Si vos yeux viennent à parcourir ces mots, c’est que j’ai franchi la balustrade du Pont. Mon pont, celui de Mirabeau.
C’est que j’aurais été l’espace de quelques instants ce pantin funambule errant sur 20 centimètres d’une largeur irrégulière.
C’est que je serais devenue ce monstre d’égoïsme. Entière.
J’aurais aussi pesé le pour, le contre d’une mascarade éternelle, du carnaval de ma vie.
Rires moqueurs, diaboliquement sarcastiques se seront aussi échapés de ma gorge en feu.
Ne vous moquez pas de ces mots, ne vous moquez pas de mon geste si peu porteur d’espoir.
Face à la Statue de la Liberté. Symboliquement. Observée à la dérobée par la Tour Eiffel, j’aurais donc osé. Je serais passé devant l’Eglise d’Auteuil, clignant des yeux à travers mes larmes salées. J’aurais une dernière fois dit bonjour à la Maison de Radio France, et puis j’aurais pensé au pont Alexandre 3.
Ma vie aurait défilé dans ma tête et j’aurais souris. Soulagée, émue peut-être. Mais plus en colère.
Enfin Une, enfin réunie. Plus de dualité.
Et ils auront gagné. Tous. Elle aussi aura gagné cette Autre. Et elle sera fière.
Si vos yeux viennent à parcourir ces mots, c’est que j’aurais vomi ma vie dans l’eau de la Seine. C’est que j’aurais agi. Comme une grande.
J’aurais réalisé le rêve d’Icare, des secondes éphémères, légère, là, entre le pont et l’eau. J’aurais été la plus conne de tous. J’aurais péché par faiblesse.
Mais j’aurais trouvé ma place, aussi incongrue la trouviez-vous.
Je serais devenue le cadavre qui hante mon visage.
