Appoline

Entrée de juin 2007

Lettre d’amour à ceux que j’aime

21 juin 2007 · Laisser un commentaire

Si vos yeux viennent à parcourir ces mots, c’est que j’ai franchi la balustrade du Pont. Mon pont, celui de Mirabeau.

C’est que j’aurais été l’espace de quelques instants ce pantin funambule errant sur 20 centimètres d’une largeur irrégulière.

C’est que je serais devenue ce monstre d’égoïsme. Entière.

J’aurais aussi pesé le pour, le contre d’une mascarade éternelle, du carnaval de ma vie.

Rires moqueurs, diaboliquement sarcastiques se seront aussi échapés de ma gorge en feu.

Ne vous moquez pas de ces mots, ne vous moquez pas de mon geste si peu porteur d’espoir.

Face à la Statue de la Liberté. Symboliquement. Observée à la dérobée par la Tour Eiffel, j’aurais donc osé. Je serais passé devant l’Eglise d’Auteuil, clignant des yeux à travers mes larmes salées. J’aurais une dernière fois dit bonjour à la Maison de Radio France, et puis j’aurais pensé au pont Alexandre 3.

Ma vie aurait défilé dans ma tête et j’aurais souris. Soulagée, émue peut-être. Mais plus en colère.

Enfin Une, enfin réunie. Plus de dualité.

Et ils auront gagné. Tous. Elle aussi aura gagné cette Autre. Et elle sera fière.

Si vos yeux viennent à parcourir ces mots, c’est que j’aurais vomi ma vie dans l’eau de la Seine. C’est que j’aurais agi. Comme une grande.

J’aurais réalisé le rêve d’Icare, des secondes éphémères, légère, là, entre le pont et l’eau. J’aurais été la plus conne de tous. J’aurais péché par faiblesse.

Mais j’aurais trouvé ma place, aussi incongrue la trouviez-vous.

Je serais devenue le cadavre qui hante mon visage.

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Rires diaboliques

15 juin 2007 · Laisser un commentaire

Ah, je ris de me voir dans ce miroir.

Quelques bouffées d’air frais dans mes poumons, remplis d’amour par ma petite soeur. Et puis retour chez mes parents. Rien ne cesse jamais. Tout continue toujours. Des cris, des crises, des larmes, des bêtises et du “je m’en moque éperdument”.

Ah, ces rires diaboliques qui m’envahissent, ces envies de se jeter par la fenêtre. Et d’écrire ça je m’en moque. Et de le crier encore plus. De le dire à mes parents ne me soulage pas. Les tue aussi, petit à petit, les use. Un petit tour et puis je m’en vais, recommence ce décompte amer du Jour J comme celui du débarquement. J moins combien. J moins pourquoi d’ailleurs. Ma mère m’a dit entre 2 sanglots que ma souffrance s’arrêterait mais la leur serait amplifiée.
Pourquoi j’ai pas le droit de mourir pour arrêter de souffrir. Pourquoi je suis obligée de survivre en écoutant tout le monde me dire que ça finira par passer. Rien ne passe.

La dépression est là, ancrée jusque dans mes sourcils broussailleux. Alors je survis en attendant d’avoir ce courage.

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Je suis un aéroport et je plane

5 juin 2007 · Laisser un commentaire

Les pieds gonflants jusqu’à n’en plus finir dans mes escarpins. Prête à exploser dans ce pantalon à pinces. Je décroche le téléphone du standard, tentée d’envoyer brouter l’herbe folle du gazon les commerciaux en tout genre pour les démarchages intempestifs, la publicité à la con. “Non G**** n’a pas besoin d’agent de sécurité, oui, c’est celà rappelez demain matin” * m’en fout c’est l’autre intérimaire jusqu’à 16h*

Je subis l’absence de considération pour ma pauvre personne, posée là pour ouvrir les portes avec mon bip ultra sophistiqué, répondre au téléphone et transmettre les communications “Attention, j’espère que ce n’est pas de la publicité. Vous êtes sure? C’est quoi la société?” *Sony ça fait 3 fois que je le lui dis…*

Je fais des tonnes et des tonnes de photocopies.

Et entre-temps, j’attends. Je regarde le temps passé et celui à venir. Plus que quelques minutes avant d’avoir le droit décent de faire pipi, pour 2 minutes chronométrées par la personne à qui je renvoie les appels. J’étais bien tentée au début de refiler le standard à Y. le temps de courir aux toilettes, mais je me suis rendue compte que celui-ci regardait le téléphone sonner en souriant comme un idiot, pour voir. Pour voir si j’allais me faire engueuler. Ou pas.
Oui je me suis faite engueuler. Ils ne rigolent pas là bas hein. Messieurs les pdgs, sachez que je ne vous envie guère. Arrivés le matin 8h, les 5 directeurs repartent en même temps que moi à 20 h… Ont-ils au moins une vie? J’en doute.

En tout cas, j’étais fière moi, de repartir ce soir, extinction du standard, puis de la machine à café, des caméras de vidéo-surveillance, de l’ordinateur. Pour ensuite, Ô honneur suprême avec mon pass-qui-ouvre-toutes-les-portes, verrouiller le grand portail électrique avec des pics dessus. Je me délecte de le regarder se fermer, Ma clef de Mon trousseau a le pouvoir de faire clore cette journée.

De retour dans l’enceinte du batiment, je sors mon sac à main chic de l’armoire, les pieds en feu, les yeux qui piquent, le dos en compote, et je prends mon temps. Le temps d’éteindre toutes les lumières, de vérifier si je n’ai rien oublié. Je suis fière. Aujourd’hui j’ai gagné ma vie. Enfin j’ai “smiqué”.

J’adresse un sourire au dernier directeur restant encore dans son bureau. Qui ne me répond pas. Je n’existe pas, c’est vrai comment ai-je-pu oublier… Personne ne me regarde. Sauf le grand chef tout puissant, paradoxal non?

L’intérimaire qui est censée me former a tellement peur que je lui pique sa place qu’elle ne m’adresse presque pas la parole lors de la transmission.

Une cigarette roulée à la main, je marche vers ma voiture, le sourire aux lèvres. Je m’installe, m’étire, allume l’autoradio. A fond Kerenn Ann. Ma clope en forme de joint me fait rire, je n’ai jamais su rouler autrement. Si bien que le Monsieur-pour-qui-je-n’existe-pas s’attarde un instant sur cette main dans laquelle je tiens ma clope. Et bien je préfère ça. Parce qu’au moins ses yeux ne se posent pas sur mes fesses.

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