Appoline

Entrée de février 2008

Papa

16 février 2008 · Laisser un commentaire

Papa, va je ne t’aime point.

La fuite ne rend pas service, ni même faire semblant d’appartenir à une famille.
Colère, sanglots, amertume, nausée. Si je devais empaqueter une valise de souvenirs, je mettrais ceux-là, ces mots. Ces maux. “J’ai dans le coeur plein de rancoeur”, pourquoi tu m’as fait ça Papa, pourquoi tu m’as fait moi. J’ai rien demandé, à personne. Et aucun geste de ta part n’est bienvenue, aucun, pas même un sourire. Laisse moi respirer que je cesse d’étouffer. Laisse moi respirer que je cesse de me nécroser. Si l’envie d’être happée par un tourbillon de voyageurs matinaux se fait tellement sentir en ce moment, c’est pour toi Papa, c’est pour que tu ne m’oublies pas. Pour que tu ne m’oublie plus jamais, que tu sois marqué à vie de mon existence, de ta création saugrenue un jour de moi de mai 1983. Je suis arrivée ensuite, tu connais le reste. Mieux que moi.
Tu connaissais ton désir d’enfant, tes aspirations à être père qui devaient être quasi nulles. Père par intérim, une fois de temps en temps.

Et pourtant tu dois t’en mordre les doigts Papa. Si je saute, vous sautez, tous, l’un après l’autre. Si tu te barres Papa, je sauterai pas. C’est même pas une promesse hein, c’est un fait qui devient droit. Tu es mieux ailleurs alors pourquoi revenir. Tes mots pèsent trop sur moi, ton absence aussi, ton mutisme, ta langueur en réponse à nos discours. Tes divagations sordides sur ma non-capacité à vivre. Sois fier de ce que je fais si celà te chante, mais si tu n’es pas fier de ce que je suis je n’y parviendrai pas Papa. Ou alors envole-moi, tu pourra arroser tes tomates dans ton jardin de banlieue bourgeoise. La réussite n’en sera que matérielle, et au fond, tu seras toujours malheureux.

Si je saute, vous sautez un par un. Je le sais, sans prétention.

Alors va Papa, je ne t’aime point.

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Appeler son propre répondeur

8 février 2008 · Laisser un commentaire

[... Texte manquant et censuré...]

Et alors j’ai décroché mon téléphone et appelé mon répondeur. Pour parler à quelqu’un.

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Le pont Mirabeau

1 février 2008 · Laisser un commentaire

Quelques temps que je n’avais plus foulé le Pont, sous la pluies, les converses trempées, les yeux sous les chaussettes. Je suis passée brièvement à l’administration, pour y voir mes notes, elles étaient là, noires sur blanc, dans un tableau avec le nom-prénom-numéro d’étudiante.
Et puis à Monop’ pour acheter des mouchoirs, parce qu’à force de larmoyer sur mon sort, j’en ai plus.
RER, Javel, le Pont, 13h25, j’ai toisé la Tour, je peux pas m’empêcher de m’y arrêter, toujours quelque chose à lui dire, à lui crier parce qu’elle est loin et qu’elle entend pas d’où je suis. Parfois c’est juste bonjour, d’autres fois je reste plus longtemps.
13h30, kiné expédié, larmes parce que je suis sans émotion autre que la mélancolie ou la lassitude, elle met sa joue contre la mienne et me serre la main. Merci. Un vrai merci, de reconnaissance. Parce qu’on dit toujours qu’on a des mères de substitution, j’en compte deux, dont Elle, qui incarne cette douceur. Et qui me serre contre Elle, joue contre joue. “Parce que tout ne se résoud pas d’un seul coup”. Mon conduit lacrymal fonctionne à plein régime contre sa peau.
“Dis maman, pourquoi tu m’as jamais prise contre toi, comme ça?”
Je prendrais conscience de mes brillants résultats un jour elle me dit. Mais quand? Quand tout cessera de glisser sur moi? Mes Autres, ce qu’ils m’apportent me font ressentir les choses puissance cent, mais s’il s’agit de moi j’ai toujours un relativisme absolu que rien ni personne ne peut ébranler. Jamais.
Ce que vivent les Autres me touchent.

14h30 métro, je regarde ma montre et de nouveau pleure. La tristesse, la vraie, celle qui prend aux tripes, submerge mon ancienne vie d’adolescente rebelle, lorsque je me moquais de lui, pour le charier, parce qu’il allait toujours se plaindre du côté de la CPE et que mon frère, c’est son super copain de sport. Moi j’avais pas de copines en sport. Trop perso pour les sport collectifs, trop chétive pour le basket. Alors ça m’énervait que mon frère ait un copain de sport. Ils se sont retrouvés, tous les deux, dans la meilleure équipe de la Ville, le temps a passé et ils ont fait du “loisir”, fini la compèt’, ils entrainaient les petits tous les deux.

Je suis rentrée, le visage digne du carnaval. Grotesque mais c’est pas important.
La maison vide, les volets clos. J’ai allumé la lumière de la cuisine.

Faire part.
D’un ami de mon frère. Dans la corbeille à fruits. Ou de fruits je ne sais pas, mais ce n’est pas important.
Des jolis textes, une chanson de C. Maé “parce qu’on sait jamais”. Je crois ou une autre, ou elle n’est pas de lui, je ne sais pas mais ce n’est pas important. Une photo devant. Un sourire. Ils entrainaient les petits tous les deux, avec un autre copain de sport aussi. C’était avant le 25 janvier.
Aujourd’hui, le 1er février, à 14h30, ils ont pleuré, tous, l’Eglise était pleine, au son de C. Maé. Et sur le faire part ses parents avaient écrit que de là-haut, il les aide à surmonter son départ brusque.

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