Appoline

Entrée de février 2006

Encore un jour se lève

28 février 2006 · Laisser un commentaire

Mon dossier est parti ce matin pour la clinique, j’aurais une réponse je ne sais quand. Faites que ce soit rapide, s’il vous plait, j’en peux plus. Dites moi, fais tes bagages, prends une tenue de sport et les affaires que tu aimes et hop là, tout le monde dans le monospace familial et direction clinique. 3 mois renouvelables d’après mon médecin. 3 mois c’est déjà énorme.

S’il vous plait, trouvez-moi une place.

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Du jour

25 février 2006 · Laisser un commentaire

Bon alors, grande nouvelle, j’ai enfin rédigé la lettre de motivation pour la clinique. Non sans mal, mais j’y suis arrivée. J’en suis pas encore tout à fait satisfaite parce que je la trouve trop courte, et puis aussi j’ai beaucoup de mal à me confier comme ça, je ne sais même pas qui va la lire! Je crois que l’échéance pour rendre mon dossier à mon médecin se rapprochant à grand pas (lundi) m’a évidemment incité à me dépêcher.

“Rédaction. Sans brouillon. D’une lettre présentant mes motivations. J’ai 22 ans et la sensation que j’ai besoin d’aide. Une aide extérieure sur laquelle je pourrais m’appuyer sur du long terme. Peu importe le temps que celà prenne. Je souffre de troubles du comportement alimentaire, principalement restrictif, depuis de nombreuses années, mon poids n’étant pas à une limite extrème, je pense être mince. En revanche, même si ma corpulence n’est pas alarmante, ma relation avec la nourriture est tellement chaotique que je voudrais me débarrasser de ce sentiment de culpabilité et de haine.
Consciente donc que je ne peux m’en sortir seule, je suis également d’accord avec le fait de ne pouvoir vivre éternellement comme ça, alternant restrictions sévères puis crises sans vomissement. J’ai l’impression de vouloir changer, “guérir” sachant que le chemin est encore long et instable. Mais il y a une peur incontrôlable qui peuple mes nuits et mes jours: une prise de poids. Tant que “la-haut” ça n’ira pas, je sais que je ne serais pas prête à reprendre du poids. Parce que je crains de passer de l’autre côté, celui des compulsions… Voilà ce pour quoi je sollicite votre aide. Banal, mais infernal à vivre.”

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Il faut…

24 février 2006 · Laisser un commentaire

… que les choses changent… La vie évolue. Il y a des jours avec et des jours sans.

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Texte de 2005, déjà

24 février 2006 · Laisser un commentaire

Fin juin 2005, après le concours de médecine

66, 67, 68, 69, 70… le nombre de pas jusqu’au bus qui m’emmène à l’avion. Plein de questions dans ma tête, plein d’étoiles devant mes yeux, vertiges vertigineux.
Jusqu’où aller? Jusqu’où revenir.

L’impression de prendre un vol pour un aller sans retour est omniprésente dans ma tête, la plus forte comme voulue.

Mettre en mots et mettre à mal ce que je vis au quotidien, j’en rêve depuis des mois. Qu’est ce qui a pu changer, se briser pour que je replonge?

Mon parcours, mon évolution, si banale, ne se différencie pas tellement de la personne lambda. 1m 64 et 39 kg. Cet amour des chiffres. Espère encore descendre mais je ne sais pas jusqu’où. Mon corps que je déteste, si encombrant, si dérangeant, est là. Descartes dis “j’ai un corps”, dualisme qui a tout son sens pour moi: j’ai un corps, j’en fais ce que je veux, personne n’en dispose à ma place, seule moi et rien que moi.

Ne pas s’aimer, ne pas pouvoir se regarder en face dans un miroir, détourner les yeux de son visage pour mieux scruter la moindre parcelle de cellule adipeuse sur mon corps déjà mince c’est refuser ce que je suis vraiment, refusant ainsi aussi ce que les autres voient de moi. Je ne peux pas me résoudre à rester comme je suis. La vie est si différente quand je contrôle, je compte, même si certains désagrément apparaissent au fil du temps, le corps qui s’effrite et qui lutte âprement contre lui même. J’observe de là où je suis. Se battre contre soi-même pour ne devenir qu’un autre, je doit aussi me démener contre la folie qui s’insinue parfois, menaçant elle aussi de me ronger.

Je suis terrorisée à l’idée de prendre du poids pendant ces 2 semaines chez ma tante. C’est pourtant ce que j’ai promis à L. et fait croire à ma mère, d’un air assuré, ainsi qu’à S.: “mais oui ne t’inquiète pas, je vais en reprendre du poids, je suis là pour ça!”. C’est ça ouais, avec le sourire et la bonne humeur. Il y a 2 catégories de gens, ceux que j’aime et avec qui je suis sincère, c’est vrai je veux changer. Et puis les autres à qui je fais croire que 2 malheureuses petites semaines seront nécessaire à modifier une alimentation et une pensée butée qui date d’il y a fort fort longtemps.
Je n’en ferais rien, juste de me maintenir, voire de perdre un peu.

Je me moque des autres, je ne veux pas leur en parler, fermée comme une huitre et muette comme une mouette.

Assise dehors dans le jardin à côté du chat, j’essaye de réfléchir à tout ce que j’ ai déjà fait depuis 7h ce matin. Fumé 6 cigarettes, pris ma douche, mon petit déjeuner, Internet, vidé le lave vaisselle, re-café. Rangé ma chambre, fait le ménage dans le salon, monté-descendu les escaliers. Il est 10h30 et je me pose enfin. Au soleil pour prendre un peu de oculeurs, je sèche mes cheveux, ça fait du bien le soleil. J’ai prévu d’aller à la plage cet après midi. J’aime la plage parce qu’on y croise des gens beaux, des moches, des gros, des minces, des petits chauves et des blondes pulpeuses. Je peux fondre mon corps dans toute cette masse de chairs et de disparités. Ces différences justement nous rangent dans des cases parfois superficielles. J’aime pas ces cases. Enfin seulement celles des autres.

Les miennes de cases, je les cultive: une pour la carrure des gens, une pour les calories des aliments (permis, limité et bannis), une pour les sentiments que j’éprouve, une pour les humeurs que je peux avoir et bien d’autres encore…

J’écris sur le moment, comme viennent les mots dans l’ordre brouillon de mon cerveau. Mais dans ma vie, tout a une place attribuée, qui peut changer si je le décide mais s’il s’agit d’une autre personne je m’y perds. On ne touche pas à mes affaires, je n’oublies rien, tout est listé et rien n’est laissé au hasard. Je ne fais pas fonctionner les choses pour rien, tout a une utilité. Si la lumière de ma chambre est allumée, c’est que ça a un sens. Surtout, ne pas quitter ma bulle, mon monde, ne pas me laisser perturber par les autres quand je le l’ai pas décidé, c’est à ça que me sert la musique. Coupée du monde, je me retire. Avec mes cases et mes peurs, mes délires et mes colères. Où est le mal? y-t-il quelque chose de répréhensible à ça? je m’auto-détruis pas, je me protège, renforçant ma carapace moulée sur mesure, sur ma mesure.

Parce qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur et bien je les ravale mes douleurs. Mes appels sont à peine entendus. S. qui croit qu’une tartiflette me ferait le plus grand bien et ma mère, réflexionniste qui ne peut s’empêcher de tout critiquer, ce que je fais et ce que je mange. Chez ma tante, je fais ce que je veux, elle n’est jamais là sauf pour dormir et quand elle dort je dors! Ma seule hantise est de faire un malaise s’il n’y a personne. Bah oui, je ne veux pas mourir, je ne suis ni perverse ni débile, on ne peut pas s’effacer et vivre sans corps. Le rythme auquel je m’astreins tous les jours est la recherche, l’obtention d’un but mais lequel? C’est pourquoi j’écris en ce moment, tout en sachant que ça m’avancera guère plus.

Bon à retenir pour aujourd’hui: je suis à la recherche de quelque chose. Quoi? ce sera tout pour ce matin, j’ai encore du mal à me dire que tout ce que j’écris maintenant sort de ma tête, ce que pense mon cerveau.

J’ai pris le stylo, porté par ma main pour posr les mots sur du papier. Hier plage, retour de vague.

Mes jambes ont refusé de me soutenir ce matin.

D’habitude, je fais n’importe quoi chez ma tante, ce qui permet à mon corps de faire ses réserves pour l’année. Pas cette fois, même pas envie de les faire ces crises là. C’est devenu difficile de monter les escaliers, presque impossible. Je descend un sac plastique en bas dans le salon avec tout ce dont j’ai normalement besoin pour la journée. Cigarette, livres, téléphone…
Sac que je trimbale partout avec moi pour avoir à faire un petit nombre de mouvements, le plus réduit possible. Faut que je garde des forces pour emmener ma cousine à l’école, promener les chiens, faire un peu de ménage, faire à manger… les taches du quotidien.

Lendemain de le fête de pères et veille de la fête de la musique. J’ai mangé aujourd’hui, un vrai repas, aucune culpabilité parce que j’ai fait un malaise hier soir dans la rue… On a été à la plage aussi. Grosse vache sur une étendue de sable. Vache à qui l’on peut compter les vertèbres, de C7 à L5 jusqu’au sacrum, puis les cotes, même les flottantes, les bras ensuite branchés sur l’omoplate, raccrochée à la clavicule, saillante. Des bleus partout. Fin du séjour, bilan neutre. Je suis bien heureuse de rentrer chez moi. Retrouver mes repères. Pas pris un grammes, même perdu un peu.

Juillet 2005 après les résultats du concours

Je ne serais jamais médecin. C’est un fait. Fallait que je l’écrive pas pour le réaliser, merci j’ai compris, mais plutôt pour marquer la chose, enfoncer le couteau dans la plaie béante et ouverte de mon crane.

J’ai mal à la tête, j’ai mal au corps, j’ai mal de moi.

La mouette est muette. Belle et bien refermée comme l’huître du début. J’aurais du le prévoir ça non? bah non ,je prévois pas l’échec, pas le droit à l’erreur.
Mon corps est mort, mon cœur est mort. Je suis loin de tout ce qui se passe autour de moi. Rien n’a de sens, plus rien n’existe autour.

Je ne serais jamais médecin. Je ne serais jamais médecin. Je serais l’ombre de moi, l’ombre de rien. Je ne serais jamais médecin. C’est pas grave, je tombe pour mieux me relever, c’est ça? “Mais c’est pas grave, tu as des possibilités ailleurs et puis il y a 600 personnes derrière toi, 600 qui n’ont rien n’ont plus”. Je me fous des autres, c’est moi. Je ne serais jamais médecin. Tout s’écroule. Tout se meurt. La plante, je ne veux plus l’arroser. A quoi bon avoir fait tout ça cette année? A quoi bon?

Ce que je fais là, je ne sais pas.

C’est ça Papa, tu as tout compris, entre dans ma chambre sans frapper pour me dire bonsoir. Seulement ça… tout s’écroule, tout s’est écroulé. C’est pas grave.

Je ne serais jamais médecin. Je ne serais jamais médecin. Réveil difficile ce matin, je suis ankylosée de toute mon âme. C’est impossible de parler, impossible d’émettre un petit son. Je suis anéantie, les yeux bouffis par mes larmes. Une seule phrase résonne dans ma tête, je ne serais jamais médecin. Pour ceux qui me demandent, je n’ai pas encore eu les résultats. Je reste cloitré chez moi et je tourne en rond. Comme pour me punir ne n’avoir pas su réussir. Anéantie.

Je ne serais jamais médecin, fallait s’y attendre, je suis trop stupide. C’est pourtant pas compliqué, d’autres ont réussi avant moi, des imbéciles et des méritants. Je suis méritante non? pourquoi je suis plus à blâmer qu’un ou qu’une autre? Qu’ai-je fais? je n’ai pas triché. J’ai travaillé corps et âme pour y arriver? C’était pas suffisant. Qu’est ce que les autres ont de plus que moi? Monstrueuse remise en question, envie de tout brûler, tout envoyer en l’air. C’est ce que je voulais juste ça. avoir médecine, c’est tout ce que je demandais. Rien d’autre. Est-ce que c’était trop exiger? trop demander?

Tout ce travail pour rien. Les yeux brouillés, je regarde tout mes cours, je les connais si bien, physio, histo anat, embryo, tout mon savoir réduit à de la poussière, qui ne servira jamais. Qui est à jeter à la poubelle. Avec moi aussi..
Me laisser mourir, c’est trop facile, hein? je serais celle qui flanche devant une épreuve, celle qui ne rebondit pas après l’échec. Pour le moment, je me laisse couler, on verra après s’il y en a une.

Envie de parler à personne même pas C. qui pourtant est dans une situation similaire à la mienne. Pas glorieux.

Je parle plus chez moi, ni ailleurs. Pas un mot échangé avec mon père. Ma mère m’agresse à la moindre parole qu’elle prononce pour moi. Portable éteint depuis hier matin, j’ai pas envie de répondre au téléphone. Ma famille est en colère pas après moi, mais c’est tout comme, agressifs. Laissez moi tranquille, le temps que je digère si je vais digérer.

Dispute grave avec S. hier qui m’a charrié tout l’après-midi, a voulu détendre l’atmosphère, mais en se moquant de moi. J’ai fini par être méchante mais je ne le regrette pas, en aucun cas. J’ai comparé l’attitude que j’ai eu lors du décès de sa grand-mère la semaine dernière à celle qu’il a eu avec moi hier. L’exemple ne lui a pas convenu. Je lui ai fait remarqué que je n’avais pas été méchante quand il était triste, mais plutôt douce et gentille, tout ce qu’on pouvait attendre de sa copine pendant un deuil. Et que mon deuil à moi, il vaut bien celui de sa grand-mère, ma vie s’est écroulée en 10 minutes, comme la sienne. N’a pas pris conscience que j’ai perdu ma raison de vivre d’un seul coup. C’est pas le permis de conduire que j’ai raté, mais c’est ma vie tout entière qui prend un tournant tragique.
(ai l’impression d’être ridicule quand j’écris ça, c’est vrai, j’ai toute ma tête, je ne suis pas paralysée, il y a pire… mais je ne peux me résoudre à abandonner ma raison d’être ici). Je renonce à tellement de chose. J’ai pas envie d’y survivre. pas envie de faire des efforts pour mettre un mouchoir dessus et au fond de ma poche.

Annulation de tous mes rendez-vous (psy, médecin…) je ne veux plus en entendre parler. me laisser aller, faible parce que incapable de rebondir sur mon échec.

Voilà… c’est là que tout s’arrête.

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Lettre présentant mes motivations

23 février 2006 · Laisser un commentaire

e planche sur le lettre pour la clinique.

En quelques mots, de manière spontanée, je dois expliquer ce qui me pousse à vouloir entrer dans cette institution.

Me décrire, décrire mon parcours.

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Mais je sèche, page blanche, stylo posé sur une feuille vierge de sentiment… J’aimerai trouver les mots adéquats, ceux qui me correspondent le plus. Mais je ne trouve pas le moyen d’écrire le moindre petit mot. Même bonjour j’ai eu du mal à l’écrire.

J’ai l’impression de prendre la place de quelqu’un qui le mériterait plus que moi. Je ne suis pas à l’article de la mort, j’ai encore de la marge, beaucoup de marge, et j’ai peur d’être jugée sur ce que je vais écrire, genre: “ah non celle là,elle est pas assez atteinte pour qu’on lui garde une place, lettre à la poubelle”. Et je vois mon cas empilé du côté des refus.

Donc j’en suis toujours au même point, la BO d’Eternal sunshine of the spotless mind en fond sonore, j’avance pas…

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Question importante

22 février 2006 · Laisser un commentaire

Pourquoi dit-on “je suis anorexique” alors qu’on dit “j’ai un cancer”? On ne dit pas “Bonjour, je suis cancéreux ou cancéreuse”… Et pourtant c’est la même chose.
J’ai passé une journée minable hier. L’école n’en parlons pas mais j’avais RDV avec mes parents et mon frère en thérapie familiale. Tout d’abord mon frère nous a dit d’aller nous faire foutre qu’il n’avait pas envie d’y aller et que ça le gonflait, donc il n’est pas venu. Ensuite, la psy (celle que j’aime pas, l’autre est sympa) m’a cherché toute la séance pour que je sorte de mes retranchements, que je craque et leur dise ce que j’ai sur le coeur. ça a pas raté. J’ai claqué la porte avant la fin et je suis partie en pleurs. Elle m’a d’abord parlé de mon indépendance, de mon autonomie, pourquoi je sollicitais tant mes parents pour sortir avec eux, faire des courses, du sport, alors qu’à mon âge, je devrai aller en boite avec des amis. Que c’était pas normal que j’ai pas d’amis (merci, je le savais déjà que j’avais pas d’amis, pas la peine d’en rajouter, je me sens déjà très seule sans qu’on me le dise…). Alors j’ai commencé à m’énerver: pourquoi c’est illégitime de demander à sa mère de venir faire les soldes avec elle? Ou bien de faire du vélo avec mon père??? C’est pas normal de vouloir partager quelque chose avec ses parents?

Et puis d’un côté, mes parents me demandent d’être indépendante, de faire les choses par moi même, tout ce qu’il y a de plus normal, mais ma mère vient me voir pour que j’aille me coucher, si j’ai bien pris mon petit déjeuner, savoir si j’ai rangé ma chambre.
D’un côté, il faut que je sois adulte et de l’autre, on me retire cette autonomie. Alors je fais quoi moi. C’est là que j’ai craqué, amère de voir que je peux pas être au four et un moulin à la fois.

Elle m’a poussé à bout et je la déteste pour ça, même je la hais. Je lui ai balancé, enfin je leur ai balancé que j’allais arrêter l’école et trouver un job, je pourrais alors me trouver un placard à louer pour la modique somme de 600 euros par mois sans les charges, peut-être qu’alors j’aurais le droit de demander à voir mes parents de temps à autres… Elle m’a aussi demandé si ça m’ennuyais de voir mes parents sortir que tous les 2. Non j’en suis même ravie, étonnée qu’ils ne le fassent pas plus souvent. Je l’attendais au tournant avec ses théories à la con, du style, “tu es jalouse de tes parents, qu’ils te laissent seule et s’en vont”.

Je suis au contraire ravie qu’ils sortent tous les 2. La semaine dernière, ils sont allés à un concert, je pensais même qu’ils allaient diner en ville, ça leur aurait fait du bien, mais même pas, ils sont rentrés tout de suite après le concert…

Mais par contre, c’est vrai : comment leur expliquer que je me sens super seule, comment leur dire que d’aller se promener ou faire les magasins comme une pauvre orpheline ça me rend triste? Je ne demande pas grand chose, juste une fois de temps à autre, mais on ne partage presque rien… j’ai l’impression de faire chier ma mère quand je lui propose une sortie entre filles… Quant à mon père quand je lui propose un truc, “c’est peut-être, on verra”. Je l’ai tellement entendue cette phrase qui se termine en fait par un “non”. Je suis seule, et ça me pèse. Je suis exclue et ça me pèse 2 fois plus. Je n’appartiens à rien qui puisse ressembler à une vie. Je cafarde, je ne dors quasiment plus, je pète les plombs, sois je ris sois je pleure. Je suis complètement survoltée.

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Quo-tidien

20 février 2006 · Laisser un commentaire

“Sinon, à part ça, tu as fait quoi de ta journée?”
“Rien, je suis sortie de la salle de bain vers 13 h, accompagné mes parents à table, fais un tour sur le net, crisé (enfin avalé un carré de chocolat, la moitié d’un yaourt et une poignée de céréales… en plus de mes 500 cal diverses et variées en pain, pommes et céréales du reste de la journée)…”

J’ai trié des vieux magasines pour les jeter, c’est demain que passent les poubelles de papiers.

Pour me punir, j’ai fait 40 minutes de course effrénée dans mon salon devant le dvd de Charly et la chocolaterie, mes parents s’étant absentés au cinéma.

J’ai couru jusqu’à ressentir la douleur, celle qui coupe les jambes, celle qui essouffle vraiment. Impossible de ma calmer, les larmes, les enjambées à travers mon salon, on aurait dit une droguée, une dingue.

Énervée par mon téléphone qui sonne, je le débranche. Celui du salon retentit. C’est mon copain qui veut savoir s’il peut passer me voir. Mon Amour, si tu savais dans l’état dans lequel je suis, tu n’aurais même pas envie de passer une minutes avec moi. Cette folle qui court pour perdre. Mais pour perdre quoi au juste? Son corps? ça fait longtemps qu’elle est perdue en tout cas ta chérie…

40 minutes de course plus tard, je suis pâle et fatiguée, vacillante, des crampes dans les mollets. Je cherche vainement du réconfort auprès de ma bouteille de coca, sachant vainement qu’elle va me détraquer encore plus le ventre cette boisson, ce poison qui me tient compagnie.

Lorsque mes parents rentrent, je n’ai pas encore retrouvé toutes mes couleurs. je suis épuisée et je ne veux pas parler. A personne.

Je ne suis pas sortie, de la journée. Pas envie.

Tout m’énerve, la moindre petite réflexion de ma mère et je l’envoie sur les roses, les roses piquantes, sinon c’est pas drôle. Elle me voit me renfermer, arrêter de bosser, elle panique… Elle me gonfle, elle me saoule. Intérieurement, je l’insulte.

Il fait nuit, j’échappe au diner familial, je sors enfin.

Panne de voiture. ET merde, c’est pas le jour, ni le moment…

Changement de voiture, je m’étale dans les sièges moelleux de celle de mon père, voir mon Copain, jouer à la playstation, il ne supporte pas que je le batte aux jeux vidéos. Raté, il a justement choisi le jeu pour lequel je voue un culte. Je le massacre au score, contente, je rentre chez moi le coeur plus léger.

Jusqu’à ce que je passe la porte de la maison “familiale”.

Home sweet home

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Illustration de la folie

19 février 2006 · Laisser un commentaire

00h32, heure à laquelle j’ai commencé mon jogging dans le salon.

01h37, fin de la course.

J’ai plus sommeil.

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“à quoi bon se reconstruire quand on est adepte du pire”

18 février 2006 · Laisser un commentaire

Je sais pas où j’en suis, partagée, coupée en 2, voire 3.

Constamment mal au ventre, rongée de l’intérieur par cette bouffe qui me tue chaque jour un peu plus…

Je suis allée voir mon médecin vendredi, mais elle s’était trompée dans le rendez-vous, une autre fille a le même nom que moi, c’était elle,, pas moi… je suis venue pour rien… j’en suis toujours au même point donc. J’avance pas. Pire, je me voudrais morte.

Je suis passive, subissant les choses comme personne. Je veux fondre, pour ne plus être, disparaitre d’une terre sur laquelle je ne me sens pas à ma place.

Vendredi soir, nous étions en thérapie familiale avec mes parents. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi ma mère n’a pas insisté pour que mon frère ne vienne pas avec nous. J’ai compris par la suite, révélation qui a valu que je plonge 6 pieds sous terre. Baisser le regard, surtout fuir leurs jugements, fuir leurs yeux qui me ramènent une fois de plus, grâce à ma mère, , à ce que je suis vraiment. Une fille faible et sale. Une fille qui se hait. Les psys doivent se dire que ça y est, ils vont avancer plus vite maintenant qu’ils sont au courant du secret. Celui qui me pourrit la vie depuis de longues années. Années indéfinies et indéfinissables qui font que je me traine de jour en jour avec ce fardeau sur le dos. Le fardeau de celle qui a subi pendant des années en se taisant. Surtout ne rien dire, surtout ne pas attirer l’attention sur toi. Sois forte, ais des bons résultats à l’école, maigris, de toute façon, ton corps, il est pourri, acre et ocre. Aigre et acide à la fois. Déteste le ce corps qui lui aussi t’a trahie. Je voudrais me voir morte.

Ephémère, 10 kilos de moins, lisse de toute salissure et trace. la seule chose que je puisse maitriser et contrôler.

Surtout ne plus subir, ne plus se taire. Faire ce dont j’ai envie, sans pour autant y parvenir en ce moment. Perdre ce corps que je déteste et qui est un étau, qui me serre de plus en plus jusqu’à ce que j’étouffe.

Ce soir, j’ai pas envie de me sortir, plutôt crever. Ce soir, j’ai envie de tout envoyer en l’air, de tout détruire. Lasse de ne pas parvenir à l’effacement total du corps qui me sert de repose pieds sur cette terre amère.

Lasse des désillusions. Ma mère qui me frôle la jambe vendredi soir. Mon père qui veut me serrer dans ses bras sans sentir que je m’échappe, que je veux fuir. Mon mutisme. Ma mère encore qui veut que je parle, que je crache mon venin. Ils veulent que j’arrête de les culpabiliser. Pas de culpabilité à avoir. La seule fautive, c’est moi et personne d’autre. Celle qui n’a rien dit, celle qui n’a pas été capable de faire quoi que ce soit pour enrayer la situation glauque. Celle qui mérite tout ce qui lui arrive aujourd’hui, faute de ne pas avoir compris comment mourir de façon nette et rapide.

Appoline des blogs, elle est fatiguée. Fatiguée de croire à une rémission, fatiguée de tout ça. Marche ou crêve mais arrête de stagner… j’ai renoncé à prendre un RDV en ambulatoire, voilà comment je me défile..

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Changement de voie et fouilli réflexif

15 février 2006 · Laisser un commentaire

Grande discussion avec ma mère ce midi… Je vais arrêter l’école. Parce que je n’en peux plus de me lever le matin avec les larmes aux yeux en me disant que je vais faire quelque chose qui ne me plait pas du tout. Ce quelque chose qui, tout les matins, me donne la nausée dans le métro.

J’ai beaucoup réfléchi ces derniers temps au pourquoi j’avais pris cette filière. Je m’explique: médecine, fin de concours, la 2ème fois, je suis arrivée dépitée le jour des affectations, parce que m’attendais à ne rien avoir. En fait, au lieu de repartir les mains vides et avec une équivalence en fac de bio, on m’a proposé kiné, qui rentrait cette année là pour la première fois dans le numérus clausus de médecine.

J’ai donc pris kiné, tellement heureuse d’avoir une meilleure équivalence entre les mains. Pas heureuse d’avoir ces études à faire, juste heureuse d’avoir quelque chose, pas bredouille quoi.

Donc j’ai suivi les préparatifs pour rentrer dans l’école, très bien cotée par ailleurs, ça le prestige a beaucoup joué dans mon “acceptation” de ne pas avoir eu de place en médecine. J’étais à mille lieues de penser que ce choix n’était pas un choix de métier.

La rentrée ne se passe pas très bien, je n’arrive pas à m’intégrer, je subis le choc du bizutage tout en refusant de participer au week-end d’intégration. Je me sens très à l’écart, mais le pire m’attend, on a pas encore commencé les TP (en maillot de bain s’il vous plait…).

Plus les cours avancent et plus je me sens larguée, luttant pour suivre des trucs qui ne intéressent pas du tout. Malgré tout je continue, coute que coute parce que sinon, quoi faire??

Mais là, j’en suis arrivée à un point où je ne supporte plus me lever pour aller en cours le matin, où chaque pas qui m’amène vers l’école est seulement bon à brûler des calories en trop.

Je me sens seule de plus en plus, incomprise par mes pairs.

Mes résultats ne sont pas catastrophique malgré tout, seulement un gaufrage en anat… Et ça ne pardonne pas, convocation chez la directrice. Tout ça tombe très bien, je devais lui parler un peu pour voir si elle pouvait me proposer quelque chose pour ma scolarité et le fait que je désire être hospitalisée.

Après un énorme savon comme si j’avais 15 ans (alors que j’en ai 22…), je lui place gentiment que j’aimerai avoir un emploi du temps à l’avance (on a des horaires variables d’une semaine à l’autre), pour pouvoir prendre mes rdv médicaux. Et même si je pouvais passer les exams de la clinique, ce serait bien.

Elle me rétorque qu’il n’y a pas de traitement de faveur (sauf si on est sportif en équipe de France et que la fédération paye l’école, fait des dons quoi…). Ok, pas de traitement de faveur, malgré une maladie prenante… malgré un certificat… Soit, c’est noté.

Avec les semaines qui passent, je me rends compte que plus rien ne me motive à aller travailler, je ne travaille plus du tout, n’apprend rien, arrive en retard en cours et dors. je m’ennuie profondément.

Tout ça pour vous dire que j’ai essayé ce midi de faire comprendre à ma mère que je souhaitais arrêter cette école qui me pourrit la vie encore plus. je voudrais faire une fac avec des maths, des langues et de la littérature.

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