La fuite ne rend pas service, ni même faire semblant d’appartenir à une famille.
Colère, sanglots, amertume, nausée. Si je devais empaqueter une valise de souvenirs, je mettrais ceux-là, ces mots. Ces maux. “J’ai dans le coeur plein de rancoeur”, pourquoi tu m’as fait ça Papa, pourquoi tu m’as fait moi. J’ai rien demandé, à personne. Et aucun geste de ta part n’est bienvenue, aucun, pas même un sourire. Laisse moi respirer que je cesse d’étouffer. Laisse moi respirer que je cesse de me nécroser. Si l’envie d’être happée par un tourbillon de voyageurs matinaux se fait tellement sentir en ce moment, c’est pour toi Papa, c’est pour que tu ne m’oublies pas. Pour que tu ne m’oublie plus jamais, que tu sois marqué à vie de mon existence, de ta création saugrenue un jour de moi de mai 1983. Je suis arrivée ensuite, tu connais le reste. Mieux que moi.
Tu connaissais ton désir d’enfant, tes aspirations à être père qui devaient être quasi nulles. Père par intérim, une fois de temps en temps.
Et pourtant tu dois t’en mordre les doigts Papa. Si je saute, vous sautez, tous, l’un après l’autre. Si tu te barres Papa, je sauterai pas. C’est même pas une promesse hein, c’est un fait qui devient droit. Tu es mieux ailleurs alors pourquoi revenir. Tes mots pèsent trop sur moi, ton absence aussi, ton mutisme, ta langueur en réponse à nos discours. Tes divagations sordides sur ma non-capacité à vivre. Sois fier de ce que je fais si celà te chante, mais si tu n’es pas fier de ce que je suis je n’y parviendrai pas Papa. Ou alors envole-moi, tu pourra arroser tes tomates dans ton jardin de banlieue bourgeoise. La réussite n’en sera que matérielle, et au fond, tu seras toujours malheureux.
Si je saute, vous sautez un par un. Je le sais, sans prétention.
Alors va Papa, je ne t’aime point.
