Appoline

Imposture

9 février 2010 · Laisser un commentaire

Il existe plusieurs solutions. Errer sur les quais de métros et les regarder passer, guettant, à l’affut. Marcher sur la rambarde du pont Mirabeau et lui sourire avec amertume de la dépressive sur le retour. Et puis sauter. Compter un, deux, trois, quinze, vingt et trente pilules bleues, ou blanches. Et gober. En vélo, rouler toujours plus vite et fermer les yeux à chaque feu de signalisation. C’est de la pitié et c’est encore pire. Pas par faiblesse. Juste parce qu’inadaptée et obligée de réfléchir à comment faire pour. D’avance j’emmerde ceux qui pourront dire que je ne suis qu’une gamine qui s’est affamée un jour et qui est rattrapée par son corps, trop gâtée. Ceux aussi qui me disent « oh mais ça te va bien, prends même un peu plus », plus fort encore je leur hurle qu’ils n’ont rien compris. Ce qui m’emplit m’affaiblit, face à moi-même, me rabaisse plus bas que terre, m’efface, m’écrase, me rend mensonge et artifice. Retour à la case départ, ne chope surtout pas 20 000 francs puisque de là-haut tu n’en aurais pas l’utilité. Je peux plus. Je peux plus tenir, faire face, tout gérer de front, mentir en souriant. Je peux plus remplir ce vide comme ça. J’essaies tout, je tente, je me bats contre des moulins à vent, mais je m’avillie toujours autant, plus encore. Je ne suis pas celle qu’on croit voir. Alors j’emmerde la terre entière. J’ai pas peur. Et je ressors mon poème.

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Fièvreusement, foncer dans un mur.

29 janvier 2010 · 7 commentaires

Je ne suis plus celle qui a commencé à écrire ici, l’anorexique quotidienne, la folle furieuse qui courait dans le salon parental la nuit pour échapper à l’indécence de ses ingestions alimentaires. J’ai changé, je suis devenue presque femme, petit à petit ramenant des choses, des brindilles et des branches pour construire un nid. J’ai posé des questions à mes pensées, je n’y ai trouvé aucune réponse. Jamais je n’ai autant vécu que maintenant. Et pourtant je reste la névrosé, l’angoissée, celle qui doute tout le temps, de tout. De la paire de chaussures à enfiler comme de ce qu’elle va glisser dans son sac pour la journée. L’angoissée qui ne trouve pas où aller.

Je suis bancale, définitivement et la période que je traverse en ce moment n’aide en rien. A cheval, toujours, souvent, tout le temps, éperdument perdue entre le oui et le non, le noir et le blanc qui jamais ne tire vers le gris. Je n’ai pas peur, je suis une frayeur à moi toute seule. Des portes se sont ouvertes et il paraitrait que je n’en saisi pas l’ampleur. Cette grande école qui m’a accueillie, des capacités qu’On dit développées. Foutaises, je ne parviens pas à les saisir, à apprécier ce que je fais pour ce qui est. La quête perpétuelle de la perfection est fatigante, lassante, exténuante et c’est un fait, je suis au bout du rouleau. Plus pour les mêmes raisons qu’avant. Si je cherchais comment en finir proprement, je suis arrivée au stade où la trouille me pétrifie, celle de « qu’est ce que tu vas devenir plus tard? ». J’essaie d’être moi déjà, mais c’est peine perdue. Alors je tente de me projeter. De songer à ce que je vais faire, non pas demain mais après-demain. Et je ne me vois pas d’avenir, même incertain. Je suis cette imposture qui est entrée chez les élites de la Nation, en catimini et qui devant son sujet de recherche bute de peur de ne pas réussir à se blinder de ce qu’elle va découvrir au fil de son mémoire. Une imposture qui préfère la fuite, rester sous la couette, envoyer un mail pour s’excuser « non je suis malade je ne pourrais pas venir en cours ce matin », quelques minutes avant le début des cours. De l’autre côté des kilos-octets, le regard déçu du tuteur « j’aurais préféré que vous me disiez que vous arriviez à saturation plutôt que de lire vos excuses, que j’accepte, qui ne sont pas la réalité ». Pourtant c’est vrai tout ça, je suis malade des cours. Malade de la fac, malade de l’école, malade de me lever.

J’ai changé, j’ai évolué, je suis plus sereine mais je suis encore et toujours focalisée sur ce chiffre, cette ignoble torture mathématique de la masse sur le carré d’une taille. Je refuse à grands cris le gonflement subi ces derniers temps, un peu avant Noël. Alors je me noie de l’intérieur, je bousille un système qui n’aspire qu’à l’homéostasie et dont je ruine le fonctionnement physiologique. Les électrolytes se baladent en pleine liberté, certains fuient plus que d’autres tandis que le sel se loge où il ne devrait pas. J’enfle tel un ballon et use de promesses intenables, toutes plus insensées les unes que les autres. Ma vie se fabrique pendant que je me défait. Où sont passées mes côtes? Mes maxillaires et mes omoplates, mes hanches fines et mes joues un peu plus creuses? J’ai atteint un seuil fatidique qui sépare mon quotidien en deux: la vie sociale en superficie et l’absence de vie interne au plus profond. Pour ça, rien de bien compliqué, il suffit d’envier les maigres et de ressortir de vieilles photos.

Pourtant, je vous jure, en larmes et à genoux s’il le faut, suppliante, j’ai changé.

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Mère-fille

23 janvier 2010 · 13 commentaires

Qu’est-ce qui fait qu’un enfant est calin? calme? intenable? Qu’est ce qui fait qu’un enfant qui devient adulte finisse par détester ses parents autant qu’il les aime? A partir de quand tout ce fragile équilibre commence à tanguer dangereusement?

Pourquoi un enfant se transforme en un méchant truc qu’on a envie de baffer? Jusqu’à quel point l’éducation et l’amour reçu ou pas façonnent-ils un futur adulte mutique, handicapé du geste d’affection? Comment peut-on dire d’un gamin « qu’il n’est pas tendre et n’aime pas le contact »? Et lorsque l’adulte parent catégorise son enfant comme « pas calin », pourquoi l’enfant ne s’y conformerai pas? Après tout Maman a la parole divine…

La Reine des questions idiotes reprend la route et cherche à comprendre. Deux jours de vacances, un moment passé avec une princesse qui refuse de grandir et 24 heures de lectures et de films plus tard, j’en arrive à certaines interrogations. « Veronika décide de mourir » de Coelho, « Windows of the world » de Beigbeder, « j’ai tué ma mère » le film de Dolan, « Une mauvaise vie » de Miterrand. J’y ai trouvé des questions, aucune réponse. Non pas que j’en souffre, juste qu’elles me titillent et qu’elles me ramènent à la mienne de mère, à celle de la princesse que je garde, à ses parents qui l’aiment mais qui sont en train de construire une enfant bancale, une enfant qui ne parle aux autres que si elle a la possibilité de s’observer, de s’écouter, qui reste bloquée à 3 ans, 4 ans les bons jours quand nous sommes dans la rue. Veronika a ce courage que je n’ai pas eu, mourir pour mieux vivre et enfin comprendre. L’asile, l’isolement et puis la découverte. J’ai tué ma mère aussi. Comment ne pas se retrouver dans cet adolescent perturbée par la névrose de sa mère. Ma mère est une dépressive qui ne se l’est jamais avoué et qui ne le fera sans doute pas. Elle manipule tant qu’elle le peut, elle ne comprend pas le sens des mots qu’elle emploie. Hubert dans le film aime sa mère comme un dingue, il veut déménager, pour que leur relation soit moins malsaine, moins exclusive, il étouffe, elle est dépressive. Un soir qu’il lui annonce qu’il a trouvé l’appartement de ses rêves, il lui confie son projet, il attend d’elle qu’elle le soutienne, qu’elle l’encourage, qu’elle sache l’aimer. Mais sa mère est trop préoccupée par la télévision du salon. Alors elle acquiesce. Hubert est confiant, la tête pleine de rêves, de projets. Il sait, il a compris qu’il doit quitter sa mère ou bien il meurt. Il visite l’appartement et le soir suivant il raconte la visite à sa mère. Qui le toise. Qui lui coupe les ailes. A 17 ans, on est pas capable d’avoir un appartement. Et il revient à la réalité : sa mère lui a brisé les deux jambes alors qu’il prenait son élan pour devenir quelqu’un. Ma mère n’a eu de cesse de me briser les jambes, sans le vouloir, sans l’avouer ouvertement. Pour des petits riens comme des grandes choses. Certains penseront que j’exagère. Mais en réalité, je m’en contrefous. Ma mère est aimante, ma mère est mante religieuse. A quoi bon faire rêver les enfants pour les mettre à terre ensuite ? Tout ça aurait pu aller très loin, fort heureusement je me suis arrêtée, à l’époque, à temps.

Je n’ai jamais été câline selon ma mère. Je n’ai jamais été proche d’elle. Nous avons raté une rencontre, la notre, peut-être la plus importante au cours d’une vie, celle qu’il ne faut pas manquer sous peine de se chercher à vie. « Ton frère, oui, il venait de lui-même, je pouvais pas le détacher de moi ». Mais un bébé peut-il se blottir dans les bras de sa mère comme un enfant pourrait le faire. Est-ce qu’à 6 mois on peut rejeter sa mère ? Je ne peux pas m’imaginer la repousser. Un bébé reçoit ce que sa mère lui donne. Voyons le problème dans l’autre sens : une mère peut-elle provoquer chez son bébé un comportement distant ? Cette vision des choses me séduit plus. Non pas parce que ça me déculpabilise mais parce que cette logique parait plus plausible que le bébé qui repousse sa mère. Nous avons raté une étape et à chaque lien que je tisse avec un enfant, je ne peux plus m’empêcher de souffrir quand il en souffre. Les abandons involontaires d’enfants, la responsabilisation qu’on peut leur faire porter me fout la nausée. La princesse perturbée ne me tend jamais sa main d’office. Quand je lui demande si elle veut tenir ma main, elle la prend. Et ne la lâche pas, même si nous avons terminé de traverser. Sa mère me dit qu’elle n’est pas une petite fille câline. Pourquoi elle s’accroche à mon bras comme si elle allait s’envoler? Cette petite troublée me trouble à mon tour. C’est une enfant difficile, de celle dont on peut avoir honte en marchant sur le trottoir. De celle qui hurle et s’assoie par terre pour obtenir gain de cause. Mais j’avoue que je suis usée. Tant par son caractère que ce à quoi elle me renvoie. A ma mère et ses certitudes.

Nous avons tué notre relation. Elle la première et moi ensuite. Je ne sais pas si c’est trop tard, si j’ai perdu ma mère ou pas. On ne rattrape pas la main de sa mère, même si on court après en permanence. Ses bras m’ont manqué, sa tendresse aussi. Il me manque une partie de moi, et ça pique les yeux. Quelques temps après le 2ème déménagement, elle est rentrée un soir. Je lui ai ouvert la porte et juste je lui ai dit « je t’aime ». ça m’avait coûté énormément, c’était difficile pour une mutique, une solitaire silencieuse comme je pouvais l’être à la maison. Elle n’avait rien répondu, elle avait enlevé ses chaussures et m’avait dit « ton frère est là ? ». J’attend le moment où quand je rappellerai pour m’excuser après lui avoir raccroché au nez, elle me dise simplement « Je t’aime ».

Je crois que je ne suis pas capable de m’occuper d’enfants, ni d’en avoir. Pas par peur de me tromper. Par peur de trop comprendre ce qui se trame derrière leur caractère. J’ai refait un noeud au fil qui me séparait de mes cousines, des petites. Une de chaque côté, du même âge, presque 12 ans de moins que moi mais qu’importe. J’aime les regarder devenir des petites femmes que je n’ai pu être à leur âge. J’aime leur émotivité, leurs cris et leurs rires, leurs sourires et leurs disputes. De voir que leurs mères respectives ont su les aimer. Et je suis fière d’elles quatre.

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Debout et demain

22 janvier 2010 · 5 commentaires

Ce sera la dernière fois que j’en parlerai ici. Tant que tu étais encore là, j’avais ce besoin irrépressible de savoir comment réagir face à certaines situations. Tu expliquais ton point de vue, avec lequel j’étais d’accord. Ou pas. Mais tu t’en foutais, tu savais très bien que ça germait déjà dans mon cerveau. Et malgré nos engueulades, nombreuses, on s’excusait l’un et l’autre et c’était reparti. Toujours. En 2008, tu étais encore vivant et nous étions venus te voir avec mes parents et mon frère. Ma mère t’avait trouvé courageux. La tienne m’avait serrée dans ses bras, chaleureuse comme toujours. Un an plus tard, c’était à moi de la serrer contre moi, je crois qu’en fait on s’est accrochées l’une à l’autre.

Demain je retourne te voir. Mais il va falloir que je comprenne que tu n’es plus là. Que je ne vais pas rendre visite à quelqu’un qui me répondra. Que tu ne pourra plus me répondre. Je sais très bien que c’est totalement irrationnel, que ça n’a pas de sens, que c’est malsain. Mais j’ai besoin de te parler, j’ai besoin d’entendre le son de ta voix. Mardi soir, on avait un examen, j’ai appelé ta mère juste avant. Pour lui dire que je t’emmenai dans ma poche. Elle m’a dit qu’on s’était bien trouvés tous les deux.

Ceci est totalement imbécile, ce qui précède, j'en suis consciente. Mais je ne sais pas où le dire, ni où l'écrire. Et j'en ai besoin. Pardon d'avance.

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Titre inconnu.

14 janvier 2010 · Un commentaire

Anniversaire. Bientôt le tien. T’aurais pas du tu sais. La semaine prochaine j’essaierai de ne pas pleurer en te rendant visite, mais je ne peux plus rien te promettre avec le sourire.

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Un curieux problème mathématique

2 janvier 2010 · 9 commentaires

Sachant que deux bouteilles de coca-light pèsent 4 kilos, quel est le poids qui va s’afficher sur l’écran digital de la balance?

Elle affichera 4 kilos

En réalité elle affiche 100 grammes de plus, poids des bouteilles vides. Ce qui fait que le poids qu’elle m’affiche de puis les repas de Noël et les crises bi-quotidiennes chez mes parents sont encore là et que ces stigmates sont tenaces. Malgré la restriction, suite logique, je ne perds pas un gramme. Et puis je ne peux rien diminuer de mon alimentation puisqu’elle est quelque peu limitée.

Je ne peux même pas jubiler. C’est con, il est 1h38 et je me suis relevée pour aller peser 4 litres de coca-light pour vérifier… J’ai VRAIMENT un problème. Au moins j’épargne l’achat d’une nouvelle balance. Pitoyable.

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Des yeux à l’écoute

24 décembre 2009 · 5 commentaires

J’ai retrouvé ce canapé tant haï depuis des nuits et des nuits. Mais c’est chez moi que je dors, que je peux comprendre qu’il ne sert à rien de se faire souffrir pour eux. De quel droit? Pour qui? Pour quoi?

En 2001 ou après, je ne sais plus, les jours sont flous, j’ai croisé le chemin d’Une que jamais je ne pourrais assez remercier. Une qui ne m’a jamais laissée tomber, ni abandonnée. Une qui ne s’est jamais trompé non plus, n’en déplaise à la fierté mal placée qui sied là-haut sous mes cheveux blonds et usés par les restrictions et la boulimie. Elle ne s’est pas contentée de m’écouter et de me comprendre. Elle a su trouver les mots justes et les mots qui fâchent, ceux qui touchent l’intouchable parce qu’enfoui très loin. Elle a orientée ma désorientation vers ceux qui seraient à même de compléter ses compétences. Sans elle, je ne serais plus là et sa patience ne pourra être égalée, comme sa ténacité voire sa pugnacité ne pourra être vaincue, malgré mes tentatives. Toutes infructueuses les tentatives de fuite. Je ne parviens pas à ce qu’elle m’abandonne. Parce que je sais qu’elle peut poser sa pierre à l’édifice bancal qui se construit maladroitement. Le mien. Je trébuche et vacille et il faut que je me relève. Mais se relève-t-on d’un pareil cauchemar?

Nous sommes le vingt-quatre décembre deux mille neuf. C’est aujourd’hui.

J’ai de nouveau échoué sur le canapé beige pour la nuit après près de quatre jours en terrain hostile, en terrain mort, en terre inconnue, sur l’Alaska de la parole, le Sahara du sentiment et de l’expression. Quatre jours chez mes parents auront suffi à anéantir tout espoir de perte de poids, peut-être. Mais quatre jours ont été nécessaire à la prise de conscience, éphémère mais qui possède ce mérite d’exister un instant, que je n’avais pas le droit de maltraiter un corps qui n’avait rien fait, qui ne demande qu’à être aimé un peu. Je m’excuse. De loin, le ridicule se lit dans vos yeux. Comment s’excuser pour ça, pour une chose qui ne rime à rien? Pourquoi s’excuser alors que seule la main guide la cuillère au pot de Nutella paternel? Comment peut-on faire ce genre de gestes immondes qui ne visent qu’à remplir un vide, un creux d’amour, un gouffre de peur et d’absence?

Elle, cette Elle et pas une autre, je lui dois beaucoup. Je lui dois une séance chez La Diététicienne. On ne sait pas tout de ce que nos comportements révèlent. Les crises pour remplir le vide. Du connu et du su par coeur. Peut-être. Mais ses yeux, nouveaux, sont à l’écoute et prêts à une rééducation de ce que je ne suis pas. Accepter d’avoir besoin de se remplir, pour évacuer un trop plein de non-sens, de solitude et d’égarement. Ses yeux sont restés à l’écoute et ont expliqué aussi pendant plus de deux heures et quart. J’en suis sortie à vingt et une heure et vingt minutes.

C’était la deuxième fois qu’elle me parlait et m’écoutait. J’ai tout dit, tout déballé, les fêlures, les absences, la lâcheté, la perte, l’abandon, les peurs, la haine et la colère, la mort, l’envie, la vie, l’errance, le volte-face, l’enfance violée et l’adolescence volée. Sans honte, sans larme, avec une pudeur qui me caractérise et restera. A tout jamais je suis faite de ce qui m’a faite. Comment ne pas avoir besoin d’un palliatif, d’une drogue, d’un exutoire, d’un coupable? Je suis arrivée terriblement recroquevillée. Je suis repartie légère, avec les larmes aux coins des yeux, celles qui ressemblent à un trop plein d’émotion, à un bol de sensations mélangées, partagées entre compréhension et colère apaisée par des yeux à l’écoute.

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L’impossibilité d’être vraie a figé mon visage sous ce rictus narquois

14 décembre 2009 · 6 commentaires

Il serait bienvenu de se mettre à travailler à des heures plus usuelles, plus communes, moins absurdes. Il est 23h37 et je vais m’y mettre. Mais avant y’a trop de choses qui pullulent, là-haut. Des « merdes » que j’aimerai dire mais qui ne sortent pas. Qui ne traversent pas mes lèvres. Des envies de dormir dans un vrai lit aussi, sans avoir besoin de me recroqueviller dans un canapé, enroulée dans une couette, deux couettes, sous des couches de vêtements. Je pourris l’appartement, qui ne ressemble plus à grand chose d’autre qu’un vaste champ de bataille. Et puis aussi j’ai envoyé un mail d’au secours à mon tuteur, un mail comme j’en envoie rarement, je lui ai dit, la fac, les cours, l’école, le trop plein. Il m’a répondu dans les cinq minutes, qu’il allait en parler demain, qu’ensuite on verrait mais qu’il ne fallait pas que je me décourage, que j’allais valider tout ça, que je devais valider. Avec deux ou trois points d’exclamation. Il était en colère. Pas après moi non. J’en étais désolée pour lui, je n’aurais pas du, mais c’était trop tard. alors pour éviter de le déranger davantage, je n’ai pas donné suite et prendrai le temps de m’excuser demain de vive voix.

J’ai dit merde à la mauvaise personne. Papa, Maman, comprenez-moi, la récurrence devrait vous sauter aux yeux, je hais Noël, le silence assourdissant de vos tabous, des miens, de la nécrose morbide qui me vrille les tripes comme le font si bien les doses ahurissantes de laxatifs ingérées quasi quotidiennement. C’est la dernière crise a duré 17h précisément. Je n’ai plus peur de me taire, seulement puisque je ne sais pas à qui m’adresser, enfin je ne peux pas m’adresser à vous, je me le dis. Tous les soirs. Je n’ai plus honte non plus, ça ne sert à rien. Simplement ce masque d’hyperactivité qui fait fuir toute tentative d’approche extérieure. Je ne suis là pour rien, ni personne. Finalement tous les Noëls sont identiques. Cette année seulement, il n’est plus là. Tu n’es plus là. Et sur la carte de voeux qui partira pour le Nord, c’est à ta maman que j’adresserai le plus simple des bonheurs. Comment envoyer une carte de meilleurs voeux pour 2010 à une mère qui vient de perdre son fils?

Tous les Décembres c’est pareil. Et ils reviennent chaque année. Tout ça Papa, Maman, vous ne le lirez probablement jamais. Dommage peut-être. Pour moi. Mais pour vous, c’est mieux ainsi.

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vingt-quatre décembre deux mille neuf

13 décembre 2009 · 5 commentaires

J’ai déjà la nausée à la vue des publicités transpirantes de mièvrerie, gluantes d’amour familial et d’embrassades fraternelles. Les Noëls en douceurs sous fond de Ferrero Rocher ou Jeff de Bruges selon la chaîne. Je hais Noël. Il faut que j’annule le diner prévu, je regarderai Les Noces Rebelles ou irai au ciné. Mais seule. Seule par choix, et par désir de ne rien gâcher aussi. Je serai soulagée.

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Jamais

7 décembre 2009 · Laisser un commentaire

T’aurais jamais du partir comme ça.

« Toute la misère du monde n’est rien à côté d’un adieu », D. B.

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