Appoline

Entrée de août 2007

4 jours ont passé

31 août 2007 · Laisser un commentaire

4 pauvres malheureux jours depuis mon soi-disant dernier message jusqu’à nouvel ordre.

Si mes lèvres ne peinent pas à rester closes, je ne peux faire taire mes doigts, je ne sais pas le faire. C’est un tort, contraire à ce que j’ai pu fixer il y donc 4 jours.

Dans une vie, ce n’est rien, dans une semaine, c’est beaucoup.

J’ai la gorge pleine quand je me réveille le matin, les yeux bouffis et les joues gonflées par la dose médicamenteuse ingérée. Et ça continue encore et encore la journée. C’est le sourire faux qui me sied en ce moment, quand je donne mes cours à une gamine charmante mais hélas pas douée pour un sou et la mère qui pense que c’est juste une question de concentration :”Au bout d’une demi-heure, elle ne tient plus en place”.

Non Madame, votre fille n’a pas de problème de concentration, parfois je pense qu’elle souffre même de dyslexie, d’autres fois d’une flemmingite aigue, ou encore qu’elle a eu une mauvaise maitresse. Elle sait à peine lire et ne maitrise rien ou presque du programme de CM2. Mais elle passe en 6ème… Où sont passé les adultes ou comment entrainer une petite fille dans une tourmente scolaire certaine… Je m’y attache, malgré mon envie fracassante de rester sous la couette au lieu de m’échiner à lui faire comprendre comment faire une division. Merde je ne suis ni maitresse, ni magicienne. Qu’a-t-elle donc appris cette année? Personne pour l’aider? Pour la faire travailler? Je ne me sens pas la force de remplacer une maitresse pour lui apprendre des choses qu’elle aurait du savoir faire depuis le CP.

Malgré moi, je m’y attache, malgré mon adoration limitée pour les enfants de tous bords.

Je remonte dans ma voiture et fond en larmes dès la sortie du lotissement. Encore qu’aujourd’hui j’ai du me contenir un peu plus, l’Adorable me suivant en roller avec des grands coucous de sa petite main innocente.

Ce sourire faux qui sied encore à mon visage à la sortie de l’école pour aller chercher mes monstrueux monstres de 5 et 8 ans. Je m’y attache, et merde.

“Dis je te préfère beaucoup plus que M., la nounou qu’on avait avant. Je l’aimais bien M. mais t’es ma préférée!” me dit le petit bonhomme, ma chère tête blonde aux yeux bleus et oreilles décollées lorsque je me suis approchée avec la serviette de bain pour le sortir de la douche. J’ai pas répondu, je l’ai enroulé et on a fait l’avion tous les 2, jusqu’à la piste d’atterrissage que représente le tapis en mousse.

“Ouais pasque M. et bah elle était trop gentille et trop fofolle, on faisait ce qu’on voulait, alors que avec toi, on joue mais on fait pas ce qu’on veut. On s’amuse et on regarde la télé, tu nous lis des histoires et puis tu nous mimes des trucs trop rigolos qu’on arrive pas à faire mais on a pas le droit de faire des bétises!” Monsieur L. a donc 5 ans. Et je me suis atachée.

“Viens là que je sèche tes cheveux sinon tu vas attraper froid et hop là plus de parc, plus de vélo, plus de sortie jusqu’à guérison To-Ta-Le.” j’ai répondu.

“Voilà c’est aussi pourquoi je préfère beaucoup quand tu nous garde: parce que tu es une explicatrice. Tu espliqe toujours quand il faut pas faire les choses et pourquoi. Moi j’aime bien savoir pourquoi on a pas le droit de sortir les cheveux mouillés. J’ai compris”, la bouche plein de sourire, du tac au tac, il m’a fait monter les larmes.

“On dit pas explicatrice, ça existe pas, mais tu peux dire que j’explique les choses, là c’est bon. Calin si t’es tout sec?”

“Chui tout séché” il me crie en se fourrant dans mes bras, la tête dans le cou. 2 minutes pas plus, parce qu’il est hyper-actif ce petit d’Homme. “Allez viens on va jouer aux petits chevaux?”

“Oui jusqu’à 7h, après, pause télévision pour un peu de calme avant le retour de Maman” je lui dis en riant. “Va chercher ton frère pendant que je nettoie la salle de bain -transformée pour l’occasion en immense piscine- et puis on joue dans ta chambre su le tapis hein? Parce que le dé sur le parquet c’est pas sympa pour papa, il travaille dans la pièce à côté”

J’ai laissé son grand-frère gagner, j’avais pas envie de jouer et lui non plus, il voulait surtout voir son western… Alors avant l’heure, on s’est calfeutrés tous les 3 sur les canapés du salon, me racontant tous les 2 ce fameux western au fur et à mesure du déroulement. Et puis ce fut l’heure. Et je me suis attachée. Alors qu’ils ne savent pas encore que je vais les planter. Ces petits bonhommes tous blonds qui attendent l’heure des mamans pour apercevoir la nounou que je suis parmi toutes les têtes des autres nounous et quelques mamans.Qui courent en oubliant de dire au revoir à la maitresse pour le petit, aux copains-copines pour le grand parce que trop pressés de me raconter leur journée. Merde je me suis attachée à l’Innocence.

J’ai pu oter mon masque dans la voiture. Me garer, fermer les yeux, sourire à travers la douleur que je n’explique même plus. Laisser couler la journée sur mes joues et pleurer des larmes inexistantes parce que trop profondes.

Catégories : Histoire d'Elle

Cris

27 août 2007 · Laisser un commentaire

J’hurle, comme d’habitude, de l’intérieur.

Je m’empiffre de chips immondes que je n’aime pas, de gateaux au chocolat dont j’ai horreur, de pain beurré, pour avoir mal, pour me faire mal. Les somnifères n’y font rien. Je ne dors pas, je mange, je peux pas tout faire. Je ne compte plus les litres de glace ingérés en une journée. Ah si seulement…

A tout le monde je sers le visage du “je vais bien ne t’en fais pas” et j’en ai assez, de mentir même à ceux que j’aime parce qu’il ne suffit pas de se plaindre, et la rengaine est trop épuisante à entendre. Et puis les amis se lassent. Alors, sobrement, pour le moment, je me retire de tout mode de communication. Je me retire.

Et j’hurle seule, parce que mentir me gonfle.

Catégories : Histoire d'Elle

Plus tard

26 août 2007 · Laisser un commentaire

Plus tard, je veux écrire, je veux faire rêver d’autres.

Comme j’ai pu m’évader de la réalité à travers les mots. Fabriquer une évasion éphémère en libre-service aux abimés de la Vie. Développer un îlot de paix aux acharnés du boulot. Faire croitre l’intérêt des non-initiés.

Je veux raconter des histoires qui empêchent de dormir parce qu’elles sont à vivre, à aimer, à avoir peur, à frémir d’envie, à pleurer de rire. Distribuer du rêve à qui le veut.

Plus tard, Maman, je veux devenir écrivain.

Catégories : Histoire d'Elle

Souvenirs

26 août 2007 · Laisser un commentaire

Il y a quelques temps de ça, pendant des vacances aoûtiennes, je n’avais pas voulu partir avec mes parents.

J’avais préféré travailler comme une acharnée, juillet et août, les laissant partir pour la Corse.

C’était il y a 2 ans. En pleine période de crises monumentales, je ne distinguais plus le cauchemar de la réalité.

Et puis pendant ces vacances, ravie d’être seule pour laisser aller mes pulsions morbides, je suis tombée malade, seule. Pour ne pas affoler quiconque, j’ai souffert pendant une semaine, allant bosser le matin et restant éveillée la nuit tellement la douleur était insupportable, je ne pouvais pas dormir allongée, brûlée tout le long de l’oesophage, je mangeais, mangeais, mangeais, comme jamais je n’avais fait.

En quelques jours, je suis devenue un zombie, personne ne s’est inquiété, pas même mon copain de l’époque. Lorsque la 2ème semaine, j’ai compris que finalement, les choses ne s’amélioreraient pas, une nuit, j’ai appelé les pompiers. Moi. Je l’ai décroché mon téléphone, hagarde, les yeux injectés de sang et je me suis évanouie. C’était un vendredi après 15 jours de souffrances atroces, de solitude, de pleurs et de crises. Quand je me suis réveillée, vraiment j’étais allongée à l’endroit où toute la misère du monde se concentrait. Ma première approche des urgences, au milieu des tentatives de suicides ratées et des ivrognes blessés. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je ne voulais pas comprendre, j’avais ce besoin irrépressible de dormir. Je suis rentrée chez mes parents le plus vite possible avec une ordonnance et une fibroscopie à faire.

C’était il y a 2 ans et je souffrais la bouche ouverte. C’était il y a 2 ans et j’étais en train de mourir de l’intérieur. Et j’aurais voulu que quelqu’un appelle pour moi, appelle les pompiers, pour me sauver de ma propre déchéance. Tellement seule que c’est moi qui ai décroché le téléphone.

C’est pour ça F., que j’ai appelé le Samu hier soir, parce que jamais je n’aurais supporté de te perdre. Je n’aurais pu dormir te sachant seule et peut-être allongée sur le carrelage, appelant à l’aide, en silence, pour mourir sans inquiéter qui que ce soit. Minimiser son propre mal, tout le monde le fait “Ce n’est rien, ça va passer”. Mais Nous, nous avons des antécédents certains que nous ne pouvons pas négliger. Jamais je n’aurais pu supporter ton téléphone éteind à vie. Toutes ces choses là, je n’ose même pas te les dire en face et je sais que tu passeras par là. Que tu m’en veuille ou non, je ne pouvais pas faire autrement. Parce que tu es trop importante pour moi, et pour d’autres aussi…

J’avais peur que tu t’étouffes en dormant, j’avais peur. Je connaissais des cas de filles, et je ne voulais pas que tu en fasses partie.

Je sais que tu passeras par là, et j’espère, au fond de moi que tu liras ça jusqu’au bout. Parce que c’est toi. Ma F..

Catégories : Histoire d'Eux