Appoline

Entrée de juillet 2008

Se souvenir, verbe pronominal du 3ème et dernier groupe

30 juillet 2008 · Un commentaire

Tu te souviens dis? De là-bas?

Du tableau blanc sur lequel on écrivait avant d’aller se coucher. On dessinait des trucs moches et on y mettait de belles phrases pour le lendemain, pour ceux qui se seraient levés les plus tôt. C’était nous les lèves-tôt. Y’avait F. qui passait toujours à la même heure devant ma porte pour aller en salle de gym. Et puis F. avec ses chaussons qui faisaient du bruit. S. aussi et sa bouteille de coca dès 6h30.
Il y a eu tellement d’initiales… Et il y en aura tellement encore.
J’aimais nos rires fous, nos parties de cartes, notre débilité ambiante, comme s’il fallait être enfant avant de devenir adulte. J’aimais notre pseudo enthousiasme de la soupe de 18h30. Et mon dégout d’y plonger une cuillère à soupe.
J’aimais le sourire de O., et ses yeux aussi.

Il y a des choses que l’on oublie pas. Jamais.
Et toi, tu te souviens des poissons qu’on allait nourrir de pain avec P.? De nos larmes?

J’aimais nos moments de complicité et nos coups de colère aussi, nos lynchage publiques du lundi matin, soupape à l’orage.
J’aimais le Petit B. à plein, pieds nus. J’aimais le Petit B. toute seule, en basket. J’aimais l’attente au lavomatic, qu’on transformait en café de la patte d’oie. Et le linge à remonter.

Je n’aimais pas la queue pour les médicaments, quand on avait commencé une partie, ou une clopes. Mais j’aimais la douceur des gens. Je n’aimais pas qu’on vienne me chercher au petit déjeuner pour la “pesée”. Pour la plupart c’était une fois par mois, mais on était une minorité d’irréductibles qui n’en faisait qu’à sa tête. Et ça variait. Souvent une fois par semaine.
J’aimais les subterfuges utilisés pour l’éviter. Et quand je n’y coupais pas, je n’aimais pas le regard porté sur l’aiguille. Aujoud’hui, j’en jubilerai, si seulement.
Avant, là-bas, j’en étais désemparée, attristée. Une piqure de rappel ne me ferait pas de mal.

Tu te souviens dis? Des progammes-télés à prévoir pour cause d’un seul poste? Et puis finalement nous ne regardions pas la télé, nous allions fumer, ou lire ou écrire dans le salon (ex) fumeur.
Et de la transmission du statut de doyenne? Quand K. m’avait chargée après son départ d’emporter les boites de mouchoirs en TG. Je suis restée doyenne jusqu’à mon départ, un jour froid, il avait neigé la veille.

Comme si c’était hier, j’ai fait la route comme jamais jusqu’à M.. Dans ma gorge un râle et une plainte terrorisée de ce que j’allais devenir. Que je vous laissais là aussi. Vous qui étiez partis avant moi, et vous qui alliez prendre le relai. Pour la valse des patients. Qui ne sont peut-être pas des numéros. Ou peut-être que si en fait.

Qui se souviendrait de moi comme je me souviens de vous?

Avant l’Utopie, il y a l’espoir. Après l’Utopie, il y a la désillusion.

Camille de Peretti disait qu’on ne guérit jamais d’une pareille absurdité.

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Pot pourri

25 juillet 2008 · 2 commentaires

Parce que ma mère est une belle femme.
Maman, j’ai mal de toi. Tu fanes tes pétales une par une. Tes yeux sont plus cernés encore que ne peuvent être les miens. T’es belle pourtant. J’ai regardé votre photo de mariage. Malgré les tempêtes, les coups, vous êtes là. Vous ne rayonnez plus comme sur la photo.
J’aimerai entrevoir à nouveau ce sourire, heureux, comme au premier jour. Quand je n’étais pas encore là. Tout s’est compliqué. Trop pour la femme que tu étais et que tu aurais mérité de rester. Trop, en sus.
Toi dans ta petite voiture rouge. Tu as pris rouge parce que c’est la vie. Tu l’as dit au vendeur qui souriant, immunisé par le fric. Pour moi, rouge, maman, c’est le sang. Celui que je perd depuis 4 jours mainenant, du haut de mon nez.
J’aimerai que tu te reposes là, ce soir, allongée sur le canapé, en écoutant God Bless, la onze, belle.
Comme toi maman, comme toi.
Et la tristesse n’aurais plus le droit de s’attaquer à tes yeux.

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Pour une cigarette

18 juillet 2008 · 2 commentaires

Je suis sortie du métro, hébétée, abattue. Il était 8h26 à l’horloge du petit hall dans lequel se cotoient touristes, travailleurs et SDF.

J’avais voulu arrêter de fumer, supprimer la 3ème cigarette depuis 6h30, celle qui accompagne mon 3ème café. Un café par clope. Une clope par café. Mais je l’ai allumée quand même. A quelques pas de l’immeuble où je passe désormais plus de temps qu’à Paris, il y a un grand hôpital, où la misère du monde et sa cour des miracles ont rendez-vous toutes les nuits aux Urgences. Dans les oreilles, la voix de Carla B., lancinante depuis le début de la semaine, qui accompagne chacun de mes pas, au rythme de ses sons.
J’avais vu arriver les 2 hommes. Un marchait avec une canne et l’autre avait l’oeil droit tuméfié, et les mains bandées, complètement. Celui aux mains abimées m’a regardée, de loin, en souriant. Il y avait sur son visage d’homme, sans âge, l’expression triste et terne de la pauvreté, la vraie. Pas celle qui empêche l’achat d’un nouveau téléphone et qui oblige le propriétaire à garder l’ancien qu’il trouve has-been.

Ils se sont avancés, tous les deux vers moi. J’avais toujours de la musique. Lorsque j’ai ôté les écouteurs, j’ai craint qu’ils ne me demandent de l’argent que je n’avais plus dans les poches.
Celui avec la canne est resté silencieux pendant que le second balbutiait un bonjour timide.
Il m’a demandé du tabac, pour rouler, parce qu’il m’avait vu avec ma cigarette “qui ressemble à un joint” et qu’il sortait des Urgences, il était en manque de nicotine.

“C’est du shit? Dès le matin Mademoiselle?”

Il avait les yeux brillants. Je lui ai répondu que non, c’était du tabac. Je venais de l’allumer, à peine. Je lui ai tendu en souriant et lui ai dit qu’il pouvait prendre celle déjà roulée.
Il m’a rendu un sourire sans dent, sincère. M’a souhaité une bonne journée.

Dans ma tête, je pensais que j’avais bien fait de ne pas arrêter de fumer.

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Alors

13 juillet 2008 · 2 commentaires

Carla S. tient compagnie à ma journée et à ma nuit. Debout les yeux ouverts.
Je regarde les photos de l’appartement, du placard, en boule sur mon lit. Diaporama en boucle. Fuir va-t-il être la solution?

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Disparition éphémère

10 juillet 2008 · Laisser un commentaire

Te lire Lili. me rassurait.
Tes mots me disaient que tu étais encore debout. Je n’aime pas le mot *fin*.
Pensées aux 2 Fées, égarées ou pas.

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Fatigue

8 juillet 2008 · 2 commentaires

Un dimanche comme hier, comme souvent il y en a eu ces dernières années. Ce n’est guère la peine de les compter, il y en aurait trop. On dit qu’il faut expier ses fautes et péchés, pour aller au fil des secondes. Affolantes, elles défilent sans cesser.
On dit aussi que “faute avouée est à moitié pardonnée”. Et si elle l’était totalement? Si son sourire devant des képis suffisait à se faire pardonner.
Ce moleskine n’a d’exutoire que l’apparence.
Si ce soir Elle doit prendre mon pouls, je ne saurais lui donner le bras droit. De semaine en semaine, les stigmates varient. Tantôt le gauche, tantôt l’autre.
C’est ça ou mettre les doigts au fond de ma gorge. Moins par choix que par incapacité et impossibilité de savoir y faire. La limite franchie, il serait impossible de revenir en arrière, de remonter le temps. De faire comme si je ne savais pas. Ce serait l’orgie sans fin, un non-retour.

Pour mettre ça loin loin loin de moi, je me suis assise à Chatelet, à même le quai du RER, après mon rendez-vous avec le Docteur A. La honte ne m’a pas empêcher d’avouer mes traces qui se font plus profondes et plus longues de fois en fois.
“Comme une gamine de 14 ans” m’a-t-elle dit.
“Oui comme ça, débile et sans fondement, c’est ça ou une plaquette d’anxios”. Je voudrais qu’elle me serre dans ses bras. Qu’elle me réconforte. Un peu.
J’ai pleuré, beaucoup, comme rarement. Peut-être comme jamais.
Avant le rendez-vous, il y a eu son odeur, celle de l’homme qui a occupé mon coeur et ma tête ces derniers mois. Le seul qui a fait de moi quelqu’un en phase de réconciliation. A force de paroles et de douceurs rassurantes.
Son odeur là, hier soir envahissait le wagon de la ligne 4.

En vrai, depuis que tu m’as laissée et que je suis partie sans me retourner, pour ne pas pleurer, j’ai sombré, petit à petit. Ta main si souvent dans la mienne, ton bras tellement autour de ma taille, ta respiration le long de mon cou, toujours.
Maintenant, j’ai le coeur à pendre et le corps à vendre.
J’avais plus peur avec toi, de rien. La tête haute, je marchais dans les rues du village, je toisais ces criminels en puissance. Tu me tenais droite, debout.
Sans toi, j’ai vacillé et perdu la raison.

Alors j’ai regardé les trains passer sur le quai de Chatelet, il était 19h45. peut-être que tu prendrais le même train que moi. J’ai guetté et puis tu n’es pas venu.
Je me suis assise à même le sol, dans la gare, et j’ai pleuré sur Emile Ajar qui a fait défiler les minutes et les RER(s).
Sans toi, j’ai peur.
Avec moi, j’ai peur aussi.

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N’en peux plus

6 juillet 2008 · 2 commentaires

Tout est dans le titre.

C’est dégueulasse de me faire ça, de m’avoir détruite, réduite à un vulgaire jouet pour assouvir ses passions, d’un passionné d’une gamine de quelques années sa cadette.

J’ai rien fait, rien dit, comme une conne. Et aujourd’hui je me gerberai bien à longueur de journée. Si je pouvais t’émasculer, te pétrir le cerveau jusqu’à ce que tu ne puisses plus parler ni même te souvenir de ton nom, ou de comment mettre la cuillère de purée à ta bouche.
Tu me dégoute et je t’exècre de m’avoir volé ma vie.

Et ils me dégoutent tous là, de n’avoir rien fait pour sauver la petite fille que j’étais, l’adolescente que je suis devenue au fil des jours.
Pourquoi vous n’avez rien dit au tribunal? Pourquoi mes parents, eux, m’ont laissé tomber comme une vulgaire passante, témoins de quelque chose qui ne les concernait pas. Non je vous hais de ne pas vous être battus pour me sauver la vie.

Tous les jours, ça me brûle, je sais pas toujours que c’est ça, je le comprend après. Une odeur, un geste dans le métro, un visage qui lui ressemble, une fête à souhaiter, un ancien de l’immeuble qui me demande “Mais au fait comment va T.?” Qui ce cousin chéri par toute une famille soudée contre cette sale garce que je suis et que j’étais déjà à l’époque?

S’ils savaient ceux qui me demandent. Que je les emmerde avec leurs questions. Et que je l’enverrai pourrir au fond d’un trou si j’avais ce pouvoir là.

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Parfois

4 juillet 2008 · 2 commentaires

Je sais me faire mal comme personne. Ton retour de Finlande a été plus que bouleversant. Tu es de nouveau en France, de nouveau joignable. Nous pouvons de nouveau par hasard nous croiser.
Je ne supporte pas de te savoir non loin de moi, si près du nous. Lorsque j’ai envoyé ce texto, impromptu, je n’attendais pas de réponse, surtout pas.
Tu me manques. Beaucoup. Trop même. Je voudrais pouvoir t’oublier. Tu es tellement Toi. Je t’ai dans la peau, tant et si bien que depuis notre séparation mes bras se jonchent de coup de griffes en tout genre. Simplement, comme ça, un bras à chaque fois. C’est stupide, mais c’est ainsi. Comme si ça pouvait me permettre de respirer à nouveau. Comme si tu allais revenir vers moi.

C’est stupide de croire à ton retour, à tes bras qui pourraient m’enlacer encore et encore. Tu es si près et si loin à la fois. Je t’aime à mourir. J’étais rien sans toi, rien de bien.
Subtilement, un nouvel horizon s’ouvrait à mes yeux, le notre, nos moments partagés, fougue et passion, tendresse et rires. Larmes maintenant. Tu es parti et j’en crève.

Ta peau contre la mienne. S’il te plait, reviens.

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