Appoline

Entrée de août 2008

Liquéfaction

30 août 2008 · Laisser un commentaire

C’est solitaire
Un petit peu la guerre
On grandit mal

Et si on grandit
C’est qu’il fallait le faire
Pour avoir l’air normal

On passe des tas d’heures banales
A tutoyer le désert
Le ciel a l’air malade
De l’atmosphère

C’est solitaire
Un petit peu la guerre…

Et c’est même pas l’enfer
C’est juste les jours qui manquent d’air
Ca donne envie de faire taire
Cette personne quelle conne
Qui grandit mal

[...]

Et tomber sous le sens
S’allonger dans le silence
Grandir à l’envers de rien

C’est solitaire
Comme un plaisir délétère
J’finirai mal mal mal…

J’m’en tape pas mal mal mal…

Lola Lafon “Le bilan de compétences”

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Thérapie par les mains

27 août 2008 · 4 commentaires

Elle a tout fait craquer. Tout.
D’épuisement, mon corps a d’abord trembloté, puis la nervosité a entrainé des spasmes.
J’ai relaché la vanne de mes larmes.
Elle a tout palpé. Vertèbre par vertèbre comme pour vérifier si tout était là. Je lui ai souri, en sachant qu’elle ne le verrai pas. Nerveusement j’ai rabattu mes genoux contre mon ventre.
“Vous pouvez sauver mon dos” je lui ai dit.
“Bien sur, je suis là pour ça non? Pour sauver ce que tu maltraites jour après jour. J’ai bon?”
Son “J’ai bon” sonnait comme celui de quelqu’un qui sait qu’il ne se trompe pas.
“Peut-être. Je ne pense pas en fait.” Mensonge éhonté.

Debout, en sous-vêtements, lentement, je monte mes bras à l’horizontale, elle pose une main sur chaque. Je ferme les yeux, comme d’habitude en fin de séance. Depuis janvier j’avais arrêté. Janvier ou un peu plus tard.
Elle me demande si je trouve que mes mains sont parallèles au sol. Dans le prolongement de mes épaules, j’essaie de sentir. Je crois.
“Oui, c’est bon là”.
Je rouvre les yeux, persuadée de ressentir le vrai, persuadée que je verrai mes mains comme elle l’attend. Elle rit, elle ne voit pas mais elle sent, elle touche.
“Non, raté ma belle pour cette fois. On essaie encore?”
Délicatement, elle attrape mon menton qu’elle repousse vers l’arrière. Elle ne voit pas mais elle sait. A travers mes larmes, je souris encore. Oscillant en permanence entre le rire et les larmes. C’est con de pleurer parce qu’on se trompe.
C’est con de rire parce qu’on se sent entouré de douceur, et d’attention.
Elle me fait beaucoup de bien. Et je sais que si j’ai arrêté les séances en début d’année, c’est avant tout parce que je lui avais parlé du décompte.
Elle savait ma noyade programmée. La lacheté m’a assaillie de toute part et j’ai fui. Cet au secours m’a sauvé la vie. Deux personnes m’ont sauvée. Sans le savoir.

Sur le chemin du retour, j’ai revu Mirabeau aujourd’hui, tendrement je me suis accoudée à la balustrade, me sentant à la fois minuscule et ridicule.
Le handicap d’avoir perdu ses sensations, celui qui m’a tuée depuis des années, le manque d’amour, les mots perdus. Tout ça fait de moi ce que je suis aujourd’hui, que je le veuille ou non. C’est ce qu’elle m’a dit lorsque j’ai enfilé ma veste. Je suis.
Je suis et jamais je ne dois l’oublier. Jamais on ne doit oublier qui l’on est.
Avec nos failles et nos faiblesses. Avec nos rires et nos peurs.
Avec mon sourire et mon débit -conséquent- d’inepties, incontrôlable. Avec mes chevilles gonflées par la chaleur, mes mains noueuses de vieille.
Mes yeux clairs un peu facétieux aussi, parfois.

Je suis. Et elle ne m’avait pas oubliée. Celle qui a l’art de poser ses mains sur mes omoplates, sans que je me raidisse instantanément. Elle fait de mon corps une forme qui existe, elle fait respirer mon ventre comme jamais je n’ai su le faire.
Elle sait dénouer un par un les soucis qui se logent dans les muscles, dans les articulations.
Ma mère aurait pu. Il y a bien longtemps.

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22h19 le 22 Aout, sur la route en Picasso. Panneau: Rambouillet, 78

23 août 2008 · 4 commentaires

Les Belles Choses ne durent jamais.
Mais l’éternité, c’est pour les morts.
Si mes pieds sont de nouveau parisiens, c’est en Bretagne Sud, que j’ai laissé le reste, sur le plancher en bois du voilier. Le Carpe Diem a parfumé l’ambiance.
Si ma tête est à présent seule sur le canapé, il y a encore une poignée d’heures, elle était lovée au creux de ton épaule.

Je voudrais encore que mes cheveux gardent l’odeur de bois et de sel, qu’ils restent collés par le soleil et l’eau de la mer. Mes larmes viennent donc de cette grande étendue?
A présent, sous mes pieds marins, le sol est trop dur, trop rude.
J’ai largué les amarres, à l’avant et à l’arrière. Nous avons laissé les bouées s’éloigner, comme j’ai posé ma vie de côté sur le ponton.
A l’ombre d’un jardin breton j’ai trouvé la paix qui m’avait tant manqué, sous le ciel humide.
On aurait voulu garder ça éternel. Mais l’éternité, c’est pour les morts.

Et on sait que le rire peut encore exister dans cette gorge serrée. On sait que les tripes peuvent être encore secouées par la vie, et qu’elles peuvent cesser de hurler et de torturer.

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Symboliquement

14 août 2008 · 3 commentaires

J’ai tout jeté

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Au moment des amours

14 août 2008 · Un commentaire

Et l’on rit et l’on déconne
Comme tout paraît léger
Au moment des amours
Au moment de s’aimer

Tout semble futile
Et plein d’éternité
Loin des autres
Si près de toi
On pourrait même en crever
On pense alors à l’infini
Que rien n’peut s’arrêter

Le regard vers le large
On contemple nos vieilles idées
Mais nom de dieu comme tout est beau
Comme on s’était planté
De croire que rien n’pouvait plus
Jamais nous arriver

A nos joies à nos peines
A tout c’qui nous ressemble
A la clarté de nos nuits
Au moment des amours
A ta peau à ta voix

Au moment de t’étendre
A tout c’qui nous ressemble
Au moment des amours
Comme on crie comme on gueule
Tout fini par s’égrener

Au moment des amours
Au moment de tout lâcher
Quand les oiseaux quittent la plaine
On crache sur le passé

Et l’on aime comme l’on déteste
Avec générosité

Da Silva “Au moment des amours”

IL me manque, c’est indéniable et Facebook n’y résoudra rien.

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Mercredi 13-08-08

13 août 2008 · 2 commentaires

Je me suis hissée, sur la pointe des pieds, pour atteindre le dernier paquet. Lorsque je suis revenue à moi, il y avait la cuisine qui tournait autour de moi, la musique du PC qui résonnait dans la grande maison vide. Le chat près de mes genoux semblait se demander pourquoi j’étais assise là, à terre, au milieu de toute cette pagaille.
J’ai ouvert totalement les yeux et je me suis levée, comme un zombie, j’ai appelé la pharmacienne, celle qui me connait depuis tellement longtemps qu’elle a cessé de dénombrer le nombre de boites qu’elle m’a vendu(es). Le son d’Archive en fond d’ambiance.
“Je ferme à 19h, bien sûr, vous pouvez passer”.
J’ai sauté dans mes converses, hagarde, attrapé le MP3. Pour le première fois depuis 3 ans, je suis sortie, à pieds, de ce tombeau familial. Je n’ai pas marché droit jusqu’à la pharmacie, une voisine m’a fait un signe de la main, pour me dire bonjour. C’est fou ce que les voisins changent en un an. Un an que je n’ai quasi croisé personne, sauf ceux d’en face, parce qu’ils me connaissent comme malade et m’ont toujours vue ainsi.
Les autres, que j’apprécie par ailleurs m’ont parlé quand je riais encore, corde à sauter à la main. C’est trop difficile de leur parler dans les yeux maintenant, difficile de cacher le voile de honte qui sied à mon regard.
Je courais presque, trop vite. Si vite que je me suis appuyée contre une barrière un moment avant de pouvoir repartir vers mon but. Quand je suis arrivée, bouffie, je me suis affalée sur une chaise, comme si mon corps avait parcouru trente kilomètres sans s’arrêter.

Quand ça a été mon tour, j’ai balbitué “Une boite de …, une boite de …, trois boites de …”. Ni merci, ni bonjour, je n’en ai pas été capable. Ce n’était pas moi, impossible.
Elle m’a demandé pourquoi tant de médicaments. J’ai eu envie de lui dire qu’elle aille se faire voir et que ça ne la regardait pas. Au lieu de ça, je me suis agrippé au comptoir et lui ai rétorqué que je partais en vacances. Elle m’a regardé bizarrement, je l’aurais étranglée. Et ça a du se voir.
Lorsque je lui ai sorti que je n’avais plus d’anxios mais que mon médecin était en vacances et avait oublié de me faire une prescription, elle a vraiment douté. Et attrapé son téléphone.

C’est là que mes esprits se sont un peu démêlés. Je suis redevenue un instant celle aimable et souriante qu’elle avait l’habitude de voir. Elle a reposé le téléphone et m’a regardé sévèrement.
“Je peux vous faire confiance?”
“Bien sûr que vous pouvez, vous me connaissez depuis un bail!”
En omettant de lui préciser qu’elle avait déjà reçu l’ordre de ne pas me délivrer d’anxios ou autre pendant plus de trois mois, il y a de ça 3 ans exactement.
Nous avons souri. Elle m’a tendu toutes mes boites, dans un sachet Nepenthes en papier. Et m’a demandé comment j’allais ces derniers temps. Bien, bien, avec le plus beau sourire arboré fièrement en dessous de mes yeux. J’ai payé. Et je suis partie, luttant contre la pesanteur.

J’ai fait quelques pas, pitoyable pantin. Pour tituber quelques mètres plus loin et m’affaler dans un bosquet, ivre de colère, de peur. De tristesse, d’amertume. De honte surtout.
Je venais encore une fois de mentir à quelqu’un qui me faisait confiance.

Mes pieds sont parvenus à me ramener chez mes parents, mes doigts ont aidé les clefs à ouvrir cette satanée porte qui gonfle avec le soleil, la pluie.
Dans l’entrée de cette grande maison vide et morte, j’ai croisé un visage dans le miroir.
Face à moi, il y avait quelqu’un de ravagé. Un clown. Le mascara avait coulé le long des yeux rougis. Sur sa joue, une trainée brillante, vestige des chips.
Un clown effrayant. Moi. Diabolique.

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Molécules à effets irrémédiables

10 août 2008 · 3 commentaires

Il ne me manque que la force, le courage, l’aplomb, le cran d’y parvenir.
Matériellement parlant, surplombant la télé, elles sont là, les molécules de la fin. Mes parents non.
J’ai la liberté illusoire d’assumer un geste irrémédiable. Au lieu de ça, je me lamente.
J’ai le coeur “plein de rancoeur”.
Keren Ann me susurre de laisser ma tête, de la poser au creux de ses bras, lay your head down in my arms. On est inadaptée ou on ne l’est pas. Je ne suis pas conforme, à quelconque moule, je suis étrangère au temps qui passe, ailleurs, ici sans l’être.
Mélancolique. Si ces lignes sont lues, qui va penser quoi? Qu’elle est cette fille qui se plaint. Tout le temps. Ses oeillères ne la feront jamais voir la beauté du reste, ses oreilles n’entendent pas la vie qui circule autour.

Je n’y crois plus. Passé un cap, celui de la langueur des années, c’est fini d’espérer. Fini de croire qu’un jour…

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“En raison d’un accident grave de voyageur”

1 août 2008 · Un commentaire

15h27, c’est l’heure d’une clope (encore). Sur la dalle, devant.
J’entend des sirènes, au loin qui remontent vers l’immeuble. Nous avons vue sur le métro, à 2 pas des quais.
Habituellement, je m’accoude au muret, juste à hauteur de mes bras pour regarder les métros arriver et repartir. Cet après-midi, j’ai fait comme d’habitude.
Les sirènes se sont rapprochées, lentement. Des pompiers ont garé leur camion. Je suis restée pétrifiée. Ils ont enfilé leurs vestes, sans se presser. J’ai fait deux pas en arrière, pour m’éloigner de cette scène que j’avais déjà jouée dans mes pensées, mais la représentation n’a jamais eu lieu.
Pour m’éloigner du muret.

Sur le brancard rouge, il y a un mot, reconstruction, reconstitution, je ne sais plus, mais quelque chose qui sonne mal, qui fait monter la nausée. Personne ne saisit l’impact de ce qui vient de se passer ici et dans ma tête. Quelqu’un vient de sauter, devant mes yeux. Quelqu’un qui a eu la force de le faire, le courage de stopper tout ça.

Ils n’ont pas eu besoin de se presser. Non, un coeur éparpillé ne bat plus.

Alors à tous ceux qui me reprochent tout et rien en même temps, qui ont leur tolérance au fin fond de leur conscience-pour-soi, je leur dit *merde*.
Parce que j’ai enchainé les 3 journées en une, parce que j’ai un boulot qui me tue de ne pouvoir respirer, parce que l’hypertension, la tachycardie, l’anémie, les saignements et la fatigue, les vertiges, les crises, les pleurs, la vie me bouffent toute l’énergie qu’il me reste.
Parce que j’oublie certainement d’autres choses encore. Le cancer qui ronge ma grand-mère, qui pleure au téléphone, l’appartement que je n’ai toujours pas trouvé, mon père et l’alcool, ma mère et la dépression.
J’ESSAIE DE FAIRE CE QUE JE PEUX.

Et si j’avais le temps, j’irai à Mirabeau. Regarder couler l’eau de la Seine, et y verser mes larmes, à défaut de n’avoir pas le courage nécessaire.

(photo de Kathrin Ziegler)

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