. C’est étrange mais à chaque fois que je décide de tout laisser tomber, elle me ramasse, en mille morceaux et me recolle, un peu pour que je cesse d’être deux.

Étrange aussi la solitude pesante qui assaille ma gorge, j’aimerai tellement lui parler, lui dire avec mes mots comment je me sens, comme je suis laide parfois dans mes comportements, comment la douleurs de mes larmes saccage un visage lisse. Les larmes sèches m’empêchent de respirer, de crier. De l’appeler au secours, je me meurs. Elle me tend la main et je la repousse.
Elle n’entend que mes silences pesants. Je sais que demain elle veut que je sois pesée, je n’y couperai pas, et j’ai honte aussi. Peser un poids, c’est exister au travers de ce qu’on pense ou de ce qu’on dit.
Savoir que l’aiguille défile le long des graduations, l’espace de quelques centièmes de seconde, le temps qu’il faut pour poser le second pied, savoir qu’elle regarde et note, que je ne suis pas capable de baisser les yeux et de regarder le chiffre, savoir que je me pèse tous les matins avec mes deux balances. La honte est au-delà de l’imaginable, le ridicule aussi. Pour quoi faire, à quoi bon?

J’aimerai être capable de dire “non ça ne va pas” au lieu de sourire faussement, presqu’hilare. Aidez-moi, je ne sais pas m’aimer.

Catégories : Histoire d'Elle
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Massage cardiaque

25 novembre 2008 · 3 commentaires

Le bus était en accordéon, au détour du carrefour, ça formait un arc de cercle.

C’était à la moitié du trajet. Là dehors y’avait deux vieilles qui discutaient en regardant plus loin. En face sur le trottoir, un petit attroupement. Et là des sirènes qui clignotaient, les pompiers. La voiture de Police cherchaient à se garer. Un homme dans une couverture or et argent, celle de survie, était allongé à terre. Deux pompiers au dessus de lui tentaient de le ranimer, lui faisaient un massage cardiaque. J’ai pensé à mes cours de secourisme, quand j’ai cassé la moitié des côtes du mannequin, et que le moniteur m’engueulait, c’est fragile une côte. J’ai jamais réussi à faire un massage sans en casser une seule, impressionnant.
Le mannequin, on a pas peur quand on le fait, même si on le fait mal le massage. Là en vrai, les pompiers, peu importe qu’ils lui cassent quelque chose, il fallait coute que coute qu’ils le raniment.

J’étais près de la fenêtre. Par respect j’ai tourné le regard vers l’autre côté, vers l’attroupement de badauds qui mattaient sans vergogne le pauvre homme allongé. Ils m’ont fait pitié ces lambdas, là, à l’affut de la moindre sensation. Pathétiques. Mais le comportement de la jeune asiatique a été encore plus glauque, assise à côté de moi, elle s’est presque levée et affalée sur mes genoux encombrés de mon sac et mon ordinateur. Tournant la tête à se faire un torticoli. J’avais envie de lui dire, de lui demander d’arrêter de regarder, de respecter la personne qui avait la poitrine à nue sur le bord de la route. Le feu est passé au vert, et elle a continué de se pencher. La regarder d’un oeil mauvais n’a pas suffit à la faire asseoir, elle en voulait plus, du sensationnel, de quoi raconter à table une anecdote bien croustillante entre deux bouchées de purée-jambon. Elle m’a dégoutée. Elle n’a pas été la seule.

Bon sang mais vous pouvez pas vos mêler de ce qui vous regarde? N’avez vous rien d’autre à faire que de chercher le “truc de folie que j’ai vu Chéri aujourd’hui en rentrant du boulot”?
J’ai alors pensé à l’homme, quand j’ai à nouveau pu regarder du côté de la fenêtre, qu’on avait dépassé depuis longtemps la scène sensass’, on entendait les sirènes du Samu, et dans ma tête ça disait “Pourvu qu’ils parviennent à le sauver”.
Je ne sais pourquoi cet homme est soudainement tombé. En revanche je comprend pourquoi certains torchons de potins se vendent affreusement bien. Et que le croustillant de l’inconnu rend le diner de petites gens palpitant et vivant.

Catégories : Histoire d'Eux

Parentalité

22 novembre 2008 · Un commentaire

Parfois, il faut accepter d’être en colère et de comprendre ces colères, qu’elles viennent et vont au rythme des marées.
Reconnaitre que s’ils ne sont pas toujours là quand il le faut, s’ils n’ont pas été toujours là quand il le fallait et qu’ils sont à mille années-lumières de ce qu’on vit, parfois, ils savent soutenir un petit mal du quotidien. Et malgré leur absence, leurs fautes, leurs maladresses, on ne peut pas leur reprocher tout le temps d’être de mauvais parents. Ils ne savent pas s’y prendre, certes, et n’ont jamais su, à conjuguer au futur, mais refuser une présence réconfortante parce qu’ils ont échoué jusqu’à maintenant, ce serait grotesque. J’ai besoin de lui, malgré ses silences et ses mots durs. J’ai besoin d’elle plus que jamais, malgré ses cris et ses remarques blessantes.
Avoir besoin. Devant eux je lutte pour ne pas montrer qu’à l’intérieur, ça brûle et ça pleure, parfois quand la cire se morcèle, la lutte est perdue.

Pour quelques jours, ma colère doit être sous son mouchoir. Pour quelques jours encore et tout ira mieux.

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